Source: The Conversation – in French – By Margaux Maurel, Doctorante en affaires internationales spécialisée sur les impacts économiques, sociaux et environnementaux des projets d’infrastructure et d’énergie dans les pays du Sud Global et l’activisme transnational. Chercheuse affiliée au CERIUM, HEC Montréal
Une compagnie canadienne est derrière plusieurs projets découlant du controversé « renouveau » annoncé par le gouvernement français afin de relancer l’exploitation minière sur son propre sol.
En France, malgré une longue histoire d’exploitation minière et des multinationales toujours actives à l’étranger, les activités d’exploration minière ont cessé depuis la fin des années 1990. Pourtant, en 2012, une stratégie nationale de « renouveau minier » est lancée pour rapatrier les activités minières. La douzaine de permis d’exploration et de recherche de mine (PERM) déposés les six années suivantes se heurte pourtant à des oppositions locales systématiques.
Entre juillet et octobre 2023, la compagnie Breizh Ressources a déposé trois permis de recherches minières en Bretagne et dans le Maine-et-Loire, régions de l’ouest de la France. Derrière ce nom bien breton (Breizh signifie « Bretagne » en langue celte), se cache un unique actionnaire : Aurania Resources. Cette société canadienne immatriculée aux Bermudes est dirigée par Keith Barron, connu dans le milieu minier pour avoir découvert un des plus grands gisements d’or en Équateur.
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Cette ‘junior’ (c’est-à-dire une société d’exploration de taille modeste) cédera éventuellement son permis dans les prochaines années à une ‘major’ (une grande société d’exploitation souvent multinationale) qui exploitera les gisements.
Les permis de recherche Taranis, Epona, et Bélénos, accordés le 3 décembre 2025, comprennent une superficie de 850 km2 couvrant 42 communes. Ils comprennent l’or ainsi que 40 minerais dont plusieurs dits « critiques » comme le lithium, le titane et le tungstène.
Breizh Ressources affirme, selon le média d’enquête breton Splann, s’intéresser depuis longtemps à ces régions, mais avoir été ralentie par « le manque de volonté politique et la faible prise de conscience de l’importance de relocaliser l’approvisionnement en métaux stratégiques ». Dans cette perspective, Aurania Resources a également créé une seconde entité en Corse, Corsica Ressources où Keith Barron s’intéresse cette fois-ci au nickel.
Doctorante en affaires internationales à HEC Montréal et chercheuse affiliée au CÉRIUM, mes travaux portent sur les résistances des communautés face aux projets miniers liés aux minerais critiques dits « de la transition ».
Manque de transparence dénoncé
Les habitants des communes concernées ont découvert l’information au hasard dans le journal officiel au début de l’année 2024. Elles ont seulement fait l’objet d’une consultation du public dématérialisée en juin 2024.
Une importante mobilisation citoyenne dénonce ce manque de transparence et de consultation ainsi que les risques de pollution de l’air, des eaux et des sols, l’accaparement de la ressource en l’eau et le risque radioactif liés à l’extraction minière.
Les collectifs Stop Taranis, Stop Bélénos et Stop Epona ainsi que les associations Toussunix et Stop Mines 49 44 se sont fortement mobilisés pour informer la population.
L’association Eau et Rivières de Bretagne explique qu’en Ille-et-Vilaine et en Loire-Atlantique, seulement 3 et 2 % respectivement des masses d’eau sont en bon état. L’exploration et a fortiori l’exploitation minière menaceraient donc ces écosystèmes déjà fortement fragilisés.
L’un des principaux leviers des citoyens est le « refus de consentement » pour interdire l’accès à sa parcelle de terrain, campagne menée par Eau et rivières. En septembre 2025, 18 communes, sur les 20 concernées par le permis Taranis, ont également pris la décision lors de leurs conseils municipaux de s’opposer à l’exploration sur leur territoire, soutenant leur population. Pour la majorité des élus, ce projet n’est pas compatible avec les marais et zones humides et inondables des territoires. Les huit communes de Loire-Atlantique ont également, lors de conseils municipaux fin 2025, refusé l’exploration sur les terrains communaux.
Le narratif de la transition énergétique
Eau et Rivières de Bretagne a lancé son recours contre les trois permis. « Le recours contre le PERM Belenos est aussi porté par l’association Stop Mines 49 44 et une vingtaine de particuliers et professionnels du territoire concerné », précise une citoyenne engagée dans Stop Belenos.
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Un processus de relance de l’activité minière en métropole est engagé par le gouvernement français depuis plusieurs années. Le narratif de la transition énergétique sert de caution pour faciliter l’accès des sous-sols aux entreprises et aux investisseurs. La France est en effet très dépendante de ressources stratégiques en provenance d’autres pays.
À titre d’exemple, un fonds dédié aux minerais et métaux critiques, doté 500 millions d’euros, a été mis en place par le président français Emmanuel Macron en mai 2023 pour soutenir les investissements dans le secteur.
Les collectifs dénoncent aussi la loi de simplification de la vie économique, adoptée le 26 mai 2026, qui vise à « simplifier et accélérer certaines procédures […] d’environnement applicables aux projets énergétiques […] stratégiques ». Au-delà de la France, la Commission européenne a annoncé en 2026 une réforme de la directive-cadre sur l’eau, visant à faciliter les activités extractives, qui est dénoncée par le CNRS.
« Silence radio »
En mêlant recours juridiques et action citoyenne directe, les habitants contestent à la fois l’octroi de ces permis sur leurs terres, les législations qui les facilitent et les impacts sur leur santé et leurs milieux de vie. Leurs voix ne pèsent cependant pas lourd dans le processus décisionnel, le verdict revenant au ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique.
Toutefois, à la suite de la décision du Conseil d’État en date du 12 juillet 2024, l’Autorité environnementale a été saisie de ces trois demandes, ce qui ralentit le processus.
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Depuis plusieurs mois, « c’est silence radio », me confie un habitant engagé dans la lutte contre Breizh Ressources. « Nous continuons à informer la population. » Il dénonce les discours de la compagnie et de certaines organisations, dont la Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles (FNSEA) ou d’élus locaux qui tentent de rassurer la population en minimisant les impacts de l’exploration minière ou la probabilité de conversion de l’exploration en exploitation.
Dans un contexte d’augmentation des prix des matières premières et de la demande, l’exploitation des sous-sols européens et a fortiori français serait « inéluctable » pour répondre aux nouveaux besoins, selon les pouvoirs publics et le milieu industriel. Dénonçant ce fatalisme qui tend à dépolitiser les enjeux politiques, sociaux et écologiques, les collectifs locaux mettent aussi en avant des alternatives : sobriété énergétique, « low-tech » (basse technologie) et conception durable. « Nous posons également la question : pourquoi cette course à la technologie ? », affirme une membre du collectif Stop Belenos.
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Margaux Maurel ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. Controversé « renouveau minier » en France : les projets d’une société canadienne – https://theconversation.com/controverse-renouveau-minier-en-france-les-projets-dune-societe-canadienne-277909
Original source: https://submissions.mil-osi.com/2026/11/05/controverse-renouveau-minier-en-france-les-projets-dune-societe-canadienne-277909/
