Source: The Conversation – in French – By Sabri Boubaker, Professor of Finance, EM Normandie
La finance verte, avec ses outils comme les green bonds, fait partie de l’arsenal existant pour relever les défis climatiques et économiques actuels. Devant ses limites néanmoins et pour aller plus loin, un élément mériterait davantage d’attention selon une étude que nous avons menée récemment : la place des femmes dans les instances législatives. De précédents travaux montrent que les femmes en politique tendent à favoriser les orientations axées sur la durabilité et le bien-être collectif, influençant directement les choix en matière d’écologie et d’économie verte.
En couvrant des régions géographiquement et culturellement diverses, notre analyse, portant sur 47 pays entre 2007 et 2022, révèle des tendances communes qui transcendent les frontières. Là où les femmes occupent une part importante des sièges parlementaires, les politiques environnementales s’avèrent souvent plus ambitieuses et tournées vers le long terme. À l’inverse, dans les contextes où la participation féminine au parlement reste faible, les initiatives de finance verte peinent à se concrétiser.
En Norvège, où la représentation féminine est forte, des lois strictes sur la réduction des émissions et la préservation des ressources naturelles ont été mises en place. Aux Philippines, ce sont des femmes parlementaires qui ont soutenu la restauration de 38 000 hectares de mangroves, un écosystème clé pour réduire l’érosion côtière et atténuer les impacts des typhons. En France, la montée en puissance des femmes dans les instances politiques a coïncidé avec l’élaboration d’initiatives visant la neutralité carbone d’ici à 2050.
L’approche adoptée par les femmes législatrices ne se limite d’ailleurs pas à proposer des lois et à les voter : elle s’étend également à leur application et à leur suivi, un levier puissant pour des avancées significatives dans le domaine de la finance verte.
Prêtes à promouvoir une fiscalité verte
L’impact de la présence féminine se fait en particulier ressentir en ce qui concerne les taxes environnementales, qui incitent les entreprises à réévaluer leurs pratiques polluantes.
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En Australie ou au Canada, où les femmes législatrices occupent une place croissante, des taxes sur les émissions polluantes et autres pratiques nuisibles sont de plus en plus imposées, influençant les décisions des entreprises vers des choix plus durables. Aux Philippines, des taxes spécifiques sur les plastiques à usage unique ont permis de financer des projets de reforestation et des initiatives pour les énergies renouvelables.
Cette approche est cohérente avec des recherches montrant que les femmes, dès leur jeune âge, développent souvent une sensibilité environnementale accrue en raison de leurs rôles sociaux et de leur éducation. Ce bagage influence leur manière de gouverner et de défendre des politiques de préservation des ressources naturelles et de l’environnement. L’impact de cette perspective environnementale féminine est particulièrement visible dans les stratégies fiscales de finance verte, où la taxation incitative devient un levier majeur pour transformer les pratiques économiques à long terme.
Accompagner l’essor des green bonds
Notre étude révèle également que l’impact de la représentation féminine en politique est amplifié dans les pays dotés de marchés financiers développés, tels que les États-Unis et le Royaume-Uni. Dans ces pays, les femmes législatrices favorisent l’adoption de mécanismes financiers en faveur de la finance verte, tels que l’émission d’obligations vertes et les investissements dans les énergies renouvelables. Aux États-Unis, par exemple, le marché des green bonds a connu un essor soutenu par une gouvernance qui valorise la diversité et l’inclusion au sein des instances décisionnelles. Le marché a néanmoins fait les frais des doutes portant sur la pertinence des critères ESG qui les accompagnent.
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Aux Philippines, bien que les marchés financiers soient encore émergents, des projets locaux de green bonds ont été initiés avec le soutien de femmes leaders, permettant le financement de parcs solaires et d’infrastructures climatiques.
Au-delà de la finance
Outre la finance, la présence de femmes au sein des parlements se fait aussi ressentir en ce qui concerne la formulation de politiques de résilience climatique. Cela vaut notamment dans les pays les plus exposés aux catastrophes naturelles liées au climat, comme le Bangladesh, le Costa Rica ou les Philippines, en proie aux typhons, aux inondations et à des vagues de chaleur extrêmes.
Au Costa Rica, où la représentation féminine a été renforcée au sein du parlement, des réformes innovantes ont été adoptées pour préserver la biodiversité et pour créer des infrastructures capables de résister aux crises climatiques. C’est aussi le cas aux Philippines où des digues naturelles ont été portées par des femmes parlementaires, de même que des programmes éducatifs aidant à renforcer la résilience climatique des populations rurales.
Nos résultats confirment en somme que la diversité de genre, notamment aux plus hauts niveaux de gouvernance, est essentielle pour maximiser les bénéfices environnementaux.Une gouvernance inclusive, intégrant davantage de femmes dans les décisions politiques. Et la finance verte pourrait ainsi devenir un moteur de transformation si les femmes continuent de prendre place dans les cercles de décision.
Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.
– ref. Davantage de femmes en politique pour davantage de finance verte – https://theconversation.com/davantage-de-femmes-en-politique-pour-davantage-de-finance-verte-244337
