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Nous avons trouvé le moyen de convertir les déjections de bernaches en nourriture pour volailles et en engrais

Nous avons trouvé le moyen de convertir les déjections de bernaches en nourriture pour volailles et en engrais

Source: The Conversation – in French – By Rassim Khelifa, Assistant Professor, Department of Biology; Canada Research Chair Tier 2 in Global Change Biology, Concordia University

Les oies du Canada produisent des excréments désagréables à fouler et porteurs d’agents pathogènes, qui contaminent les pelouses et entraînent l’effondrement écologique des plans d’eau. (Wikamedia Commons/ Joe Ravi), CC BY-SA

Les bernaches du Canada sont de véritables gangsters. Elles sont imposantes, effrontées et extrêmement adaptables, et survivent admirablement bien en milieu urbain. Partout où elles passent, elles laissent leur marque caractéristique : des déjections verdâtres en forme de cigare.

La population de bernaches a connu une expansion rapide dans de nombreuses villes d’Amérique du Nord grâce à des environnements urbains favorables — nourriture abondante sur les pelouses, sites de nidification sûrs et faible nombre de prédateurs — et à la mise en œuvre de mesures de conservation efficaces au cours des trois dernières décennies.

Les bernaches sont certes adorables, mais lorsqu’elles se regroupent en grand nombre, elles peuvent devenir une nuisance. Elles endommagent les cultures et font concurrence aux autres oiseaux aquatiques. Leurs fientes, qu’il est déplaisant de fouler, sont porteuses d’agents pathogènes qui contaminent les pelouses et entraînent l’effondrement écologique des plans d’eau.

Une bernache peut déféquer toutes les 20 minutes. Imaginez alors la quantité de matières fécales produites chaque jour par des centaines, voire des milliers de ces oiseaux dans une ville. Or, presque aucun effort n’a été fait pour explorer les éventuelles utilisations bénéfiques de ces déchets.

Selon les conclusions de nos recherches publiées dans the Journal of Environmental Management, les déjections des bernaches pourraient être utilisées pour créer une source de protéine servant à la fois de nourriture pour animaux et d’engrais, et ce, grâce à l’apport d’une championne du recyclage que l’on trouve dans la nature : la mouche soldat noire.

Produire de la nourriture pour volailles à partir de fientes de bernaches

Les larves de la mouche soldat noire sont connues pour leur remarquable capacité à consommer et à décomposer les déchets organiques, notamment les déchets d’origine animale provenant des exploitations agricoles. Toutefois, elles n’ont encore jamais été testées sur des déjections de bernaches du Canada.

Dans le cadre de notre étude, nous avons nourri des larves de mouche soldat noire avec trois régimes alimentaires différents : un mélange standard riche en nutriments composé de maïs, de blé et de luzerne (mélange témoin), une combinaison de ce mélange alimentaire avec des déjections de bernaches, et enfin un régime composé exclusivement de fientes.

Nous avons également introduit une autre variable en stérilisant une partie des excréments, pour nous aider à déterminer si les micro-organismes présents dans la fiente ont une incidence sur la digestion.

Les résultats ont été surprenants : l’insecte a pu accomplir l’intégralité de son cycle de vie en se nourrissant exclusivement de déjections. En fait, il a pu en gober un peu plus de la moitié. Sa taille corporelle et sa durée de vie s’en sont trouvées réduites, mais cela n’a pas posé de problème puisqu’il remplissait sa fonction.

Les larves ont grossi plus vite et ont atteint un poids corporel plus élevé lorsque les excréments n’étaient pas stérilisés, ce qui donne à penser que les microbes présents dans les déjections favorisent d’une certaine façon le développement des insectes. Il est à noter que les larves ayant consommé le mélange d’excréments et d’aliments riches en nutriments se sont développées encore mieux que celles nourries uniquement avec des aliments riches en nutriments, et qu’elles ont atteint une condition physique similaire au stade adulte.

Ces résultats semblent indiquer que les larves de mouche soldat noire et les déjections de bernaches pourraient être utilisées pour alimenter un système de traitement des déchets organiques à grande échelle. Les excréments de bernaches pourraient être prélevés dans les parcs et les espaces verts de la ville, puis acheminés vers une installation où les larves pourraient être élevées en consommant ces déchets.

