Source: United Nations – in French 2
Headline: Yémen : la guerre et El Niño menacent d’aggraver une crise alimentaire déjà massive
23 septembre 2026 Aide humanitaire
Déjà confronté à une faim aiguë qui touche près de la moitié de sa population, le Yémen voit deux nouvelles menaces se conjuguer : la reprise des combats, qui perturbe l’acheminement de l’aide et l’approvisionnement des marchés, et le phénomène climatique El Niño, susceptible d’accentuer sécheresses et chocs climatiques. Le Programme alimentaire mondial (PAM) se prépare à venir en aide à 1,5 million de personnes supplémentaires si le conflit s’intensifie.
Au Yémen, la guerre recommence à couper les voies d’approvisionnement. Depuis la reprise des hostilités en juillet, les déplacements de population, la fermeture de certains axes commerciaux et les difficultés d’approvisionnement en carburant fragilisent un peu plus un pays où plus de 18 millions de personnes – environ la moitié de la population – souffrent déjà d’insécurité alimentaire aiguë.
À cette crise s’ajoute désormais une menace climatique. Le phénomène naturel El Niño, marqué par le réchauffement des eaux du Pacifique, pourrait entraîner des précipitations inférieures à la moyenne et aggraver la sécheresse dans certaines régions, avertit le Programme alimentaire mondial (PAM) dans son dernier rapport sur la situation humanitaire.
« El Niño devrait encore aggraver les besoins humanitaires au Yémen en augmentant l’exposition aux chocs climatiques, ce qui réduira d’autant l’accès des ménages à la nourriture », prévient l’agence des Nations Unies.
Une crise sur plusieurs fronts
L’avertissement intervient alors que le Yémen a replongé dans la guerre en juillet, après plusieurs années d’accalmie relative, dans le sillage du conflit régional déclenché fin février par l’offensive américano-israélienne contre l’Iran.
Les houthistes pro-iraniens, qui contrôlaient déjà une grande partie du nord du pays, dont la capitale, Sanaa, ont rapidement progressé sur la côte ouest face aux forces gouvernementales internationalement reconnues et soutenues par l’Arabie saoudite.
Les combats frappent une population dont les marges de résistance étaient déjà réduites. Dans les hautes terres, la période de soudure – les semaines séparant l’épuisement des réserves de la nouvelle récolte – pèse sur les ménages. Ailleurs, des inondations localisées ont endommagé les moyens de subsistance. À cela s’ajoutent la hausse des prix, les perturbations régionales du commerce et l’érosion continue du pouvoir d’achat.
Les déplacés, les populations marginalisées et les ménages les plus pauvres sont les premiers touchés. La malnutrition atteint déjà des niveaux considérables : 2,2 millions d’enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition aiguë, dont environ 500 000 de sa forme sévère, qui peut être mortelle sans traitement.
Sur la côte ouest, la reprise des combats menace désormais jusqu’aux mécanismes destinés à contenir la crise. Routes fermées, infrastructures endommagées et insécurité compliquent l’accès des organisations humanitaires aux populations, notamment dans les districts côtiers et sur les lignes de front.
© OIM À Taïz, au Yémen, des habitants font la queue pour recevoir de l’aide humanitaire.
L’aide elle-même prise dans les combats
À Al-Makha, les hostilités ont interrompu les opérations humanitaires. Selon le PAM, le centre des Nations Unies qui abritait ses bureaux et son matériel a été saisi, tandis que des entrepôts ont été pillés dans plusieurs zones touchées par les combats.
Au moins 49 points de distribution alimentaire et 85 centres de santé sont devenus inaccessibles. Conséquence : quelque 350 000 personnes réparties dans huit districts des gouvernorats de Taëz et d’Al-Hodeïda ont été privées de l’aide vitale fournie par l’agence.
Le PAM est néanmoins parvenu à porter assistance à près de 65 000 personnes déplacées par les récents combats. A la mi-septembre, il avait également achevé un nouveau cycle de distributions alimentaires dans les zones contrôlées par le gouvernement yéménite, touchant 1,7 million de personnes.
L’agence a désormais réaffecté 20 000 rations, de quoi nourrir 140 000 personnes, aux hautes terres de Taëz ainsi qu’à Aden et Lahj. Mais elle se prépare déjà à un scénario plus sombre.
Si les combats continuent de s’étendre, le PAM estime devoir venir en aide à 1,5 million de personnes supplémentaires. Il lui faudrait pour cela 108 millions de dollars au cours des six prochains mois, qui viendraient s’ajouter aux 159 millions nécessaires au maintien de ses opérations actuelles.
Au Yémen, où plus d’une décennie de guerre a profondément affaibli l’économie et les services essentiels, la nouvelle escalade militaire intervient ainsi au pire moment. Alors que les réserves alimentaires s’amenuisent, que l’aide peine à atteindre certaines régions et qu’un nouveau choc climatique menace de réduire encore les moyens de subsistance.
