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Les centres de données créent-ils vraiment des emplois ? Ce que révèle l’étude de 1 584 sites

Les centres de données créent-ils vraiment des emplois ? Ce que révèle l’étude de 1 584 sites

Source: The Conversation – in French – By Simon Buechler, Assistant Professor of Finance, Miami University


L’ESSENTIEL

  • Aux États-Unis, l’ouverture d’un centre de données s’accompagne en moyenne de 1 000 à 1 300 emplois locaux supplémentaires hors construction.

  • Dans les comtés américains étudiés, ces emplois mettent trois à cinq ans à apparaître et relèvent surtout des secteurs au service des data centers.

  • À l’inverse, l’étude ne trouve guère de hausse d’emploi dans la restauration, le commerce et les services de proximité.


Construire un data center exige des investissements colossaux : terrain, bâtiments, matériel informatique et infrastructures électriques. Pourtant, une fois en service, ces installations n’emploient en général que quelques dizaines de personnes, par exemple des techniciens informatiques, des ingénieurs ou des agents de sécurité. Alors que des milliards de dollars sont investis dans de nouveaux data centers partout aux États-Unis, les territoires concernés se demandent ce qu’ils y gagneront.

Ce scepticisme quant aux retombées locales nourrit une opposition croissante à leur construction, de l’Ohio au Texas. Cette fronde a contribué à retarder ou à faire annuler des projets de data centers d’une valeur de 156 milliards de dollars (environ 139 milliards d’euros) rien qu’en 2025.

Nous sommes enseignants-chercheurs spécialistes de l’immobilier et de l’économie urbaine, et nous étudions notamment la façon dont les grands investissements réalisés dans un territoire façonnent son économie. Nous avons donc voulu répondre à une question au cœur de ces conflits : les data centers créent-ils réellement des emplois là où ils sont construits ?

Pour le savoir, nous avons travaillé avec quatre collègues sur l’évolution de l’emploi local après l’ouverture d’un data center. Il en ressort que les data centers ouverts entre 2000 et 2023 ont créé en moyenne 1 000 à 1 300 emplois dans les comtés où ils sont implantés. Mais ces emplois, qui se situent hors des data centers et non à l’intérieur, mettent quelques années à apparaître. Ils relèvent surtout des secteurs au service des data centers, et non de la restauration ou du commerce.

Comment les data centers créent des emplois locaux

Au-delà des personnes qu’ils emploient directement, les data centers peuvent créer des emplois d’au moins trois façons.

D’abord, ils peuvent stimuler la demande adressée aux fournisseurs locaux, des sociétés de sécurité qui protègent les sites aux électriciens qui entretiennent les équipements.

Ensuite, leurs salariés et ceux de ces fournisseurs peuvent dépenser davantage sur place, ce qui fait vivre restaurants, magasins et autres services de proximité.

Enfin, les entreprises qui exploitent déjà des data centers peuvent agrandir leurs installations, tandis que d’autres opérateurs peuvent choisir de s’installer à proximité. Dès lors qu’un site dispose de l’électricité, de la fibre et des autres infrastructures nécessaires au fonctionnement d’un data center, de nouveaux investissements peuvent s’en trouver facilités.

Allée étroite entre deux rangées de baies de serveurs noires, câbles et voyants, sans personne.
Rangées de serveurs dans un data center. Les data centers n’emploient en général que quelques dizaines de personnes, par exemple des techniciens informatiques, des ingénieurs ou des agents de sécurité.
[Carl Lender/Wikimedia Commons](https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Datacenter_Server_Racks_(22370909788).jpg), [CC BY](https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/)

Suivre les data centers et l’emploi

Nous avons rassemblé des informations détaillées sur 1 584 data centers ouverts aux États-Unis entre 2000 et 2023. Pour chacun, nous avons relevé l’emplacement, la date d’ouverture et la puissance électrique, un indicateur couramment utilisé pour comparer des installations de tailles différentes. Nous avons ensuite croisé ces données avec les statistiques fédérales sur l’emploi, les salaires et le nombre d’entreprises dans chaque comté.

Mesurer l’effet propre des data centers n’a rien d’évident. Les opérateurs ne choisissent pas leurs sites au hasard. Ils recherchent une alimentation électrique fiable, des raccordements à la fibre, des terrains disponibles et une réglementation locale favorable. Ces territoires sont peut-être déjà en plein essor, si bien que de nouveaux emplois auraient pu y apparaître même sans data center.

