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Centrafrique : les progrès de la paix menacés par la violence aux frontières

Centrafrique : les progrès de la paix menacés par la violence aux frontières

Source: United Nations – in French 2
Headline: Centrafrique : les progrès de la paix menacés par la violence aux frontières
En République centrafricaine, les progrès de la paix se heurtent à la persistance des violences aux frontières. Alors que Bangui consolide son autorité et poursuit le désarmement des groupes rebelles, les violences se multiplient dans l’est du pays, sous l’effet notamment de la guerre au Soudan. Une situation qui complique les projets de désengagement progressif de la mission de maintien de la paix des Nations Unies (MINUSCA).
Mardi, devant le Conseil de sécurité, Valentine Rugwabiza, la cheffe de la mission, a dressé un bilan contrasté. Si le pays a continué d’enregistrer des avancées politiques et sécuritaires, la situation dans le Nord-Est et le Sud-Est demeure particulièrement préoccupante, notamment autour des sites miniers et le long des couloirs de transhumance de cette nation enclavée d’Afrique centrale.
Une attaque récente à Am Dafock, localité située à la frontière soudanaise, illustre cette fragilité. Le 30 juin, des combattants de groupes armés centrafricains, épaulés par des éléments soudanais non identifiés, ont pris le contrôle de la ville. Selon le dernier rapport du Secrétaire général de l’ONU, l’assaut a fait 29 morts, dont sept civils, et 24 blessés. Quelque 17 500 habitants ont fui les combats pour trouver refuge près d’une base de la MINUSCA, qui a elle-même subi une attaque dans laquelle six Casques bleus ont été blessés.
Les forces gouvernementales ont repris Am Dafock le 5 juillet, mais les mouvements de groupes armés se poursuivent dans la zone frontalière entre la Centrafrique, le Tchad et le Soudan. Pour Mme Rugwabiza, ces affrontements montrent que les progrès réalisés dans le rétablissement de l’autorité de l’État restent fragiles et que l’instabilité régionale continue de menacer directement le pays.
L’attaque a également révélé les limites opérationnelles de la mission onusienne. En pleine saison des pluies, les hélicoptères constituaient le seul moyen d’accéder à Am Dafock. Pour intervenir, la MINUSCA a dû redéployer des troupes et des moyens aériens depuis d’autres secteurs sensibles, au risque de créer d’autres fronts.
© MINUSCA / Mamouda Tankoano Des Casques bleus zambiens de la MINUSCA patrouillent dans la région de Vakaga, dans le nord-est de la République centrafricaine.
Des enfants enlevés, des villages attaqués
Dans le Sud-Est, les violences prennent une autre forme. Entre juin et septembre, 26 incidents attribués à des membres présumés de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), un groupe armé d’origine ougandaise, ont été recensés. Ils ont notamment entraîné l’enlèvement de 68 civils, dont 40 enfants. Les Nations Unies font également état de viols et de pratiques d’esclavage sexuel.
La milice Azandé Ani Kpi Gbé (AAKG) continue, elle aussi, de menacer les populations. Mme Rugwabiza a toutefois annoncé mardi la libération, la veille, de trois otages détenus depuis décembre 2025, dont la sous-préfète de Bambouti, à l’issue de plusieurs mois de médiation menée avec les responsables locaux.
Des avancées notables
Ces violences contrastent avec les avancées du processus de paix. Depuis juillet 2025, 1 907 combattants ont été désarmés et démobilisés, notamment au sein de l’Unité pour la paix en Centrafrique (UPC) et du groupe Retour, réclamation et réhabilitation (3R). Mais leur réinsertion économique demeure difficile, et certains anciens combattants restent introuvables.
Sur le plan politique, le cycle électoral de 2025-2026 touche à sa fin. Au 1er octobre, 127 des 177 communes avaient installé leurs conseils municipaux. Les scrutins restants, reportés faute de moyens financiers et logistiques, doivent se tenir le 25 octobre.
Ces progrès institutionnels ne suffisent pourtant pas à améliorer les conditions de vie. Près de deux millions de Centrafricains, soit 31 % de la population, étaient confrontés à une insécurité alimentaire aiguë entre avril et août. Au début d’octobre, le plan humanitaire de l’ONU n’était financé qu’à 46,6 %.
Le dilemme du retrait des Casques bleus
C’est dans ce contexte que le Conseil de sécurité doit décider, avant la mi-novembre, du renouvellement du mandat de la MINUSCA. La mission a déjà fermé plusieurs bases dans les régions jugées suffisamment stables et transféré certaines responsabilités aux autorités nationales.
La MINUSCA avait été déployée en 2014, un an après la prise de pouvoir par la force de la Séléka, une coalition majoritairement musulmane qui avait renversé le président de l’époque, François Bozizé, à Bangui. S’en est suivi une spirale de violences : exactions, pillages, massacres de civils, violences sexuelles, commis aussi bien par les Séléka que par leurs opposants, les anti-Balaka, des milices à majorité chrétienne.
Plus de dix ans plus tard, la Séléka a été dissoute, deux élections présidentielles ont eu lieu, et un accord de paix signé en 2019 a intégré 14 groupes armés dans un processus politique. Mais de vastes zones demeurent instables. La mission onusienne de maintien de la paix maintient plus de 12 000 Casques bleus.
Selon Mme Rugwabiza, les premières évaluations ne montrent aucune détérioration majeure de la sécurité dans les localités concernées par la fermeture de bases de la mission. Mais cette réorganisation repose notamment sur des patrouilles à longue distance et sur le renforcement des forces centrafricaines, dont les capacités restent limitées.
La question divise les membres du Conseil. Les États-Unis ont déjà plaidé pour une réduction plus importante des effectifs, tandis que d’autres pays mettent en garde contre un désengagement précipité.
Le Secrétaire général de l’ONU recommande quant à lui de prolonger le mandat d’un an, en préservant les moyens militaires nécessaires à des interventions rapides.
Après plus d’une décennie de présence onusienne, la Centrafrique a retrouvé une partie de ses institutions et de son territoire. Mais les violences qui persistent à ses frontières rappellent combien ces acquis restent dépendants d’une protection extérieure. Le défi n’est plus seulement de rétablir la paix, mais de permettre à l’État centrafricain de la préserver sans les Casques bleus.
Retrouvez les temps forts de la réunion du Conseil grâce à la couverture en direct assurée par la Section de la couverture des réunions des Nations Unies :

MIL OSI