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Pourquoi l’OMS doit déclarer le changement climatique « urgence de santé publique »

Pourquoi l’OMS doit déclarer le changement climatique « urgence de santé publique »

Source: The Conversation – in French – By Nicholas Brink, Director: International, Wits Planetary Health Research, University of the Witwatersrand

Partout dans le monde, les populations ont directement ressenti les effets du changement climatique. L’hémisphère nord a connu un nouvel été record, marqué par des vagues de chaleur et des phénomènes météorologiques extrêmes.

L’hémisphère sud est désormais confronté à un été marqué par des vagues de chaleur, des inondations, des feux de forêt et des sécheresses. Cette situation s’inscrit dans un contexte de changement climatique installé depuis plusieurs décennies. Elle est aujourd’hui amplifiée par un épisode El Niño, phénomène climatique naturel marqué par un réchauffement périodique des eaux de surface dans le centre et l’est du Pacifique équatorial, associé à des variations des vents et de la circulation atmosphérique.

Des phénomènes météorologiques extrêmes liés au changement climatique ont contraint des communautés entières à se déplacer à la suite des récents cyclones et épisodes d’inondations au Népal. Les incendies de forêt qui ont frappé la France et l’Espagne en juillet 2026 ont contraint plus de 250 000 personnes à évacuer leur domicile ou leur lieu de séjour.

Plus de 250 000 personnes ont tout perdu lors d’un récent incendie de forêt en Espagne.

Dans les villes européennes, plus de 50 000 décès liés aux fortes chaleurs auraient été enregistrés au cours de l’été 2026. Selon une étude publiée dans la revue Nature Health, environ 65 % de ces décès seraient attribuables au changement climatique d’origine humaine. Ces chiffres rappellent que le changement climatique n’est pas une simple menace pour l’avenir : il constitue déjà un danger immédiat pour les populations, en particulier les communautés et les personnes les plus vulnérables.

En tant que chercheurs et professionnels de la santé publique cherchant à comprendre et à répondre aux impacts sanitaires du changement climatique, cela nous préoccupe grandement. Dans nos propres travaux consacrés à l’impact de la chaleur sur les femmes enceintes et les enfants en Afrique, nous avons mis en évidence des conséquences profondes sur la santé de la mère pendant la grossesse, sur les complications à la naissance et sur des problèmes pouvant perdurer toute la vie chez les enfants à naître.

Dans une étude antérieure, nous avons également constaté que les professionnels de santé chargés de prendre en charge ces communautés vulnérables subissaient les effets négatifs du changement climatique.




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Plus récemment, nous avons mené, dans le cadre d’une recherche menée auprès de communautés en Afrique du Sud, des travaux visant à comprendre comment les populations tentent de s’adapter au changement climatique. Il apparaît de plus en plus clairement que les communautés ont conscience des risques auxquels elles sont confrontées en raison du changement climatique. Elles en font l’expérience au quotidien. Elles ne disposent tout simplement pas des ressources nécessaires pour s’adapter à ces changements.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et d’éminents scientifiques considèrent depuis des décennies le changement climatique comme l’une des plus grandes menaces pour la santé au XXIe siècle. Cependant, au lieu de mettre en place une architecture sanitaire mondiale capable d’anticiper et de répondre au changement climatique, nous, en tant que professionnels de la santé publique, avons laissé cette responsabilité à un système des Nations unies fondé sur le consensus.

Les progrès ont été désespérément lents et, plus récemment, le processus s’est complètement enlisé. Malgré les engagements successifs, le monde n’est pas parvenu à limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C.

C’est dans cette optique que nous appelons l’OMS à déclarer que les impacts du changement climatique sur la santé constituent une urgence de santé publique de portée internationale. Cette déclaration permettrait de renforcer la volonté politique, de mobiliser des financements et de fournir des recommandations fondées sur des données probantes en vue d’une réponse urgente en matière de santé publique.

Impacts du changement climatique sur la santé

Les impacts du changement climatique sur la santé sont généralisés et aggravent la vulnérabilité des individus et des systèmes de santé. Les personnes âgées, les femmes enceintes, les enfants et les personnes atteintes de maladies chroniques sont les plus exposés à ces impacts. Or, ces populations sont souvent celles qui disposent du moins de ressources pour s’adapter. Les pays du Sud sont également parmi les plus durement touchés par le changement climatique, alors qu’ils comptent parmi les moins responsables des émissions qui le provoquent.

Pour ces populations, le changement climatique se traduit par de nouvelles mauvaises récoltes, qui exposent leurs enfants à la malnutrition. Les inondations peuvent aussi les couper de leur centre de santé et des médicaments dont ils ont besoin. Une saison de transmission du paludisme peut leur faire perdre un enfant ou un proche, victime d’une maladie évitable.

De plus, une vague de chaleurpeut transformer une grossesse en épreuve douloureuse et mettre en danger la vie de la mère et de l’enfant.

De nouvelles méthodes scientifiques, comme l’attribution des effets du changement climatique sur la santé, sont développées pour mesurer précisément la part du changement climatique dans les effets observés sur la santé. Ces travaux contribuent à renforcer la confiance dans les résultats scientifiques.

