Source: The Conversation – France (in French) – By Morgan Meyer, Directeur de recherche CNRS, sociologue, Mines Paris – PSL
L’ESSENTIEL
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L’été 2026 et ses canicules à répétition a vu se populariser des solutions low-tech contre la chaleur, telles que le blanc de Meudon ou les couvertures de survies aux fenêtres.
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D’autres solutions low-tech moins connues, tenant par exemple à la façon de ventiler les logements, sont déjà employées de façon traditionnelle dans les villes les plus chaudes du monde.
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Même si la climatisation restera indispensable pour protéger certains publics fragiles, la recherche scientifique démontre qu’elle n’a nul besoin d’être systématisée pour rafraîchir nos villes.
Alors que des températures élevées pour la saison persistent depuis début septembre 2026 sur le quart sud-est de la France, le pays reste marqué par les canicules extrêmes connues tout au long de l’été. Quelles stratégies adopter pour rafraîchir nos logements ?
Nombreux sont ceux qui se sont rués sur les climatiseurs, une solution qui, malgré le confort qu’elle apporte, a le défaut d’être énergivore et de constituer une réponse individuelle à un problème collectif. Car ces appareils ont des conséquences collectives dans la mesure où ils réchauffent l’air extérieur à proximité des logements, contribuant à ce que l’on appelle îlot de chaleur urbain.
Il existe toutefois de nombreuses solutions low-tech pour faire face à la chaleur. Coller des couvertures de survie sur les fenêtres, favoriser la ventilation passive, repenser les parties communes, construire avec des matières alternatives, réaménager les espaces urbains : les stratégies pour faire face à la chaleur vont de bricoles individuelles, jusqu’à des solutions architecturales et urbanistiques plus systémiques.
Que valent-elles ? Tour d’horizon de quelques stratégies low-tech pour faire face aux canicules.
Couvertures de survie, blanc de Meudon… des « microastuces » qui ont gagné en popularité
Commençons par quelques-unes des « microastuces » qui ont gagné le plus de terrain cet été.
Alice Galand-Guillemant, étudiante ENSAAMA et stagiaire chez Depeyre Morand Architectures, Fourni par l’auteur
Parmi ces stratégies, il y a par exemple celles de coller des couvertures de survie sur les fenêtres, ou de les peindre avec du blanc de Meudon (c’est-à-dire, la poudre de craie typiquement utilisée pour masquer les vitrines et fenêtres de commerces en travaux).
Le point commun de ces solutions : bricolées, elles sont « jetables » et ont pour objectif de réduire l’impact du rayonnement solaire en palliant les manquements des installations pérennes (par exemple absence de volets ou de stores).
Alice Galand-Guillemant, étudiante ENSAAMA et stagiaire chez Depeyre Morand Architectures, Fourni par l’auteur
Ces astuces, largement documentées dans les médias et sur les réseaux sociaux, ont eu tellement de succès que de nombreux commerces ont connu des ruptures de stock.
Pour rafraîchir nos logements on peut aussi utiliser d’autres moyens du bord : placer une bouteille d’eau congelée ou un linge mouillé devant un ventilateur, éteindre les appareils électroniques inutiles, éviter de cuisiner chaud, acheter des plantes, et, bien sûr, penser à fermer les fenêtres et volets dès qu’il y a du soleil.
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D’autres solutions moins connues, mais efficaces
Au-delà de ces astuces low-tech relativement connues, il y a aussi des stratégies plus insolites qui méritent notre attention. La période de canicule nous a rendus plus attentifs aux stratégies de notre entourage.
Par exemple, mentionnons le témoignage d’un couple d’architectes, Deborah Feldman et Baptiste Potier (de 127af architectes), qui habitent dans un appartement parisien mono-orienté.
Pour bénéficier de la fraîcheur des parties communes, ils gardent leur porte palière ouverte la journée et ont renforcé le système de sécurité de l’entrebâilleur de la porte pour la garder entrouverte la nuit. Ainsi, ils sont capables de rafraîchir leur appartement en y faisant circuler un maximum d’air.
Fourni par l’auteur
Alice, étudiante en ENSAAMA, et stagiaire à l’agence Depeyre Morand Architectures pendant la période de canicule, vit sous les toits dans une chambre de bonne de 9 m2, place de la Nation. Elle a tout tenté pour rafraîchir son logement, expériences qu’elle a consignées sous forme de dessins, dont certains illustrent cet article.
Elle a mis en place une solution similaire : laisser les portes ouvertes pour faire circuler l’air par les parties communes et la chambre d’un voisin sur la façade opposée, tentant ainsi de créer un espace traversant.
Ce qui ressemble à du système D est en fait une véritable stratégie déployée de longue date dans des villes historiquement exposées à la surchauffe. Une stratégie similaire a été observée dans la région du M’zab dans le désert Algérien, dans les ksour de Ghardaïa ou de Beni Isguen.
Camille Gillet, CC BY-SA
Noah Dhainaut, Fourni par l’auteur
Les étudiantes et étudiants du master Atelier du désert de l’ENSAV, coordonné par Eléonore Morand et Alice Grégoire, enseignantes à l’ENSAV, ont relevé le caractère systématique des portes laissées ouvertes qui font fonctionner le principe de la convection thermique de la typologie des maisons à patio.
La porte ouverte capte l’air extérieur, tandis que l’ouverture du patio (chebbek) permet d’évacuer l’air chaud. La porte ouverte est aujourd’hui parfois sécurisée par une grille tandis que l’intimité intérieure est préservée par une entrée en chicane (nommée taskift).
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Dans cette même région désertique de l’Algérie, les étudiantes et étudiants de l’ENSAV ont observé les habitudes quotidiennes des mozabites.
