Source: United Nations – in French 2
Headline: Kosovo : les fractures communautaires inquiètent l’ONU
20 octobre 2026 Paix et sécurité
Face à la montée des tensions au Kosovo, l’ONU appelle Belgrade et Pristina à relancer le dialogue, à faire respecter les droits de toutes les communautés et à poursuivre les efforts de réconciliation. Devant le Conseil de sécurité, mardi, un haut responsable onusien a notamment mis en garde contre les discriminations ressenties par les Serbes du Kosovo et les conséquences des divisions politiques persistantes.
Après le conflit de 1998-1999, le Kosovo, à majorité albanaise, a proclamé unilatéralement son indépendance de la Serbie en 2008, reconnue depuis par plus d’une centaine de pays. Les relations entre Pristina et Belgrade restent marquées par une impasse diplomatique.
Au cours des six derniers mois, les tensions, notamment dans le nord du Kosovo où la population est majoritairement serbe, se sont accentuées autour de démolitions et d’expulsions, de restrictions à l’expression des communautés minoritaires et d’opérations policières visant des Serbes du Kosovo. L’intégration des juges et procureurs serbes reste également au point mort.
« Pris individuellement, certains de ces développements peuvent sembler administratifs ou localisés. Mais, considérés dans leur ensemble, ils renforcent le sentiment d’insécurité et de traitement inégal parmi les Serbes du Kosovo, érodent la confiance et affectent le caractère multiethnique du Kosovo », a averti le chef de la Mission des Nations Unies au Kosovo (MINUK,) Peter N. Due.
Les procès pour crimes de guerre ravivent les tensions
Le jugement rendu le 16 septembre contre l’ancien président Hashim Thaçi et trois autres anciens dirigeants de l’Armée de libération du Kosovo (UCK), reconnus coupables de crimes de guerre mais non de crimes contre l’humanité, a provoqué des manifestations à Pristina et ailleurs. Si la plupart sont restées pacifiques, certains rassemblements ont fait des blessés légers et causé des dégâts matériels.
Peter Due a salué le professionnalisme de la police dans la gestion des manifestations, tout en déplorant une coordination insuffisante avec l’ONU.
Il a également exprimé sa préoccupation après l’adoption, le 6 octobre, d’amendements limitant les pouvoirs des Chambres spécialisées du Kosovo et du Bureau du procureur spécialisé. « L’intégrité et l’indépendance du processus judiciaire doivent être respectées », a-t-il insisté.
Dans une région où les blessures des conflits passés restent vives, il a rappelé que la lutte contre l’impunité est essentielle à la réconciliation, appelant Belgrade et Pristina à coopérer pour traduire en justice les responsables des attaques de Banjska/Banjskë en 2023 et contre le canal Ibër-Lepenc/Ibar-Lepenac en 2024.
1.577 personnes toujours portées disparues
Le chef de la MINUK a toutefois salué la sortie de l’impasse politique au Kosovo, avec la formation du gouvernement le 13 septembre et l’élection de Justina Shiroka-Pula à la présidence en octobre. Il a appelé les nouvelles institutions à faire de cette avancée le point de départ d’une gouvernance au service de toutes les communautés.
La priorité reste aussi de relancer le dialogue facilité par l’Union européenne entre Belgrade et Pristina. Peter Due les a exhortés à appliquer les accords existants, notamment celui prévoyant la création d’une association de municipalités à majorité serbe, et à prendre des mesures concrètes pour réduire les tensions.
La question des disparus demeure un enjeu majeur : 1.577 personnes sont toujours portées disparues. Le responsable onusien a demandé aux deux parties de faciliter l’accès aux archives et de traiter ce dossier dans une perspective humanitaire, centrée sur les victimes et à l’abri de toute instrumentalisation politique.
« Notre responsabilité commune est d’œuvrer à la réconciliation et à la normalisation », a-t-il souligné, appelant le Conseil de sécurité à maintenir son attention sur le Kosovo et les Balkans occidentaux malgré les autres crises internationales.
La MINUK poursuit son mandat en coordination avec l’Union européenne, la KFOR, force multinationale placée sous la direction de l’OTAN, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et les autres partenaires internationaux, avec pour objectif de renforcer la confiance et de garantir à toutes les communautés une participation pleine et entière à la vie publique.
