Source: The Conversation – France (in French) – By Olivier Geffroy, Enseignant-Chercheur en viticulture, oenologie et analyse sensorielle, École d’Ingénieurs de Purpan
L’ESSENTIEL
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De nouvelles variétés de vigne résistantes aux principales maladies fongiques sont aujourd’hui disponibles à la plantation.
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Malgré leur intérêt pour réduire jusqu’à 80 % de traitements phytosanitaires, leur adoption progresse lentement et l’offre commerciale reste limitée.
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Des travaux menés en Occitanie dans le cadre du projet Ressenti et du Défi Clé Vinid’Occ permettent d’envisager leur avenir avec un certain optimisme.
Ces travaux Ressenti et Vinid’Occ visent à identifier les leviers et les freins à l’adoption de ces nouvelles variétés, notamment celles récemment inscrites au catalogue français et accessibles aux viticulteurs, afin de mieux comprendre les conditions nécessaires à leur développement.
Depuis 2023, ce projet pluridisciplinaire associe un consortium de chercheurs toulousains et montpelliérains autour de deux thèses de doctorat. Il combine des enquêtes et des évaluations sensorielles auprès des acteurs de la filière et des consommateurs, ainsi que des approches de neuromarketing pour analyser les réactions face à ces nouveaux vins.
Stratégie d’hybridation
La vigne d’origine européenne cultivée dans nos vignobles appartient à l’espèce Vitis vinifera, du latin vinifera « qui donne le vin ». Au cours du XIXᵉ siècle, elle est mise en péril par l’introduction depuis le continent nord-américain de plusieurs pathogènes – phylloxera, mildiou ou oïdium – auxquels elle n’avait jamais été confrontée.
En plus de Vitis vinifera, d’autres espèces de vigne américaines, comme Vitis labrusca ou Vitis rupestris, ont en revanche développé, en co-évoluant avec ces pathogènes sur de longues périodes, des mécanismes adaptatifs de résistance. Ces espèces peuvent être croisées avec Vitis vinifera ; elles donnent des descendants viables, fructifères, ayant hérité d’une partie du génome de chacun des parents, incluant parfois des traits de résistance aux maladies.
Cette stratégie d’hybridation interspécifique a été utilisée de manière non dirigée au cours de l’histoire pour développer des espèces hybrides. Ces dernières possèdent une résistance aux maladies variable et donnent des vins de qualité œnologique généralement inférieure. Depuis 1935, six de ces hybrides – Clinton, Herbemont, Isabelle, Jacquez, Noah et Othello – ont été interdits en France pour produire du vin, du fait d’une aptitude supposée supérieure à produire des vins riches en méthanol et potentiellement dangereux pour la santé. Grâce à la persévérance d’un collectif cévenol, ces six hybrides sont désormais de nouveau autorisés.
L’une des stratégies pour atténuer ces traits négatifs est de procéder à des rétrocroisements successifs avec Vitis vinifera pour ne conserver de l’espèce américaine que les gènes de résistance. Ces étapes très chronophages nécessitent de mesurer les caractéristiques des plants, de sélectionner ceux d’intérêt avant de procéder à un nouveau croisement.
Création variétale française
Les progrès de la génétique ont permis de gagner du temps, en repérant la présence des gènes d’intérêt à l’aide de marqueurs. La France, comme l’Allemagne, la Suisse et l’Italie, fait partie des leaders mondiaux en matière de création de ces variétés.
La stratégie nationale est prudente puisqu’elle vise à combiner plusieurs gènes, afin d’améliorer la résistance et d’éviter des contournements, c’est-à-dire la possibilité que certaines souches de pathogènes plus virulentes se développent sur ces variétés.
Depuis 2017, les premiers fruits de la création variétale française – les cépages floréal, voltis, artaban et vidoc – peuvent être plantés par les vignerons. Depuis ces premières inscriptions au catalogue national, plusieurs inscriptions ont suivi notamment les variétés dites Inrae-Bouquet, du nom d’Alain Bouquet, chercheur pionnier de l’Inrae.
Adoption de ces nouvelles variétés
En 2021, ces variétés représentaient 1 208 hectares de vignoble, soit seulement 0,15 % du vignoble français, avec une lente progression des plantations majoritairement localisées en Occitanie. La Champagne est une autre région pionnière qui expérimente ces variétés depuis plusieurs années.
