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Les fan-zones, fan ou pas fan ?

Les fan-zones, fan ou pas fan ?

Source: The Conversation – in French – By Nico Didry, Maître de conférences en ethnomarketing, Stratégies Economiques du Sport et du Tourisme, CREG, Université Grenoble Alpes (UGA)

Une fan-zone ne ressemble pas forcément à ça ! Ici, la fan-zone au pied de la tour Eiffel, le 26 juin 2016, pendant le match opposant l’Allemagne à la Slovaquie lors de l’Euro 2016. Nasreddine Nas’h/Wikimédia , CC BY

Un terme est devenu le corollaire des grands événements sportifs internationaux, il s’agit de celui de « fan-zone », de plus en plus employé par une diversité d’acteurs – presse, organisateurs, collectivités, bars, supporters –, mais pour parler de contextes bien différents. Il en existe en effet plusieurs types : un petit décryptage s’impose.


La notion de « fan-zone », anglicisme désignant un espace réservé aux supporters, est assez récente. Elle est apparue dans les années 1990, lors des grands prix de Formule 1 (avec l’objectif d’améliorer l’expérience spectateur) et de l’Euro de football 1992 en Suède (avec une visée sécuritaire dans un contexte de hooliganisme). En 2008, lors de l’Euro, les fan-zones ont été intégrées à une stratégie de sécurité plus large, où le « plaisir » est devenu un principe d’organisation pour maintenir l’ordre et réduire les comportements violents.

Le terme a été fréquemment utilisé dans le champ public à partir de 2010 avec une explosion en 2016, lors de l’Euro de football organisé en France, puis de la Coupe du monde en 2018. Son utilisation est donc fortement liée à des événements sportifs en particulier.

Un concept développé par les organisateurs de grands événements sportifs internationaux

L’expression « fan-zone » fait son entrée dans le dictionnaire en 2018. Sa définition correspond à ce qui a été mis en place lors de l’Euro 2016 : « Espace privilégié et sécurisé réservé à des supporters ou à des admirateurs d’événements ». Notons que toutes les définitions proposées par des dictionnaires diffèrent sensiblement.

Les différents travaux scientifiques permettent de définir quatre objectifs inhérents à la mise en place de ces fan-zones par les organisateurs et/ou collectivités d’accueil des grands événements sportifs internationaux (GESI). Le premier est celui de la sécurité, ces espaces étant conçus pour canaliser les foules et gérer les flux humains. Le second est celui du marketing, autant pour les collectivités d’accueil pour générer de l’attractivité et optimiser la présence de l’événement dans leur stratégie de communication, que pour les organisateurs, qui enrichissent ainsi l’expérience spectateur en l’étendant avant et après la rencontre sportive. Le troisième objectif peut être commercial pour les organisateurs en générant des recettes supplémentaires (merchandising, boissons…). Enfin, le quatrième objectif peut être social, en permettant aux personnes sans billet de profiter de l’événement à moindre coût, mais aussi en fédérant une frange plus large de la population autour de l’événement.

D’une manière générale, les fan-zones mises en place par les organisateurs de GESI sont envisagées comme un outil dans la gestion d’un mega-event sportif. Elles sont des éléments du processus de sécurisation, marchandisation et festivalisation à l’œuvre dans ces grandes manifestations sportives.

Appropriation par les fans

Sur Wikipédia, « une fan-zone est un espace privilégié réservé à des supporteurs ou à des admirateurs lors d’événements. Cette zone est au plus près du spectacle » : ici, il n’est pas question de sécurité, ce qui révèle l’évolution et l’élargissement de l’emploi actuel de la notion de fan-zone.

En effet, notre étude montre une appropriation récente par les supporteurs de ce terme de « fan-zone » pour définir d’autres formes de rassemblements que ceux développés par les organisateurs.

En 2023, pour son dernier Tour de France, Thibaut Pinot a vécu une étape mémorable dans le massif des Vosges.

La terminologie est adoptée par les supporteurs pour nommer ce qu’ils mettent en place de manière autonome pour regarder le spectacle sportif et est liée aux rassemblements dits « improvisés » des supporteurs sur les bords de route (le fameux « virage Pinot » sur le Tour de France 2023, par exemple) et sur les trails (la fan-zone de l’influenceur-traileur Clemquicourt à Vallorcine sur l’Ultra-Trail du Mont-Blanc 2025). La fan-zone s’affranchit de son caractère institutionnel.

