Source: The Conversation – in French – By Adam Kenneth Dubé, Associate Professor of Learning Sciences, Faculty of Education, McGill University
En août 2026, deux décennies après le lancement des médias sociaux, Meta a réglé aux États-Unis un litige concernant l’impact négatif de Facebook et d’Instagram sur le bien-être des adolescents.
L’entreprise a versé 18 milliards de dollars américains et a accepté de restreindre l’accès des adolescents à ces plates-formes, afin d’éviter une réglementation du gouvernement américain.
Peu avant, en juin, le gouvernement canadien avait enfin annoncé sa propre réglementation, la Loi sur la sécurité des médias sociaux, qui oblige les plates-formes à retirer les contenus préjudiciables.
Mieux vaut tard que jamais… Mais ni l’intervention américaine ni l’intervention canadienne ne traitent des agents conversationnels basés sur l’IA. Nous devrions nous préoccuper non seulement des effets de l’IA sur la sécurité des adolescents, mais aussi, comme le suggèrent des données récentes issues d’évaluations standardisées mondiales, sur leur apprentissage.
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L’IA et les travaux scolaires
En septembre, les données du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) de l’OCDE ont été publiées. Le PISA est une évaluation internationale périodique des compétences en sciences, en mathématiques et en lecture des élèves de 15 ans.
Les données recueillies auprès de plus de 760 000 jeunes de 15 ans ont révélé que 86 % des adolescents à l’échelle mondiale utilisent l’IA pour leurs études, et que ceux qui s’en servent chaque semaine pour leurs travaux scolaires affichent un retard d’une année scolaire par rapport à ceux qui ne l’utilisent jamais. Les élèves canadiens qui utilisent l’IA chaque semaine affichent quant à eux un retard de deux années scolaires.
Dans l’ensemble, les résultats au PISA sont en baisse depuis 2006. Il en va de même au Canada.
La dernière baisse observée depuis 2022 coïncide avec le lancement de ChatGPT, mais cela ne constitue pas une preuve de lien de causalité. Il faut plutôt examiner les données pour comprendre comment les élèves utilisent l’IA à l’échelle mondiale, comment les élèves canadiens se situent par rapport aux autres et ce que cela révèle quant à l’impact de l’IA sur l’apprentissage.
Comment et pourquoi les ados utilisent l’IA
Les adolescents déclarent utiliser fréquemment les agents conversationnels basés sur l’IA dans le cadre de leurs études. Parmi les élèves qui utilisent l’IA chaque semaine, les raisons invoquées sont les suivantes :
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« Pour m’aider à apprendre » (38 % au Canada, 46 % à l’échelle mondiale) ;
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« Pour faire des recherches sur de nouveaux sujets » (23 % au Canada, 31 % à l’échelle mondiale). Les élèves n’ont pas précisé pourquoi ils agissaient ainsi, par exemple s’il s’agissait de compléter une recherche en ligne ou à la bibliothèque, ou bien de remplacer ces dernières ;
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Pour résumer une lecture (23 % au Canada, 30 % à l’échelle mondiale) ;
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Plus préoccupant encore, pour générer des textes destinés à des devoirs (18 % au Canada, 29 % à l’échelle mondiale) au lieu de les rédiger eux-mêmes.
Pourtant, de nombreux adolescents canadiens déclarent ne jamais utiliser l’IA ; 50 % d’entre eux affirment ne jamais recourir à l’IA pour générer du texte.
S’ils ne cherchent pas à éviter les devoirs, pourquoi utilisent-ils l’IA ?
Curiosité et IA
Afin de comprendre ce qui motive l’apprentissage, on a interrogé des adolescents sur leur curiosité. À l’échelle mondiale et au Canada, les élèves ayant déclaré des niveaux de curiosité plus élevés utilisaient l’IA plus fréquemment.
Les élèves qui ont déclaré demander de l’aide à leurs enseignants, à leurs camarades de classe, à leurs amis ou à leurs parents lorsqu’ils en ont besoin (ce qui montre clairement qu’ils suivent leur apprentissage) n’ont soit jamais utilisé l’IA, soit l’ont utilisée tous les jours.
Ces données indiquent que les adolescents utilisent l’IA pour les aider à apprendre, et non pour tricher, et qu’ils sont motivés par la curiosité.
Malheureusement, les données indiquent également que l’utilisation de l’IA n’aide pas la plupart des adolescents dans leur apprentissage, et en particulier les Canadiens.
L’impact de l’IA sur l’apprentissage
Tant à l’échelle mondiale qu’au Canada, la tendance dominante est que les élèves qui utilisent davantage l’IA obtiennent aussi de moins bons résultats en sciences.
Au Canada, les élèves qui utilisent quotidiennement l’IA pour résumer des textes obtiennent des résultats en sciences inférieurs de 38 points à ceux qui ne l’utilisent jamais.
Les adolescents canadiens qui l’utilisent pour rédiger des textes affichent un résultat inférieur de 42 points. Ces écarts équivalent à deux années de perte d’apprentissage.