Les larves pourraient ensuite constituer une source de protéines pour l’alimentation de la volaille et en aquaculture, selon une approche circulaire de gestion des déchets urbains axée sur le « suprarecyclage ».

Fertilisant riche en nutriments

Le processus de digestion des larves produit également un résidu, les chiures.Les chiures de mouches soldat noires ont été testées dans le cadre de plusieurs études, principalement sur des cultures terrestres, où elles ont amélioré la croissance des plantes et le rendement des récoltes.

Nous avons décidé d’étudier le potentiel des chiures produites à partir des déjections de bernaches du Canada — en tant qu’engrais pour la lentille d’eau, une plante aquatique à croissance rapide et à forte teneur en protéines utilisée pour l’alimentation animale, la production de biocarburants et le traitement des eaux usées.

Dans le cadre de cette expérience, nous avons testé trois différents engrais potentiels pour la lentille d’eau. Le premier (le témoin) était une solution idéale contenant les nutriments nécessaires à la croissance de la plante. Le deuxième était constitué de déjections de bernaches non traitées, et le troisième de chiures issues de la digestion de la fiente de bernaches par des larves de la mouche soldat noire.

Lorsque les chiures étaient appliquées, la croissance de la lentille d’eau était de 30 % supérieure à celle des lentilles fertilisées par l’engrais témoin. Nous avons également constaté que les racines des lentilles d’eau cultivées dans des chiures issues d’excréments de bernaches étaient plus petites que celles cultivées dans les déjections non traitées, ce qui constitue une réaction typique à un environnement plus riche en nutriments, où ceux-ci sont facilement accessibles par les racines.

Économie circulaire durable

Il existe déjà des installations industrielles de traitement des déchets mettant les insectes à contribution. Entosystem, une entreprise québécoise qui produit des protéines d’insectes destinées à l’alimentation des animaux d’élevage et domestiques, utilise des larves de mouche soldat noire pour transformer les déchets alimentaires et organiques en protéines et en engrais.

En Nouvelle-Écosse, l’entreprise de biotechnologie Oberland Agriscience utilise également des larves de mouche soldat noire et fait appel à des technologies comme l’IA et la robotique pour transformer les déchets organiques en nourriture pour animaux et en produits pour les sols. NRGene, en Saskatchewan, est un centre de recherche et de démonstration qui effectue lui aussi des tests avec la mouche soldat noire dans le but d’optimiser la conversion à grande échelle de déchets en protéines.

Des systèmes similaires pourraient être utilisés pour valoriser les déjections de bernaches grâce à la mouche soldat noire, plutôt que d’acheminer ces rebuts vers les habituels dépotoirs ou sites d’enfouissement.

Cette méthode permet de transformer les déchets en ressources d’une grande utilité pour l’industrie agroalimentaire : les larves peuvent servir de nourriture pour la volaille ou en aquaculture, tandis que les chiures peuvent être utilisées comme engrais organique pour diverses cultures.

Grâce à cette approche respectueuse de l’environnement, une situation conflictuelle liée à la présence de la faune en milieu urbain devient une occasion à saisir. Elle contribue à mettre en place une économie circulaire durable où les déchets sont réutilisés, recyclés ou transformés en une nouvelle ressource.

Rassim Khelifa bénéficie d’un financement du programme CRC de niveau 2 du CRSNG (CRC-2022-00134) et d’une subvention à la découverte du CRSNG (RGPIN-2024-04564). Rassim Khelifa est membre du Centre québécois des sciences de la biodiversité et de la Société canadienne d’écologie et d’évolution.

Carlos Antonio Lopez Manzano bénéficie d’un financement du Fonds de recherche du Québec – Nature et technologies (FRQNT) par le biais de la bourse au mérite pour étudiants étrangers (PBEEE). Membre du Centre québécois des sciences de la biodiversité (CQSBD) et de Ressources aquatiques Québec (RAQ).

ref. Nous avons trouvé le moyen de convertir les déjections de bernaches en nourriture pour volailles et en engrais – https://theconversation.com/nous-avons-trouve-le-moyen-de-convertir-les-dejections-de-bernaches-en-nourriture-pour-volailles-et-en-engrais-282098

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