Source: United Nations – in French 2
Headline: Moyen-Orient : Guterres dénonce une escalade militaire « hors de contrôle »
22 octobre 2026 Paix et sécurité
Alors que les combats s’intensifient au Yémen, le chef de l’ONU a mis en garde, jeudi, contre l’extension des conflits au Moyen-Orient. Il a également dénoncé les restrictions israéliennes à l’aide humanitaire à Gaza et les violences de colons en Cisjordanie occupée, avant une visite prévue vendredi en Égypte.
Au Moyen-Orient, les appels à la désescalade se succèdent, mais les combats et les violences contre les civils persistent. Lors d’une conférence de presse, le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a dressé un tableau alarmant de la situation régionale, du Yémen aux territoires palestiniens occupés, dénonçant une multiplication des affrontements qui menace les perspectives de règlement politique.
« Les conflits ne se contentent plus de s’intensifier. Ils s’étendent », a-t-il dit devant les journalistes rassemblés au siège de l’ONU, à New York. Pour illustrer cette dynamique, il a évoqué un « El Niño de la guerre », comparant la propagation des conflits et de leurs conséquences aux perturbations climatiques capables de bouleverser des régions situées à des milliers de kilomètres de leur point d’origine.
Au-delà des victimes et des destructions, les répercussions se transmettent par les marchés de l’énergie, les routes maritimes et les chaînes d’approvisionnement. Les tensions au Moyen-Orient, notamment autour du détroit d’Ormuz en raison de la guerre entre les États-Unis et l’Iran, menacent ainsi la sécurité énergétique et alimentaire de populations très éloignées des zones de combat.
Mais c’est d’abord la situation des civils qui préoccupe le chef de l’ONU. « Rien ne semble être épargné », a-t-il déploré, énumérant les logements, hôpitaux, écoles, aéroports et installations énergétiques exposés aux attaques. Il a rappelé que le droit international interdit les attaques dirigées contre les populations civiles et les biens de caractère civil.
Au Yémen, le retour des hostilités
Le Yémen constitue l’un des principaux foyers d’inquiétude. Après des années de guerre et malgré les efforts diplomatiques engagés pour parvenir à un règlement négocié, les hostilités s’intensifient autour de Taëz, grande ville du sud-ouest du pays, et dans d’autres régions.
M. Guterres a également condamné la poursuite des attaques des houthistes contre des cibles civiles en Arabie saoudite, qu’il a qualifiées de « totalement inacceptables ». Ces violences aggravent les tensions régionales et les souffrances d’une population déjà éprouvée par des années de conflit.
Des centaines de milliers de personnes ont été déplacées de force au Yémen, tandis que les besoins humanitaires continuent d’augmenter, a rappelé le Secrétaire général. La reprise des affrontements menace de compromettre davantage les perspectives d’une solution négociée.
« Nous avons besoin de retenue, et le Yémen a besoin d’une perspective politique », a-t-il déclaré.
Le chef de l’ONU a indiqué s’être entretenu cette semaine avec le président du Conseil présidentiel de direction du Yémen, tandis que son envoyé spécial poursuit ses contacts avec les différentes parties afin de préserver les possibilités de dialogue.
© Nasser Nawajaa, B’Tselem Des structures palestiniennes détruites à Khirbet al-Fakhit, dans le sud de la Cisjordanie.
Cisjordanie : les colons s’en prennent aux journalistes et aux diplomates
En Cisjordanie occupée, le ton du Secrétaire général s’est fait plus sévère encore. Dénonçant les attaques quotidiennes de colons israéliens contre les Palestiniens, il a affirmé que leur objectif était clairement de chasser des communautés de leurs terres.
« Des journalistes sont attaqués. Des diplomates sont attaqués. La situation est hors de contrôle », a-t-il lancé.
Ces commentaires interviennent après une série d’agressions particulièrement graves. Selon la presse, le 16 octobre, la photojournaliste américaine Heidi Levine a été violemment attaquée par des colons près du village palestinien d’Abou Falah. Le lendemain, des diplomates européens, notamment français, belges et polonais, ont été pris pour cible à Taybeh, lors d’une visite liée à la récolte des olives. La police israélienne a procédé à dix arrestations, mais neuf suspects ont depuis été remis en liberté et assignés à résidence.
Ces agressions s’inscrivent dans une dégradation plus générale. Selon l’ONU, plus de 160 attaques de colons liées à la récolte des olives ont provoqué des victimes ou des dégâts matériels en Cisjordanie entre le 29 septembre et le 12 octobre.
ONU Info Des tentes abritant des personnes déplacées s’entassent dans le quartier de Rimal, à Gaza-ville.
À Gaza, l’aide alimentaire amputée
Dans la bande de Gaza, malgré le cessez-le-feu conclu un an plus tôt, M. Guterres a dénoncé les restrictions toujours imposées par Israël à l’acheminement de l’aide humanitaire, ainsi que les obstacles à la mise en œuvre du plan de paix approuvé par le Conseil de sécurité.
La situation est aggravée par l’effondrement des financements. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a annoncé lundi avoir réduit d’un tiers son assistance dans l’enclave, faisant passer le nombre de bénéficiaires de 1,6 million à 1,1 million en octobre. En Cisjordanie, l’agence a également divisé par deux le nombre de personnes aidées, de 400 000 à 200 000.
Pour maintenir ses opérations dans les deux territoires pendant les six prochains mois, le PAM réclame 450 millions de dollars. « C’est l’équivalent de ce que le monde dépense pour ses armées en environ 90 minutes », a souligné M. Guterres.
Le Secrétaire général doit se rendre vendredi en Égypte, où il entend plaider pour une désescalade régionale et la reprise des efforts diplomatiques. Il a réaffirmé la nécessité d’une solution politique durable au conflit israélo-palestinien, fondée sur la fin de l’occupation et la coexistence de deux États.