Bien que les élèves qui « utilisent l’IA pour apprendre » et mènent des recherches affichent des baisses moins marquées dans leurs résultats en sciences, les données relatives aux quatre types d’utilisation suggèrent qu’il n’existe aucune façon utile de recourir à l’IA à des fins d’apprentissage.
Pourquoi de tels écarts ? Serait-ce un écart de statut socio-économique (SSE) qui créerait des obstacles à l’apprentissage ? Non : les utilisateurs canadiens de l’IA sont plus susceptibles de provenir d’écoles à SSE élevé.
C’est plus simple que ça : si l’IA lit et écrit à votre place, vous n’apprenez pas.
Former à apprendre avec l’IA : est-ce utile ?
Ces lacunes d’apprentissage pourraient-elles être comblées en apprenant aux élèves à utiliser l’IA de manière plus judicieuse ? À cette fin, le gouvernement canadien vient de lancer une formation gratuite sur la culture de l’IA destinée aux élèves.
Pour vérifier cette hypothèse à l’aide des données du PISA, comparons les élèves à qui l’on a enseigné comment évaluer le contenu généré par l’IA à ceux qui n’ont pas reçu cette formation.
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À l’échelle mondiale et au Canada, parmi les élèves qui utilisent l’IA quotidiennement, ceux qui ont suivi une formation ont obtenu de meilleurs résultats que ceux qui n’en ont pas suivi.
Cependant, ces élèves ayant suivi une formation à l’IA ne se distinguaient pas beaucoup de ceux n’ayant jamais utilisé l’IA (au Canada : deux points de moins ; à l’échelle mondiale : cinq points de plus).
Une formation aux compétences en IA pourrait contribuer à prévenir les pertes d’apprentissage liées à l’IA. Ou, pour obtenir à peu près le même résultat, les élèves pourraient tout simplement ne pas utiliser l’IA.
Un enjeu de santé publique
Au Canada, 38 % des adolescents utilisent l’IA chaque semaine pour apprendre, mais leurs résultats affichent un retard de deux ans. Que faire ?
Nous devons cerner le problème. Une étude récente soutient que nous devrions considérer les répercussions de la technologie comme un enjeu de santé publique, fondé sur des données probantes et soumis à une réglementation.
Comment réglementer ? Des experts canadiens en IA, en apprentissage et en développement de l’enfant ont rédigé une note d’orientation appelant à un élargissement de la portée de la Loi sur la sécurité des médias sociaux. Je fais partie de ce groupe, et nous soutenons que les entreprises technologiques doivent supprimer de leurs produits les caractéristiques de conception qui encouragent l’utilisation à tout prix.
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En ce qui concerne l’IA, cela signifie concevoir une IA adaptée aux adolescents plutôt que d’apprendre aux adolescents à s’adapter à l’IA.
OpenAI a lancé ChatGPT for Teens en août, mais le Youth AI Safety Institute de Common Sense Media lui attribue la cote « risque inacceptable » en matière de sécurité. Nous devrions nous montrer tout aussi préoccupés par l’apprentissage des élèves.
Pour être adaptés aux adolescents, les chatbots ne devraient pas comporter :
▪ Une validation excessive (flatterie) ;
▪ Des questions de suivi systématiques ;
▪ La simulation de caractéristiques humaines (par exemple, des noms, des avatars ou des personnalités d’inspiration humaine) ;
▪ La simulation d’émotions et de relations humaines ;
▪ Une personnalisation qui favorise l’attachement ;
▪ Des tâches quotidiennes et des notifications du système (par exemple, des rappels invitant à interagir avec le système) ;
▪ Des publicités déguisées en conversations ;
▪ Un langage trop assuré (peu importe l’exactitude ou la source de l’information).
Nous devons agir avant la prochaine vague d’IA. OpenAI a aussi lancé son chatbot doté d’une IA agentique, accompagné, tout comme Muse, d’une mascotte aux allures de dessins animés. Une des promesses de Muse est : « Muse est un agent IA personnel. Il ne se contente pas de répondre aux questions, il accomplit réellement le travail. »
L’arrivée sur le marché des chatbots basés sur l’IA depuis 2022 a nui à l’éducation des adolescents. Les gouvernements ne peuvent pas se permettre d’attendre encore deux décennies avant de réglementer l’IA.
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Adam Kenneth Dubé est affilié au McGill Collaborative for AI & Society. Il bénéficie d’une subvention du Conseil des sciences sociales et humaines pour étudier les interactions entre les enfants et l’IA.
– ref. Les chatbots basés sur l’IA nuisent à l’apprentissage des adolescents, et le Canada doit agir – https://theconversation.com/les-chatbots-bases-sur-lia-nuisent-a-lapprentissage-des-adolescents-et-le-canada-doit-agir-294538
Original source: https://submissions.mil-osi.com/2026/11/05/les-chatbots-bases-sur-lia-nuisent-a-lapprentissage-des-adolescents-et-le-canada-doit-agir-294538/
