Source: United Nations – in French 2
Headline: El Niño : prévenir les risques sanitaires avant qu’il ne soit trop tard
22 septembre 2026 Climat et environnement
Alors qu’El Niño s’intensifie et que les températures atteignent des niveaux records, les Nations Unies appellent à anticiper dès maintenant ses conséquences sanitaires. Chaleur extrême, sécheresses, pluies intenses, pénuries d’eau, malnutrition ou encore maladies à transmission vectorielle pourraient toucher différentes régions du monde. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et l’Organisation météorologique mondiale (OMM) plaident ainsi pour transformer les prévisions climatiques en mesures concrètes de prévention.
À Genève, l’OMS et l’OMM ont appelé mardi à renforcer les dispositifs de préparation face aux effets attendus du phénomène El Niño. Pour les deux agences, il existe une « fenêtre d’action cruciale » pour intervenir avant que les risques climatiques ne se transforment en urgences sanitaires.
L’objectif est notamment de transmettre suffisamment tôt aux autorités sanitaires des informations météorologiques et climatiques fiables et exploitables, afin qu’elles puissent adapter leurs interventions et protéger les populations les plus exposées.
Les prévisions climatiques ne doivent donc pas rester l’apanage des services météorologiques. Elles doivent aussi parvenir aux professionnels de santé pour leur permettre d’anticiper les situations susceptibles de mettre des vies en danger.
« Si les professionnels de santé peuvent prendre des décisions éclairées, cela peut faire la différence entre perdre des vies et les sauver », a souligné Armel Castellan, conseiller technique à l’OMM pour les services liés aux vagues de chaleur extrême.
Pour les agences onusiennes, mieux anticiper les conséquences d’El Niño permet notamment de préparer les systèmes de santé à des épisodes de chaleur extrême, d’adapter les services face aux risques de maladies infectieuses et de renforcer les mesures destinées à protéger les populations confrontées aux pénuries d’eau ou à l’insécurité alimentaire.
L’enjeu est donc de ne pas attendre que les effets du phénomène se manifestent pour agir, mais de convertir dès maintenant les données climatiques en décisions de santé publique.
Des services climatiques pour la santé
Sur le terrain, l’OMM travaille ainsi au développement de « services climatiques pour la santé », destinés à rapprocher les communautés météorologiques et sanitaires. L’objectif est notamment de transmettre les prévisions aux autorités compétentes au moment opportun et dans un format directement utilisable.
En attendant, les effets d’El Niño sont déjà visibles dans les secteurs sensibles au climat, et ils vont s’amplifier.
Pour la période de septembre à novembre, les prévisions de l’OMM font état de précipitations supérieures aux normales dans certaines régions, tandis que d’autres pourraient connaître des conditions plus sèches. Ces évolutions peuvent peser sur les ressources en eau et l’alimentation, mais aussi modifier les conditions favorables à certaines maladies à transmission vectorielle.
Mais « chaque phénomène El Niño est différent », rappelle l’OMM. Son influence varie selon les régions et les saisons et se combine à d’autres facteurs climatiques. Le phénomène intervient par ailleurs alors que les températures mondiales ont déjà atteint des niveaux records, ce qui pourrait accentuer certains risques au cours des prochains mois.
Face à ce « multiplicateur de risques », l’OMS s’attend, pour sa part, à des répercussions sanitaires dans le monde entier. El Niño peut ainsi contribuer à l’aggravation des conditions météorologiques extrêmes et modifier le risque de diverses maladies simplement en contribuant à l’évolution des conditions météorologiques.
Cependant, les répercussions les plus graves se feront sentir là où les chocs climatiques se conjuguent à la faiblesse des systèmes de santé, à un accès limité aux soins, à l’insécurité alimentaire et à des crises humanitaires persistantes.
ONU Info Des enfants jouent et nagent sur la plage de Gaza pour échapper à la chaleur intense de l’été.
De lourds risques sur la santé publique
Plus largement, l’OMS classe les répercussions sur la santé publique en deux catégories : celles liées à la chaleur accrue, et celles liées à la sécheresse ou à l’humidité. La hausse des températures et les dérèglements des précipitations liés à El Niño font peser de lourds risques sur la santé publique.
Les fortes chaleurs peuvent provoquer des décès et aggraver des pathologies cardiovasculaires, respiratoires, rénales, métaboliques ou encore des troubles de santé mentale. Dans plusieurs régions, la fumée des feux de forêt et la dégradation de la qualité de l’air constituent également des menaces importantes.
Les variations de température et de précipitations peuvent par ailleurs favoriser la prolifération des moustiques vecteurs du paludisme, de la dengue, du chikungunya, de la fièvre jaune ou du virus Zika.
Sécheresses et inondations peuvent aussi détruire les habitations et les moyens de subsistance, contraindre les populations au déplacement et limiter leur accès à l’eau potable, à la nourriture et aux soins.
« Ces épidémies se développent là où la pauvreté, l’insuffisance des infrastructures et, souvent, les conflits privent les populations de soins de santé et de services essentiels », souligne la Dre Teresa Zakaria, responsable de l’unité sur les changements climatiques à l’OMS. Elle rappelle toutefois que « les répercussions sanitaires d’El Niño sont prévisibles ».
Autre préoccupation majeure : l’insécurité alimentaire.
« La malnutrition et le choléra comptent parmi les préoccupations les plus graves », alerte la Dre Zakaria. Plus de 150 millions de personnes sont déjà confrontées à une insécurité alimentaire aiguë dans le monde.