Pour en tenir compte, nous avons suivi l’emploi dans les comtés ayant accueilli un data center (comme ceux de Loudoun en Virginie, de Berkeley en Caroline du Sud ou de Morrow dans l’Oregon, entre autres), avant et après sa mise en service. Nous avons ensuite comparé ces trajectoires à celles de comtés similaires qui n’en avaient pas accueilli. Nous avons aussi regardé si les installations les plus grandes se traduisaient par une hausse plus forte de l’emploi.

Des emplois, mais pas tout de suite

Au cours des deux années suivant l’ouverture du premier data center d’un comté, l’emploi hors construction n’évolue guère, d’après nos résultats. Ensuite, il commence à progresser. De trois à cinq ans après l’ouverture, ces comtés comptaient environ 1 000 à 1 300 emplois de plus, hors construction, que des comtés comparables dépourvus de data centers.

Plus l’investissement est important, plus le gain d’emplois l’est aussi. Cinq ans après l’installation d’une nouvelle capacité, chaque mégawatt supplémentaire va de pair avec environ 7,4 emplois locaux de plus, hors construction.

Une partie de ce gain tient toutefois à des agrandissements ultérieurs. Chaque mégawatt installé s’accompagne de 1,7 mégawatt de capacité supplémentaire au cours des années suivantes. Une fois cette croissance ultérieure prise en compte, nos estimations aboutissent à environ 2,7 emplois hors construction par mégawatt de capacité finale. Ainsi, une grande installation de 100 mégawatts irait de pair avec quelque 275 emplois locaux supplémentaires en dehors du data center lui-même.

Vue en hauteur d’un vaste campus de bâtiments plats aux toits couverts d’unités de climatisation ; au premier plan, une ossature métallique en construction et des engins de chantier.
Campus de data centers d’Amazon Web Services dans l’est de l’Oregon : trois bâtiments en service et un quatrième en construction, en août 2023.
[Tedder/Wikimedia Commons](https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Amazon_AWS_us-west-2_morrow_east_AZ_01.jpg), [CC BY-SA](https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/)

Des emplois là où on ne les attend pas

La nature des emplois créés aide à comprendre ce qui se passe.

Les créations d’emplois se concentrent dans le transport et l’entreposage, les services professionnels et techniques, ainsi que l’immobilier. Ces secteurs peuvent travailler pour les data centers ou bénéficier directement de leur présence, ou des investissements et des infrastructures qu’ils attirent.

À l’inverse, nous n’avons guère trouvé de signes d’une hausse de l’emploi dans la restauration, le commerce et les autres services de proximité.

Nous avons également constaté que de nouveaux investissements dans des data centers sont généralement réalisés par la suite dans le même comté. Le plus souvent, ce sont les entreprises déjà présentes qui agrandissent leurs installations. En général, d’autres sociétés ne viennent pas construire de nouveaux data centers dans la même zone.

L’emploi n’est qu’un des termes de l’équation

Notre étude a ses limites. Elle porte sur des data centers ouverts jusqu’en 2023, avant la vague actuelle de construction d’installations géantes destinées à alimenter l’IA. Les plus grands data centers ne créent pas forcément proportionnellement plus d’emplois, si bien que nos conclusions pourraient ne pas s’appliquer aux plus gros projets d’aujourd’hui.

Par ailleurs, nous nous sommes limités aux créations d’emplois, sans chercher à savoir si les data centers valent ce qu’ils coûtent aux territoires qui les accueillent. Ces installations consomment de grandes quantités d’électricité et d’eau, peuvent être bruyantes et peuvent bénéficier d’allègements fiscaux substantiels de la part des autorités locales et des États. Nous n’avons abordé aucune de ces questions.

Nos résultats montrent bien que les data centers peuvent créer des emplois au-delà du petit nombre de personnes qui travaillent entre leurs murs. Mais cela ne signifie pas que chacun d’eux soit une bonne affaire pour son territoire. Et la question de savoir si ces emplois supplémentaires justifient les coûts reste ouverte.

The Conversation

Simon Buechler reçoit des financements du Real Estate Research Institute (RERI).

Lyndsey Rolheiser reçoit des financements de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) et du Real Estate Research Institute (RERI).

– ref. Les centres de données créent-ils vraiment des emplois ? Ce que révèle l’étude de 1 584 sites – https://theconversation.com/les-centres-de-donnees-creent-ils-vraiment-des-emplois-ce-que-revele-letude-de-1-584-sites-296064

Original source: https://submissions.mil-osi.com/2026/11/07/les-centres-de-donnees-creent-ils-vraiment-des-emplois-ce-que-revele-letude-de-1-584-sites-296064/