Une analyse médiatique a montré que ces variétés étaient très peu présentes dans la presse généraliste, illustrant leur manque de visibilité. Au contraire, dans la presse viticole spécialisée, un consensus émerge en leur faveur, notamment au fil des évolutions réglementaires. Depuis 2018, leur culture expérimentale est autorisée dans certaines appellations d’origine protégées (AOP) grâce à la directive dite variété d’intérêt à fin d’adaptation (Vifa).
Même si les choses évoluent rapidement, l’offre est encore restreinte avec seulement 108 références commerciales identifiées en 2024.
Des signaux encourageants
D’un point de vue sensoriel, les travaux de Caroline Paire, doctorante sur le projet, ont montré qu’il existait une diversité de profils comparable aux vins conventionnels. Ils ont également mis en évidence qu’il n’y avait aucun obstacle sensoriel à l’acceptation des vins issus de ces variétés par les consommateurs, en blanc comme en rouge, en assemblage ou en cuvée monovariétale :
« Les professionnels restaient sceptiques vis-à-vis de ces nouvelles variétés, notamment pour les rouges dont ils jugeaient les vins rustiques, acides et de moindre qualité. L’utilisation de vidoc ou d’artaban, en assemblage avec du merlot, ne pénalise pas l’appréciation lors de nos essais. Nous avons identifié un seul groupe de consommateurs composé d’hommes âgés de plus de 65 ans et consommant du vin quotidiennement, préférant systématiquement les vins de Merlot pur. »
La question du nom à adosser à ces variétés est un sujet qui cristallise des tensions au sein de la profession. Certains acteurs souhaitent les désigner en référence à leurs géniteurs, une approche non cautionnée par les instances en charge de leur agrément. D’autres travaux en cours de publication montrent que la dégustation reste le juge de paix comme le souligne Caroline Paire :
« Le nom importe finalement peu au consommateur, dont les connaissances en la matière sont limitées. Lors de nos expérimentations, le cabernet blanc, une variété résistante blanche développée en Allemagne, a été fréquemment confondue avec le cabernet-sauvignon, le cépage rouge roi du Bordelais et la variété de cuve la plus plantée au monde. »
« Eye-tracking »
Des groupes de discussion couplés à des expériences d’eye-tracking, un dispositif utilisé en neuromarketing suivant les mouvements oculaires et analysant les signaux captant l’attention des consommateurs, ont été menés. La conclusion ? La propension à réduire de 80 % le nombre de traitements chimiques de ces variétés devait être utilisée pour communiquer autour de la résistance, de préférence sous la forme d’un logo ou d’une pastille.
Fourni par l’auteur
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Trois profils de producteurs
Le producteur, quant à lui, est tout aussi incapable que le consommateur de distinguer à la dégustation les deux types de vin. Le travail de l’équipe Ressenti a permis d’identifier trois profils :
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les « sceptiques », professionnels plus âgés issus de caves particulières ;
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les « réceptifs », coopérateurs manifestant un soutien mesuré à l’innovation ;
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les « observateurs », jeunes professionnels sans pouvoir de décision.
Les 96 producteurs interrogés par Marc-Antoine Dolet, autre doctorant sur le projet, estiment que ces variétés pourraient couvrir jusqu’à 25 % du vignoble occitan d’ici trente ans.
Du consommateur au producteur, les signaux sont globalement au vert et laissent envisager un bel avenir pour ces nouvelles variétés. L’inconnue qui demeure est de savoir si la crise structurelle et profonde qui secoue le vignoble français et mondial agira comme accélérateur ou comme frein.
Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la science (qui a lieu du 2 au 12 octobre 2026), dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition porte sur la thématique « Saveurs savantes ». Retrouvez tous les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.
Le projet Ressenti a reçu une subvention de la part de la région Occitanie, et un co-financement des Vignobles Foncalieu et des Grands Chais de France.
Caroline Paire a reçu des financements de la Région Occitanie.
Christian Chervin a reçu des financements de la région Occitanie.
Foued Cheriet a reçu des financements de la Région Occitanie.
Valérie Olivier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. Des variétés résistantes pour sauver la vigne : les consommateurs sont-ils prêts à changer de goûts et les vignerons à les adopter ? – https://theconversation.com/des-varietes-resistantes-pour-sauver-la-vigne-les-consommateurs-sont-ils-prets-a-changer-de-gouts-et-les-vignerons-a-les-adopter-285505