Une marge de manœuvre réduite pour réagir alors qu’El Niño s’intensifie

Le monde est aujourd’hui confronté à une saison El Niño sans précédent. Un rapport récent prévoit 451 000 décès supplémentaires liés à la chaleur entre juin 2026 et février 2027. Ce chiffre équivaut à peu près au nombre de décès dus à la Covid-19 au cours des six premiers mois de la pandémie.

L’OMS dispose d’un mécanisme pour faire face aux menaces sans précédent pour la santé publique, en particulier celles qui nécessitent une collaboration internationale. Le Règlement sanitaire international définit très clairement les procédures et les mesures à prendre en réponse en cas d’urgence de santé publique de portée internationale. Celle-ci est définie comme :

un événement extraordinaire dont il est déterminé qu’il constitue un risque pour la santé publique dans d’autres États en raison du risque de propagation internationale de maladies et qu’il peut requérir une action internationale coordonnée.

Pour qu’une éventuelle urgence de santé publique de portée internationale soit déclenchée, le Règlement sanitaire international prescrit que deux des quatre conditions suivantes soient remplies :

  1. La menace pour la santé publique est-elle grave ?

  2. L’événement est-il inhabituel ou inattendu ?

  3. Existe-t-il un risque significatif de propagation internationale ?

  4. Existe-t-il un risque de restrictions en matière de voyages ou de commerce international ?

Appel à l’action

Nombreux sont ceux qui ont appelé à une telle déclaration en réponse à la crise climatique, qui remplit la plupart, voire la totalité, des critères. Nous avons fait valoir par ailleurs que tout retard supplémentaire entraînera des pertes humaines inutiles et causera des préjudices évitables aux plus vulnérables de la société.

Cet appel urgent a été soutenu par les ministères de la Santé de plusieurs pays d’Afrique, notamment le Sénégal, la Namibie et le Zimbabwe.

La déclaration d’une urgence de santé publique de portée internationale permettrait une réponse équitable fondée sur les principes et l’éthique de la santé publique : prise en charge et soutien des personnes les plus touchées ; prévention à grande échelle ; et surveillance des conséquences.

Cela permettrait une collaboration internationale, mobiliserait des financements et garantirait une coordination centrale ainsi que le soutien de l’OMS.

Il est temps que les pays déclenchent le processus prévu par le Règlement sanitaire international et qu’un comité d’experts évalue les risques auxquels nous sommes confrontés et formule des recommandations pour y faire face. Il est temps que l’OMS déclare une urgence de santé publique de portée internationale et que nous fassions face ensemble à cette menace en tant que communauté internationale, avant qu’il ne soit trop tard.

The Conversation

Nicholas Brink bénéficie d’un financement provenant des subventions HE2AT Center (U54TW012083) et HarmonAIze (3U54TW012083–04S1), soutenues par le Fogarty International Center au nom des National Institutes of Health et du National Institute of Environmental Health Sciences ; BioHEAT (227204/Z/23/Z), le Global Heat Attribution Project (309105/Z/24/Z), étude sur l’adaptation à la chaleur chez les femmes enceintes et les nourrissons (226758/Z/22/Z), et le Consortium d’Afrique australe sur le changement climatique et la santé (336423/Z/25/Z), financés par le Wellcome Trust ; HIGH Horizons, financé par le programme-cadre Horizon de l’UE (101057843) et UK Research and Innovation (10038478) ; et l’étude sur le changement climatique en Irlande (2025-HE-1304).

F. Machingura déclare avoir bénéficié d’un financement institutionnel de recherche accordé par le Wellcome Trust, géré par le CeSHHAR Zimbabwe, afin de soutenir sa contribution à cette correspondance dans le cadre du Consortium d’Afrique australe pour le climat et la santé, les centres de science et de politique (336423/Z/25/Z) ; déclare avoir bénéficié de subventions de recherche institutionnelles de l’Union européenne (numéro de subvention 101057843), de UK Research and Innovation (numéro de subvention 10038478), du Wellcome Trust (309105/Z/24/Z et 226758/Z/22/Z), ainsi que de Sanofi ; occupe le poste de responsable du secrétariat technique du groupe de coordination intersectoriel du Zimbabwe sur le climat, l’environnement et la santé ; occupe les fonctions de directeur national pour le Zimbabwe et de responsable régional chargé des politiques climat-santé, des sciences de la mise en œuvre et du financement au sein du consortium Wellcome pour le climat, la santé, la science et les politiques en Afrique australe ; est directeur du département Climat, environnement et santé au CeSHHAR Zimbabwe ; est maître de conférences à la Liverpool School of Tropical Medicine ; et est membre du groupe chargé des indicateurs relatifs à la chaleur et à la santé maternelle, néonatale et infantile pour l’OMS et l’Organisation météorologique mondiale.

Matthew Chersich and Robb Butler: do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. Pourquoi l’OMS doit déclarer le changement climatique « urgence de santé publique » – https://theconversation.com/pourquoi-loms-doit-declarer-le-changement-climatique-urgence-de-sante-publique-295673

Original source: https://submissions.mil-osi.com/2026/11/04/pourquoi-loms-doit-declarer-le-changement-climatique-urgence-de-sante-publique-295673/