Source: The Conversation – in French – By Wendy Whitman Cobb, Professor of Strategy and Security Studies, Air University
Le 28 mai, lors d’un test de mise à feu statique, la fusée New Glenn de Blue Origin, une entreprise du New Space fondée en 2000 par Jeff Bezos, le créateur d’Amazon, a explosé dans le crépuscule, enveloppant sa rampe de lancement d’une énorme boule de feu. L’incendie spectaculaire a détruit le lanceur, causé des dégâts importants à la seule rampe de lancement de Blue Origin, à Cap Canaveral, en Floride, mais n’a blessé personne.
S’il est encore trop tôt pour connaître la cause exacte de l’explosion, cet incident représente déjà un revers important pour Blue Origin, pour son programme de lanceurs New Glenn et leurs missions prévues de mises en orbite. En effet, l’entreprise dispose d’un seul type de lanceurs capables d’atteindre l’orbite terrestre.
Et, compte tenu de mon expérience d’experte en politique spatiale, je prévois des conséquences importantes des suites de cet échec, non seulement pour Blue Origin, mais aussi pour les ambitions lunaires de la Nasa.
Ce que nous savons pour l’instant
L’explosion s’est produite alors que Blue Origin effectuait un essai statique de son tout nouveau lanceur lourd New Glenn. Ce type de test consiste à maintenir la fusée reliée à l’équipement au sol tout en allumant ses sept moteurs afin de s’assurer qu’ils fonctionnent correctement avant un lancement.
Des explosions comme celle-ci sont assez rares mais elles arrivent. En septembre 2016, par exemple, un lanceur Falcon 9 de SpaceX a explosé juste avant son propre essai statique de mise à feu, détruisant le satellite de communication israélien qu’elle devait mettre en orbite. Il a fallu quatre mois pour déterminer la cause de l’accident, et plus d’un an pour reconstruire la rampe de lancement. À cette époque, SpaceX disposait déjà de deux rampes de lancement, ce qui a permis à l’entreprise de reprendre ses vols dès janvier 2017.
Si ce test de mise à feu de New Glenn avait été concluant, le quatrième lancement effectif de ce puissant lanceur aurait pu avoir lieu. Le programme New Glenn n’a pas été sans embûches jusqu’ici : sur les trois lancements réalisés à ce jour, un seul a été un franc succès. Lors de son précédent lancement le 19 avril, un dysfonctionnement du deuxième étage du lanceur a empêché New Glenn de déployer le satellite qu’il transportait sur la bonne orbite.
Le lanceur qui a explosé fin mai aurait dû transporter, lors de son véritable lancement, une charge utile de satellites Amazon Leo (concurrents de la mégaconstellation Starlink, qui appartient à SpaceX). Ces satellites n’étaient pas à bord lors de l’essai de mise à feu.
Les premiers rapports indiquent qu’outre la fusée détruite, le complexe de lancement a subi des dommages importants. Une installation voisine semble également avoir été endommagée.
Des problèmes pour Blue Origin
@JConcilus/AP
Dans l’immédiat, cette explosion va considérablement entraver les ambitieux projets de Blue Origin. Alors que Blue Origin a suspendu son programme de fusées suborbitales New Shepard l’an dernier pour se concentrer sur New Glenn et ses différents projets lunaires, celui-ci va être cloué au sol pendant un moment.
Ce revers survient alors que l’entreprise cherchait à augmenter sa cadence de lancement, avec des projets visant à lancer non seulement des satellites commerciaux, mais aussi les atterrisseurs lunaires développés par Blue Origin.
En effet, cette semaine encore, la Nasa a annoncé qu’elle avait attribué des contrats à Blue Origin pour plusieurs lancements lunaires, dont un prévu cet automne qui devait transporter l’atterrisseur lunaire Blue Moon Mark 1 vers la Lune. La Nasa a également passé un contrat avec New Glenn pour le lancement de deux véhicules lunaires habités dans les années à venir.
Or, à l’heure actuelle, la rampe de lancement endommagée est le seul site de lancement opérationnel de Blue Origin. Une deuxième rampe de lancement est en cours de construction à Cap Canaveral, mais celle-ci ne sera pas prête à temps pour éviter de sérieux retards. Se rabattre temporairement sur d’autres rampes de lancement de la Nasa ou de la Space Force n’est pas non plus une option, car les installations de lancement doivent être adaptées spécifiquement à chaque lanceur.
Des problèmes pour Artemis, le grand programme lunaire de la Nasa et ses partenaires
Si l’explosion va sans aucun doute affecter considérablement Blue Origin, ce sont peut-être la Nasa et son programme Artemis qui en subiront les conséquences les plus importantes. En effet, la mission d’alunissage Blue Moon devait être lancée cet automne et aurait transporté plusieurs charges utiles de la Nasa afin de préparer le terrain pour de futures missions habitées et non habitées vers la surface lunaire.
Un impact encore plus direct pourrait toucher la mission Artemis-3 de la Nasa. En effet, le lancement d’Artemis-3 est dorénavant prévu au plus tôt fin 2027 : la mission doit rester dans l’orbite terrestre et y tester les systèmes d’atterrissage lunaire ainsi que le véhicule Orion, destiné à l’équipage.
La Nasa a attribué des contrats pour ces systèmes d’atterrissage à la fois à SpaceX et à Blue Origin. Alors que l’agence avait initialement prévu d’utiliser une version modifiée du Starship de SpaceX pour ces premières missions lunaires, les retards pris par ce programme offraient à Blue Origin une opportunité de rattraper son retard grâce à son atterrisseur Blue Moon. Mais l’incapacité de Blue Origin à lancer Blue Moon dans un avenir proche risque de mettre l’entreprise hors course pour Artemis-3.
NASA
Ce revers signifie qu’Artemis-3, et l’ensemble du programme d’exploration lunaire de la Nasa, dépendront probablement de SpaceX pour le moment.
Alors que SpaceX a réalisé un test relativement réussi de sa nouvelle version de Starship, le 22 mai 2026, il lui faut encore faire de nombreux progrès en seulement un an, avant que le système d’atterrissage de Starship ne soit opérationnel. Si SpaceX ne parvient pas à mettre Starship au point à temps, la Nasa devra sans doute reporter Artemis-3 à 2028.
Les accidents arrivent – le lanceur New Glenn n’est pas le premier à exploser, et ne sera pas le dernier. À une époque où les lancements spatiaux sont presque devenus quotidiens, cet incident nous rappelle à quel point l’exploration spatiale est difficile et que le succès des missions ne va pas de soi.
Wendy Whitman Cobb est affiliée à la `Air University’. Les opinions et conclusions sont celles de l’autrice et ne reflètent pas les politiques officielles ni celles de United States Air Force, du Department of War (Defense), ni de tout autre agence gouvernementale états-unienne. Les mentions de noms de marques ou organisations n’impliquent pas un soutien du gouvernement états-unien.
– ref. La fusée de Blue Origin a explosé sur son pas de tir. Quelles conséquences pour le programme lunaire Artemis ? – https://theconversation.com/la-fusee-de-blue-origin-a-explose-sur-son-pas-de-tir-quelles-consequences-pour-le-programme-lunaire-artemis-284573
