Source: United Nations – in French 2
Headline: Soudan : à Genève, une nouvelle tentative diplomatique pour mettre fin à la guerre
21 octobre 2026 Paix et sécurité
Alors que les frappes de drones se multiplient et que la crise humanitaire s’aggrave au Soudan, 27 délégations se sont réunies mercredi à Genève, sous l’égide de l’ONU et de la Suisse, pour tenter de coordonner les initiatives de paix. Une nouvelle étape diplomatique à laquelle ne participent toutefois aucun des deux camps qui s’affrontent depuis avril 2023.
À défaut de cessez-le-feu, la guerre au Soudan ne manque pas de médiateurs. Mercredi, diplomates et représentants d’organisations internationales se sont retrouvés au Palais des Nations, à Genève, pour tenter de rapprocher les multiples initiatives destinées à mettre fin à un conflit qui ravage le pays depuis trois ans et demi.
Organisée conjointement par l’ONU et la Suisse, cette rencontre a réuni 27 délégations pour coordonner les efforts diplomatiques, favoriser une désescalade militaire et préparer les conditions d’une transition politique conduite par les Soudanais eux-mêmes.
Mais les deux principaux protagonistes de la guerre, l’armée soudanaise et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), étaient absents. La réunion ne constitue donc pas une négociation directe entre belligérants, mais une tentative de mieux coordonner les acteurs internationaux qui cherchent à peser sur eux.
« Cette guerre doit cesser », a insisté Pekka Haavisto, l’envoyé du Secrétaire général de l’ONU pour le Soudan, à l’ouverture des discussions. Appelant à trouver des « pistes concrètes pour aller de l’avant », il a exhorté les participants à mobiliser leurs canaux diplomatiques respectifs pour rétablir la confiance et créer les conditions d’un cessez-le-feu général.
L’enjeu est de dépasser les déclarations d’intention. Depuis le début des hostilités, les initiatives internationales se sont multipliées sans parvenir à imposer une cessation durable des combats. Les médiateurs doivent désormais tenter de faire converger leurs démarches, alors que les rivalités régionales et les intérêts divergents des puissances impliquées compliquent la recherche d’une solution politique.
ONU Photo / Stuart Price Une attaque meurtrière a eu lieu lundi dans la région pétrolifère d’Abyei, disputée entre le Soudan et le Soudan du Sud, où au moins 153 personnes auraient péri dans une frappe contre le marché.
Une guerre qui déborde les frontières
L’urgence est d’autant plus grande que le conflit, déclenché en avril 2023 par une lutte de pouvoir entre l’armée régulière et les FSR, continue de s’étendre. Les attaques de drones, devenues une caractéristique majeure des affrontements, frappent des quartiers résidentiels, des marchés et des infrastructures civiles, tandis que la faim menace une population déjà éprouvée par les violences et les déplacements.
« La guerre au Soudan est devenue une guerre de drones, qui tue principalement des civils », a dénoncé Alexandre Fasel, Secrétaire d’État suisse aux affaires étrangères.
Le diplomate a également mis en garde contre la persistance de conditions de famine au Darfour, dans le Kordofan et dans d’autres régions du pays. À cette catastrophe humanitaire s’ajoute une menace croissante pour les États voisins, confrontés aux déplacements de populations et aux conséquences économiques et sécuritaires du conflit.
« La guerre n’affecte pas seulement la population soudanaise ; elle constitue une menace pour la stabilité régionale », a souligné M. Fasel.
Pour l’ONU, cette dimension régionale impose d’associer étroitement les pays voisins aux efforts de médiation. M. Haavisto a ainsi insisté sur la nécessité de mieux comprendre les interdépendances entre le Soudan et son environnement régional, afin d’empêcher une nouvelle détérioration de la situation et une propagation des violences.
Les participants partagent, selon le représentant suisse, la conviction qu’aucune victoire militaire ne permettra de régler durablement le conflit. Reste à traduire ce constat en pressions diplomatiques suffisamment efficaces pour infléchir les positions des deux camps.
© UNICEF Des femmes et des enfants font la queue pour obtenir de l’eau à Al Obeid, dans le Kordofan du Nord, au Soudan.
Des médiations nombreuses, des résultats limités
La réunion de Genève est la sixième d’un processus de consultations lancé en juin 2024 au Caire. Depuis, les médiateurs se sont retrouvés à Djibouti, Nouakchott, Bruxelles, puis de nouveau dans la capitale égyptienne en janvier 2026. Cette succession de rencontres témoigne de la mobilisation internationale, mais aussi de la difficulté à transformer les initiatives diplomatiques en avancées concrètes.
L’enjeu est notamment d’éviter que les différents formats de négociation ne fonctionnent en parallèle, sans stratégie commune.
En marge des discussions, M. Haavisto devait ainsi rencontrer les représentants du « Quad », qui rassemble les États-Unis, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Égypte, ainsi que ceux du « Quintet », composé de l’Union africaine, de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), de l’ONU, de l’Union européenne et de la Ligue des États arabes.
La rencontre diplomatique fait suite à une journée de consultations humanitaires, également organisée à Genève, avec des responsables d’agences onusiennes et d’organisations non gouvernementales, dont le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). L’objectif est de mieux articuler les efforts de paix et la réponse aux besoins immédiats des populations, dans un pays où la poursuite des hostilités entrave l’acheminement de l’aide.
Au-delà d’un éventuel cessez-le-feu, les discussions ont également porté sur les contours d’une transition politique fondée sur un dialogue inclusif entre Soudanais. Une perspective encore lointaine tant que les combats se poursuivent et que les principaux belligérants restent à l’écart de ces consultations.
À Genève, les médiateurs cherchent donc moins à conclure la paix dans l’immédiat qu’à s’accorder sur la manière de la négocier.
