Source: The Conversation – in French – By Changhong Cao, Canada Research Chair and Associate Professor, Mechanical Engineering, McGill University
Nos recherches menées à l’Université McGill ont remporté le prix Ig Nobel 2026 en technologie pour avoir démontré qu’on peut utiliser des moustiques pour l’impression 3D haute résolution.
Notre étude a consisté à recycler des moustiques morts en extrayant soigneusement leur pièce buccale, ou « proboscis », pour la fixer ensuite à un système d’impression 3D.
Ils font office de buses de distribution de fluide dans un procédé que nous avons baptisé « nécro-impression 3D ». Nous pouvons les utiliser pour imprimer des structures très petites et précises, dont la production serait autrement particulièrement difficile et coûteuse.
Des prix pour rire
Les prix Ig Nobel récompensent des travaux de recherche menés partout dans le monde qui font d’abord rire, puis réfléchir.
Fondés par Marc Abrahams en 1991, ces prix ont pour mission de montrer que les recherches scientifiques issues des recoins les plus improbables de l’esprit humain peuvent engendrer des découvertes intéressantes.
Chaque année, environ 9 000 projets sont proposés et un prix est décerné dans chacune des dix catégories. Cette année, les catégories étaient les suivantes : biomécanique, économie, chimie, médecine, biologie, physique, technologie, olfaction, paix et science des sols.
Les prix sont généralement remis par des lauréats du prix Nobel lors d’une cérémonie de gala organisée à l’Université Harvard, au Massachusetts Institute of Technology (MIT) ou à l’Université de Boston. Cette année, rompant avec la tradition, les prix ont été remis à Zurich, en Suisse, sous les avions de papier lancés par le public.
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Les moustiques sont naturels, bon marché et uniformes
Comment en sommes-nous venus à démanteler des cadavres de moustiques à des fins industrielles ? La réponse est simple : pourquoi se creuser la tête pour inventer et fabriquer quelque chose alors que Mère Nature nous offre une solution toute faite, perfectionnée au fil de millions de générations ?
La trompe du moustique est une microaiguille issue de l’évolution naturelle, dont la largeur correspond environ à la moitié de celle d’un cheveu humain. Du point de vue de la fabrication, produire des aiguilles aussi petites pour en faire des buses d’impression 3D représente un important défi. Les microbuses commerciales dont la taille est inférieure à 100 microns (un micron équivaut à 0,001 millimètre) coûtent environ 80 $ chacune.
Les aiguilles en verre, bien qu’elles puissent atteindre de tels diamètres, sont difficiles à fabriquer de manière uniforme et extrêmement fragiles.
Un autre problème lié aux buses conçues de manière traditionnelle est qu’elles sont fabriquées à partir de matériaux non organiques et non biodégradables. La trompe du maringouin, en revanche, est composée à 100 % de matière organique. Elle est également moins coûteuse et présente une taille constante.
D’autres tubes provenant d’insectes ou de plantes pourraient-ils convenir ? Peut-être. Nous n’avons exploré qu’une infime partie de ce que Mère Nature nous offre pour ce genre d’usage.
Une structure alvéolaire et une feuille d’érable imprimées en 3D
Pour mettre au point cette technologie de nécro-impression 3D, nous avons étudié en détail les différents éléments de la trompe du moustique.
(Justin Puma)
Nous avons déterminé la pression maximale que la trompe de moustique peut supporter avant de céder et avons appris à ajuster correctement les paramètres d’impression et les pressions afin de fabriquer des éléments dont la taille peut atteindre un tiers du diamètre d’un cheveu humain.
Nous avons également imprimé quelques échantillons de divers éléments : une structure alvéolaire, un échafaudage intégrant des cellules (l’encre contient des cellules vivantes à des fins d’ingénierie tissulaire) et, bien sûr, une feuille d’érable canadienne.
Chacune de ces structures avait à peu près la taille d’un grain de sable.
Cette technologie d’impression 3D haute définition pourrait aussi servir à produire des pièces fonctionnelles de petite taille et très détaillées, telles que des puces microfluidiques pour les tests diagnostiques ou encore des prototypes miniatures de dispositifs biomédicaux ou de robotique molle.
Les origines de notre idée
Avec le recul, l’utilisation de la trompe de moustique s’avère être une solution tout à fait sensée pour la micro-impression 3D. Cette idée n’est toutefois pas le fruit d’un raisonnement logique découlant d’études antérieures.
(Justin Puma)
Elle est issue d’un autre projet de notre groupe, baptisé « Skinbarrix », dans le cadre duquel nous élaborons une barrière cutanée destinée à prévenir les piqûres d’insectes.
Pendant que j’y travaillais et que je m’interrogeais sur les moyens de renforcer l’efficacité de la barrière cutanée contre les piqûres d’insectes, je me suis retrouvé entouré de moustiques. Au même moment, un étudiant parlait d’impression 3D.
C’est alors que m’est apparue l’idée d’utiliser des tubes organiques présents dans la nature, et plus particulièrement une trompe de moustique, pour créer des buses à l’échelle microscopique. Après des mois d’essais et d’erreurs, Justin, le héros de notre équipe, a finalement réussi à faire fonctionner le système.
La science peut être un jeu
Parmi les autres lauréats du prix Ig Nobel de cette année figurent une étude visant à établir une définition précise du baiser et une autre sur l’aérodynamique du mouchage du nez.
Nos projets de recherche préférés commencent généralement par des questions qui peuvent sembler stupides ou inutiles, mais qui mènent à des études sérieuses avec un résultat épatant.
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Par exemple, dans une étude sur la mécanique de séparation des biscuits Oreo, des chercheurs ont découvert que la crème reste habituellement presque en totalité sur une des galettes, car l’interface entre la galette et la crème cède avant que la crème elle-même ne se sépare.
Chaque fois que nous lisons des travaux comme celui-ci, nous ne pouvons nous empêcher de penser : « Quel genre de personne, soucieuse du détail, remarque un problème aussi intéressant et a également la capacité de le résoudre avec une telle rigueur scientifique ? C’est incroyable ! »
Plus on lit ce genre de recherches, plus la créativité semble se développer naturellement. Sortir des sentiers battus devient alors moins un effort délibéré qu’une habitude.
Un autre rôle important des prix Ig Nobel est peut-être justement de nous rappeler que la science peut naître du jeu, de la curiosité et de questions qui ne s’arrêtent pas aux frontières conventionnelles.
Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.
– ref. De la science qui fait rire ? Des ingénieurs canadiens remportent un prix Ig Nobel pour avoir fait de la « nécro-impression 3D » à l’aide de moustiques – https://theconversation.com/de-la-science-qui-fait-rire-des-ingenieurs-canadiens-remportent-un-prix-ig-nobel-pour-avoir-fait-de-la-necro-impression-3d-a-laide-de-moustiques-292830
