Source: The Conversation – in French – By Chunjiang An, Associate Professor, Building, Civil, and Environmental Engineering, Concordia University
À mesure qu’augmente le nombre de bateaux et de pétroliers circulant dans les eaux de l’Arctique, le risque de déversement d’hydrocarbures s’accroît. Par conséquent, le Canada doit prendre des mesures pour se préparer à ce type d’événement avant qu’il ne se produise.
L’Arctique canadien s’ouvre à la navigation à un rythme plus rapide que la mise en place de mesures de protection. Le déclin de la couverture de glace donne lieu à une expansion du trafic maritime dans les eaux arctiques et subarctiques.
Ce changement peut certes entraîner d’intéressantes retombées économiques, mais il a également pour conséquence d’accroître le risque de déversement de carburant et d’autres formes de pollution dans certains des milieux côtiers les plus fragiles de la planète. La véritable question n’est plus de savoir si l’Arctique est menacé, mais si, en cas de déversement, le Canada serait en mesure d’apporter une réponse adaptée à ces milieux.
Force est de constater qu’il ne l’est pas encore.
Les conditions de l’Arctique évoluent. L’étendue de la couverture de glace au mois de septembre est passée de 7,05 millions de kilomètres carrés en 1979 à 4,37 millions en 2023. Au cours de la même période, le transport maritime s’est intensifié dans la région, les distances parcourues s’élevant à 12 millions de milles marins en 2022.
L’expansion des zones d’eau libre entraîne une augmentation du trafic maritime, un allongement de la saison de navigation et une pression accrue sur les côtes nordiques. Cette nouvelle donne accroît également le risque qu’un accident maritime se transforme en situation d’urgence côtière.
Les littoraux de l’Arctique ne sont pas des environnements faciles à nettoyer. Dans les milieux glacés, isolés et froids, les hydrocarbures ne se comportent pas de la même façon que dans les eaux plus chaudes. Ils peuvent rester emprisonnés dans la glace, être repoussés vers les côtes, se mélanger à la neige ou s’incruster dans les sédiments et les habitats côtiers, qui ne se régénèrent que très lentement.
Les opérations de nettoyage sont également plus ardues parce que les équipes d’intervention, les bateaux et le matériel peuvent être appelés à parcourir de longues distances, souvent vers des régions où les infrastructures locales sont limitées. Même les méthodes qui ont fait leurs preuves ailleurs peuvent s’avérer beaucoup moins efficaces lorsque la glace, le froid et l’éloignement entrent en jeu.
Déversements de pétrole dans l’Arctique
Dans l’étude que nous avons publiée récemment, mes collègues et moi faisons état des dangers que représentent les déversements de pétrole dans l’Arctique et des mesures que les responsables politiques doivent prendre pour s’y préparer.
Le Plan de protection des océans et l’Initiative de recherche multipartenaire du gouvernement fédéral constituent des pas importants dans la bonne direction. Les travaux de recherche financés par ces programmes ont permis de mieux comprendre les conséquences des déversements et d’améliorer les méthodes d’intervention et les processus décisionnels.
La Loi sur la marine marchande du Canada et la Loi sur la prévention de la pollution des eaux arctiques constituent également un cadre réglementaire important. Le Canada ne reste pas les bras croisés. Cependant, le fait d’être sur la bonne voie ne signifie pas pour autant qu’on est prêt à réagir en cas d’accident.
Préparation en cas de déversement
Le Canada a besoin d’un meilleur portrait de la vulnérabilité des zones côtières dans les régions arctiques et subarctiques. Les zones côtières ne présentent pas toutes le même degré de fragilité, et les différents lieux n’ont pas tous la même valeur écologique, culturelle ou communautaire. Un déversement survenant à proximité d’une zone de récolte, d’un site côtier important sur le plan culturel ou d’un habitat de poissons alimentant une communauté environnante peut causer des dommages bien plus importants que ce qu’un plan d’intervention générique est en mesure d’indiquer.
