Post

« Nous voulons rentrer chez nous » : en RDC, l’autre urgence derrière Ebola

« Nous voulons rentrer chez nous » : en RDC, l’autre urgence derrière Ebola

Source: United Nations – in French 2
Headline: « Nous voulons rentrer chez nous » : en RDC, l’autre urgence derrière Ebola
9 octobre 2026 Aide humanitaire

L’épidémie d’Ebola mobilise les efforts, mais derrière l’urgence sanitaire, des millions de Congolais continuent de subir les violences, les déplacements et la précarité. Le Coordinateur humanitaire de l’ONU en République démocratique du Congo (RDC) alerte sur le risque de voir la lutte contre le virus reléguer au second plan les besoins vitaux des populations. Combattre Ebola, oui, mais pas au prix de l’aide humanitaire.

« Nous voulons simplement vivre en paix et en sécurité. » À Oicha, au Nord-Kivu, Maman Miriamou n’a pas demandé davantage d’aide aux équipes humanitaires des Nations Unies : elle a demandé à pouvoir rentrer chez elle. 
Rencontrée le mois dernier par Damien Mama dans un site de déplacés, cette femme a raconté les déplacements répétés, les violences et les maisons détruites. Son souhait est simple : « Nous vous remercions pour votre aide, mais nous voulons rentrer chez nous. Nous voulons simplement retourner dans nos fermes, travailler et vivre du fruit de notre labeur ».
Son message à la communauté internationale tient en une exigence élémentaire : pouvoir enfin vivre en paix.
© UNICEF / Josué Mulala À Mungbwalu, en Ituri, un volontaire de l’UNICEF utilise un mégaphone pour mettre en garde les habitants concernant Ebola.
Agir sur plusieurs fronts
Mais cette aspiration reste hors de portée pour des millions de personnes dans l’est de la RDC. Près de 12 millions de personnes dans les provinces touchées ont besoin d’une aide humanitaire, dont environ 8 millions dont les besoins sont directement liés à Ebola.
Dans ce contexte, l’enjeu est double : contenir une épidémie meurtrière tout en maintenant l’aide aux populations fragilisées par les conflits et les déplacements. Pour l’ONU, il ne s’agit pas de choisir entre deux urgences, mais de les affronter ensemble.

Nous vous remercions pour votre aide, mais nous voulons rentrer chez nous.

Pour le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), la réponse humanitaire ne peut pas être fragmentée. « Alors que nous nous concentrons à juste titre sur l’éradication d’Ebola, nous ne devons pas perdre de vue la crise humanitaire plus large. Les deux réponses doivent aller de pair », a déclaré lors d’un point de presse à Genève, M. Mama. 
Un impératif d’autant plus pressant que l’épidémie frappe un pays déjà confronté à une crise humanitaire majeure. Désormais présente dans sept provinces et 64 zones de santé, Ebola a déjà fait 4 178 morts sur plus de 8 665 cas confirmés, selon les chiffres rapportés, selon le dernier bilan publié par le ministère congolais de la Santé. 
Le taux de létalité s’élève à 48,2 %, avec 2.259 patients guéris et 890 personnes hospitalisées ou placées en quarantaine, d’après le dernier rapport sur la situation épidémiologique.
L’urgence d’un accès humanitaire sécurisé
Mais pour le Coordinateur humanitaire de l’ONU, l’urgence sanitaire ne doit pas compromettre les acquis humanitaires obtenus au prix de lourds efforts. Plus de 6,1 millions de personnes ont été déplacées par les violences, tandis que plus de 26 millions souffrent d’insécurité alimentaire. La malnutrition touche également plus de 4 millions d’enfants de moins de cinq ans.
À cette situation s’ajoute la dégradation des services essentiels : maisons détruites, écoles disparues et centres de santé hors service. Ebola vient ainsi aggraver des vulnérabilités déjà profondes. 
Selon l’OCHA, les déplacements, la faim et l’insécurité limitent l’accès aux soins, tandis que les perturbations des services de santé et les difficultés d’accès des humanitaires compliquent à la fois la réponse d’urgence et la lutte contre l’épidémie. Des crises étroitement liées, dont les effets se renforcent mutuellement.
« Lorsque les services de santé sont perturbés, les maladies se propagent plus facilement. Lorsque les travailleurs humanitaires ne peuvent pas accéder en toute sécurité aux communautés, tant l’intervention humanitaire que la lutte contre Ebola s’en trouvent affaiblies. Et nous en voyons les conséquences », a détaillé M. Mama.
© UNICEF/Jospin Benekire Une mère et ses enfants marchent dans un camp de personnes déplacées à Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo.
Un milliard de dollars manque à l’appel
« Il existe une autre réalité que nous ne pouvons ignorer : les personnes qui tentent de sauver des vies sont elles-mêmes de plus en plus exposées à des risques », a alerté M. Mama. Depuis le début de l’année, 343 travailleurs humanitaires ont été pris pour cible, et huit ont été tués.
M. Mama réclame un accès humanitaire durable, une meilleure protection des civils et des humanitaires, et un renforcement simultané de la riposte à Ebola et de l’aide d’urgence.
À Genève, il a appelé les États membres à maintenir leur engagement : le plan humanitaire, qui nécessite 2,13 milliards de dollars pour aider 10,7 millions de personnes, accuse encore un déficit d’un milliard de dollars.
Mais derrière les financements et les impératifs de protection, il y a des vies suspendues à l’espoir d’un retour. Pour Maman Miriamu, comme pour des millions d’autres déplacés, l’enjeu est de retrouver une vie normale : rentrer chez elle, retrouver ses terres et vivre de son travail.

MIL OSI