Source: United Nations – in French 2
Headline: Sahel central : les déplacements forcés ont presque doublé en cinq ans
9 octobre 2026 Migrants et réfugiés
Au Burkina Faso, au Mali et au Niger, près de quatre millions de personnes sont aujourd’hui déplacées de force, contre deux millions en octobre 2020. L’insécurité et les chocs climatiques aggravent la crise au Sahel central, tandis que le manque de financements humanitaires fragilise l’aide aux populations.
Parmi ces personnes déplacées figurent plus de 818 000 réfugiés et demandeurs d’asile, selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Les familles contraintes de fuir voient leurs moyens de subsistance s’effondrer et leurs possibilités de reconstruire leur vie se réduire.
« Conjuguées, ces pressions contraignent davantage de familles à fuir, sapent les moyens de subsistance et limitent les possibilités pour les personnes déplacées de reconstruire leur vie, ce qui contribue à de nouveaux mouvements de population au sein de la région et au-delà », a déclaré Abdouraouf Gnon-Konde, directeur du Bureau régional du HCR pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, lors d’un point de presse de l’ONU à Genève.
L’exil vers les pays côtiers s’intensifie
Au Mali, la majorité des réfugiés viennent du Burkina Faso voisin. À Koro, dans la région de Bandiagara, leur nombre atteignait quelque 86 000 en juillet dernier, après plusieurs vagues de déplacements depuis 2025. Parmi eux, plus de 14 000 enfants et 6 000 femmes ont été identifiés comme particulièrement vulnérables.
Presque aussi nombreux que les habitants, ces réfugiés accentuent la pression sur une zone où l’eau et les terres sont déjà rares, les services de santé saturés et les possibilités de gagner sa vie limitées.
L’exode s’étend aussi aux pays côtiers d’Afrique de l’Ouest, notamment au Bénin, à la Côte d’Ivoire, au Ghana et au Togo. Au total, près de 500 000 Burkinabés sont réfugiés ou demandeurs d’asile dans les pays limitrophes cette année, contre plus de 300 000 à la fin de 2025.
Plus de 334 000 Maliens sont également réfugiés à l’étranger, tandis que plus de 106 000 Nigériens sont enregistrés comme réfugiés et demandeurs d’asile dans les pays voisins.
Aux violences s’ajoutent les chocs climatiques, qui frappent les populations déplacées comme les communautés d’accueil. Sécheresses, pluies irrégulières et inondations compromettent les récoltes, détruisent des habitations et des infrastructures et compliquent l’accès à l’eau. Pour les familles vivant de l’agriculture et de l’élevage, ces aléas réduisent encore les moyens de subvenir à leurs besoins.
© UNICEF/Frank Dejongh Une jeune femme déplacée avec son nouveau-né dans la région centre-nord du Burkina Faso.
À peine un quart de l’appel de fonds du HCR financé
Le HCR appelle à davantage de ressources pour protéger les plus vulnérables, garantir l’accès aux services essentiels, notamment à l’éducation, et aider les familles à retrouver des moyens de subsistance durables.
Sur le terrain, des initiatives locales montrent les résultats d’un soutien ciblé. À Koro, au Mali, des coopératives agricoles réunissant réfugiés burkinabés et habitants ont plus que doublé les surfaces cultivées, passées de 21 hectares en 2025 à 45 hectares en 2026, contribuant à la production alimentaire et aux revenus des ménages.
À Kaya, au Burkina Faso, un accompagnement similaire aide les personnes déplacées et les communautés d’accueil à accroître leurs récoltes, à réduire les pertes après récolte et à générer des revenus.
Mais ces efforts se heurtent au manque de financements. Le plan de réponse du HCR pour le Sahel n’a reçu que 27 % des 329,6 millions de dollars nécessaires, contraignant l’agence à « faire des choix difficiles quant aux services et activités essentiels pouvant être maintenus ».