Pour cohabiter avec des températures extrêmement élevées, ces derniers n’hésitent pas à opérer des déplacements quotidiens dans leurs maisons pour leur confort thermique. Les nuits du désert sont fraîches : pendant la nuit et la matinée, les espaces extérieurs sont habités, les familles dorment sur la terrasse la nuit.
Thomas Hasenfratz, étudiant Atelier du désert 2025, Fourni par l’auteur
Pendant la journée, lorsque la température augmente, la famille descend au rez-de-chaussée où l’inertie thermique des murs et l’inexistence des ouvertures permet de garder l’espace frais. On y déjeune et, surtout, on y fait la sieste, qui met le corps au repos et permet de passer le temps le plus chaud de la journée. En soirée, les habitants retrouvent les espaces supérieurs qui se refroidissent grâce à la ventilation naturelle et l’arrivée de la nuit.
Certaines études ont montré que le rafraîchissement passif, sans recours à la climatisation, peut faire baisser considérablement les températures intérieures, de l’ordre de 5 à 7 °C par rapport aux températures extérieures.
En ville, l’étroitesse des espaces privatifs des appartements ne permet souvent pas ces types de déplacement au sein des logements. Mais les parties communes pourraient apporter des solutions à explorer, par exemple en partageant les halls d’entrée, des paliers élargis ou des terrasses plantées, tout en identifiant selon les heures de la journée les capacités de ces espaces à nous ressourcer.
L’exposition Parties communes, accueillie de novembre 2025 à mars 2026 par le Pavillon de l’Arsenal à Paris, montre que les parties communes méritent davantage d’attention, non seulement pour faire circuler l’air, mais aussi pour être « réhumanisées ».
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Les matériaux utilisés pour la construction sont aussi à prendre en compte. La terre crue, par exemple, a une longue histoire et connaît depuis quelques années un certain renouveau.
Les techniques de construction en terre crue ne nécessitent que peu de mécanisation et permettent de construire de façon plus écologique. La terre crue nécessite en effet peu de transports, elle est recyclable et elle émet moins de CO2 que les matières standard comme le béton. Surtout, elle permet de rafraîchir considérablement les habitations, ce qui a été démontré par des études scientifiques.
Image fournie par Marin, étudiant de l’ENSAV, Fourni par l’auteur
Mentionnons aussi l’enduit climatique de la région du M’Zab réalisé par la projection de Timchemt, un plâtre local sourcé et utilisé depuis de nombreuses années dans la région Saharienne.
Outre le fait que ce soit une matière locale et traditionnelle, sa mise en œuvre par projection sur les façades permet de créer une structure relativement rugueuse avec des reliefs, créant ainsi des micro-ombres sur la façade, ce qui la refroidit.
Dans de nombreux pays européens, toutefois, l’utilisation de matériaux comme la terre crue et l’argile se heurte à de nombreux obstacles : des régulations et normes contraignantes, la difficulté pour pouvoir assurer certaines constructions, une image négative, l’opposition de l’industrie du béton.
Un problème à l’échelle de la ville
Mais les solutions à déployer ne sauraient faire l’économie de l’échelle de la ville elle-même.
Un article paru dans la revue Nature listait différentes stratégies low-tech décentralisées et locales que les villes déploient pour affronter les canicules : peinture plus claire, créer de l’ombrage, planter plus d’arbres, etc.
Deux chercheuses en architecture et en planification urbaine dressent la liste des éléments à considérer à l’échelle urbaine :
« la densité, l’orientation du tissu urbain et du réseau urbain, le cloisonnement, les intersections, la taille des îlots et leur perméabilité, les cours centrales, les espaces semi-ouverts […], la conception et les proportions des ouvertures et des éléments d’ombrage, la couleur et la capacité thermique des matériaux, ainsi que la végétalisation des cours ».
Planter de façon plus dense l’espace public est une solution économique pour ombrager la ville, mais cette stratégie peut être contrainte par les réseaux souterrains et les infrastructures existantes.
On observe que dans des lieux ayant des sous-sols moins denses, certaines copropriétés ont pris l’initiative de planter massivement leurs espaces extérieurs communs. Pendant les périodes de canicule, ces copropriétés ont pu ressentir directement une importante différence de température entre ces espaces et la rue. Favoriser et généraliser ces types d’initiatives, tout en ajoutant des portes cochères pour les relier à l’espace public, permettrait un transfert par convection thermique, similaire à celui de la maison à patio.
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Toutes ces solutions – des livres comme The Architecture of Natural Cooling (2019) ou La Fraîcheur sans clim – Le guide des alternatives écologiques (2004) nous le rappellent – montrent qu’il est possible de rafraîchir nos logements sans nécessairement installer de climatiseur.
D’autant plus que l’utilisation massive de climatiseurs pourrait faire augmenter jusqu’à 2 °C la température dans les rues d’une ville comme Paris, d’où la position de certains acteurs de ne recommander les climatiseurs que pour des lieux comme les hôpitaux, les maisons de retraite, ou les écoles.
Une position que semble conforter la recherche :
« Il est possible d’assurer le confort thermique intérieur uniquement par des moyens passifs, écrivaient les auteurs d’un article de recherche examinant la situation au Portugal […] L’inertie thermique élevée de l’enveloppe du bâtiment, une orientation solaire adéquate, des dispositifs d’ombrage et une organisation appropriée des espaces intérieurs constituent des éléments fondamentaux pour maintenir la température de l’air intérieur dans la plage de confort thermique. »
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Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.
– ref. Que valent les solutions low-tech pour rafraîchir nos logements ? – https://theconversation.com/que-valent-les-solutions-low-tech-pour-rafraichir-nos-logements-280740