Les mesures de préparation doivent indiquer les zones côtières les plus importantes et les raisons de leur importance, ainsi que le type d’intervention qui serait le plus approprié à chaque endroit. Pour ce faire, il est nécessaire de combiner des données physiques à des connaissances écologiques, sociales et culturelles.
Deuxièmement, il nous faut mieux comprendre comment le pétrole se déplace et évolue dans les zones côtières de l’Arctique. La couverture de glace, la salinité des eaux, la force des vagues, l’inclinaison du littoral et le type de sédiments ont tous une incidence sur la trajectoire suivie par le pétrole déversé et sur le temps qu’il faut pour nettoyer. Sans ces connaissances, les plans d’intervention pourront sembler adéquats sur papier, mais s’avérer inefficaces dans la pratique. Il est nécessaire de mener davantage de recherches sur le transport du pétrole dans les régions froides et sur le défi particulier que posent les hydrocarbures lorsqu’ils se mélangent à la neige et à la glace.
Troisièmement, nous avons besoin d’outils de nettoyage spécialement conçus pour ces environnements, et non d’outils empruntés à d’autres contextes en supposant qu’ils feront l’affaire.
Nos recherches soulignent la nécessité de concevoir des produits de nettoyage à faible toxicité et fabriqués à partir de matériaux écologiques, et d’adopter des méthodes de traitement qui évitent la production de déchets secondaires au cours des opérations de nettoyage. La préparation aux déversements ne doit pas seulement viser une plus grande rapidité d’intervention, mais celle-ci doit également être plus sûre et plus durable.
L’importance des communautés autochtones
Il importe au plus haut point de mentionner que l’Arctique canadien ne pourra se préparer adéquatement aux déversements sans qu’un partenariat avec les Autochtones ne soit au cœur de la planification. En effet, de nombreuses communautés autochtones vivent le long des côtes canadiennes, et environ 75 % des littoraux du pays bordent l’océan arctique.
Ces communautés sont souvent parmi les premières à subir les répercussions de la pollution du littoral, qui peuvent toucher la récolte de nourriture, la salubrité de l’eau, l’utilisation des côtes ou les lieux revêtant une importance culturelle.
Dans mes recherches actuelles, j’examine les façons dont nous pourrions améliorer la protection du littoral grâce à une surveillance assurée par les communautés ainsi qu’à la formation des communautés locales et à leur participation accrue à la gouvernance. Il ne s’agit pas là d’options facultatives, mais d’aspects essentiels à une véritable préparation.
Il est également fondamental de respecter les savoirs autochtones dans le cadre de la planification des réponses aux déversements. En combinant ces savoirs avec la science occidentale pour assurer la protection des côtes, les gouvernements peuvent apprendre à connaître les zones d’importance culturelle et mettre en place des interventions plus efficaces. Dans l’Arctique, les savoirs locaux ne sont pas seulement utiles – ils constituent des connaissances opérationnelles indispensables.
Si le Canada souhaite ouvrir ses eaux arctiques à un trafic maritime accru, il doit également se préparer à d’éventuels accidents. Il lui faut donc investir dans la prévention, le renforcement des capacités locales, la recherche scientifique, les partenariats avec les communautés autochtones et l’obtention d’outils de dépollution adaptés à la région, et ce, avant que le prochain déversement majeur ne se produise, et non après.
Le Canada a accompli des progrès notables. Mais il reste encore beaucoup à faire. Pour que l’Arctique soit bien préparé à faire face aux déversements de pétrole, il faudra que les gouvernements, les chercheurs, les intervenants, le secteur privé et les communautés travaillent main dans la main avec les communautés nordiques et autochtones, en veillant à ce que celles-ci soient considérées non pas comme de simples observateurs, mais comme des partenaires essentiels à la protection du littoral.
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Chunjiang An bénéficie d’un financement du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada et de Ressources naturelles Canada.
– ref. Alors que l’Arctique s’ouvre à la navigation, le Canada doit se préparer à d’éventuels déversements de pétrole – https://theconversation.com/alors-que-larctique-souvre-a-la-navigation-le-canada-doit-se-preparer-a-deventuels-deversements-de-petrole-281725