Vers la marchandisation des fan-zones

La forte augmentation de l’utilisation de l’expression « fan-zone » vient aussi du fait que ce concept est marchandisé par de nombreux acteurs économiques : les agences événementielles développent un produit « Fan-Zone » tout compris, qu’elles vendent aux collectivités sur le modèle classique d’un espace sécurisé avec écran géant, restauration et services en option. Les sociétés de location de matériel événementiel (barnums, écrans, sonorisation, etc..) proposent des tutoriels, tels que « Créez votre fan-zone évènementielle avec tout le matériel nécessaire » ou « Organisez une fan-zone avec… ».

Les bars surfent aussi sur cette dynamique et s’approprient le terme fan-zone pour marketer ce qu’ils faisaient déjà avant, à savoir retransmettre les compétitions sur leurs écrans ou des écrans spécialement disposés pour les grands événements. Les structures de loisirs mettent en place des « fan-zones kids » réservées à leurs adhérents.

Il existe même un site Internet indépendant recensant (moyennant finances) toutes les fan-zones en France à l’occasion de la Coupe du monde de football 2026 (on y retrouve les fan-zones des collectivités, mais aussi les bars, des stades, des centres culturels…).

Enfin les marques proposent, elles aussi, lors des évènements des espaces immersifs et qu’elles appellent « fan experience ».

Alors comment la définir ?

Cette multiplicité des emplois de « fan-zone » engendre un flou terminologique qui apparaît clairement dans les entretiens de notre enquête qualitative. En effet, les répondants ont eu du mal à définir ce qu’est une fan-zone de manière précise lorsque la question leur était posée.

La première image qu’ils en avaient en tête était celle, plutôt classique, d’un espace simple avec écran géant pour regarder le match ou la compétition en position debout. Ainsi, le Club France des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, proposant de nombreux services additionnels (animations, etc.), n’était pas considéré de manière instinctive comme une fan-zone pour la majorité des répondants (même ceux qui y étaient allés) alors que l’organisation avait clairement communiqué sur le statut de fan-zone (« le Club France est la plus grande fan-zone des jeux » et que cette terminologie a été largement relayée dans les médias.

Notre étude révèle ainsi la difficulté de trouver une définition précise et commune de « fan-zone ». En effet, d’une part, les définitions de ce terme hors du contexte académique sont assez variées et font état d’un certain flou dans l’explicitation du concept ; d’autre part, on ne retrouve pas dans la littérature scientifique de définition précise ni de conceptualisation de la notion de fan-zone. Cela s’explique par le fait que les recherches sur les fan-zones sont accolées à des GESI, et donc appréhendent la notion telle qu’elle a été pensée par les organisateurs. Or, le terme, tel qu’employé actuellement, recouvre un plus large spectre, comme nous l’avons vu plus haut.

Nous proposons donc d’envisager le concept de fan-zone au sens large, c’est-à-dire comme des espaces où des personnes peuvent se rassembler physiquement pour vivre les méga-événements sportifs, afin de n’exclure aucune pratique ou expérience et d’ouvrir le champ à une réflexion sur de nouvelles formes de fan zones.

Typologie des fan-zones de GESI

La fan-zone regroupe donc plusieurs types d’organisations avec des formes et de configurations structurelles différentes. Notre étude a permis d’en dresser une typologie permettant de clarifier cette notion (Cf. Tableau).

Typologie des fan-zones.
Nico Didry, Fourni par l’auteur

Cette typologie place dans un premier temps les fan-zones en deux catégories : (1) les fan-zones institutionnelles dont la caractéristique principale est leur statut officiel. Ce sont celles mises en place par l’organisateur de l’événement ou la collectivité qui l’accueille. (2) Les fan-zones informelles, c’est-à-dire à contrario ni mises en place ni gérées par l’organisateur de l’événement. Elles sont organisées ou improvisées en fonction de l’opportunité offerte par l’intérêt de l’événement.

La segmentation des fan-zones institutionnelles a été réalisée en fonction de la distance (continuum proximité-éloignement) par rapport au site de la compétition. Quant à la segmentation des fan-zones informelles, elle a été construite en fonction du statut des initiateurs de celle-ci.

Vous voilà désormais équipés pour la Coupe du monde 2026 : si on vous propose un rendez-vous dans la fan-zone, assurez-vous d’avoir bien compris de quel genre d’espace il est question !

Nico Didry a été lauréat d’une bourse de recherche du Centre d’Etudes Olympiques Français

ref. Les fan-zones, fan ou pas fan ? – https://theconversation.com/les-fan-zones-fan-ou-pas-fan-285497

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