Source: The Conversation – in French – By Daniel Gagnon, Associate professor, Université de Montréal
L’année 2024 a marqué la première fois où la température planétaire moyenne a dépassé le seuil de 1,5 °C fixé par l’Accord de Paris. Une conséquence directe de ce réchauffement climatique est l’intensification des vagues de chaleur qui représentent déjà une menace importante pour la santé humaine. Le Québec n’échappe pas à cette réalité : d’ici 2080, Montréal pourrait connaître entre 37 et 54 journées de plus de 30 °C par année, contre seulement 11 entre 1976 et 2005.
Les personnes aînées sont considérées comme la population la plus vulnérable à la chaleur. Lors des étés européens exceptionnellement chauds de 2022, 2023 et 2024, environ 84 % des 181 446 décès attribués à la chaleur sont survenus chez des adultes âgés de 75 ans et plus. Le constat était similaire lors du dôme de chaleur de 2021 dans l’Ouest canadien.
(Joshua Stevens/NASA Earth Observatory)
Or, le vieillissement de la population s’accélère rapidement, notamment au Québec, où une personne sur quatre aura plus de 65 ans d’ici 2031. Il est donc urgent de mieux comprendre pourquoi les personnes aînées sont plus à risque lors des périodes de forte chaleur, mais aussi de déterminer si cette vulnérabilité peut être atténuée.
Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société, qu’ils transforment depuis leur venue au monde. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.
Pourquoi le corps dissipe-t-il moins bien la chaleur avec l’âge ?
Les conséquences de la chaleur sur la santé découlent principalement d’une accumulation excessive de chaleur dans l’organisme. Comparativement aux jeunes adultes, les personnes aînées présentent généralement une augmentation plus prononcée de la température corporelle interne lors d’une exposition à la chaleur. Or, cette hausse ne commence pas subitement à 65 ans, mais apparaît progressivement dès l’âge adulte.
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Dans nos travaux, nous observons qu’à exposition égale à la chaleur, la température corporelle interne tend à augmenter d’environ 0,1 °C par décennie de vie. Autrement dit, une personne de 90 ans pourrait atteindre une température interne de près de 0,7 °C plus élevée qu’une personne de 20 ans placée dans les mêmes conditions. Ceci explique en partie pourquoi les personnes aînées sont plus susceptibles de développer des complications cardiovasculaires ou rénales à la chaleur.
Pour éviter une surchauffe, plusieurs mécanismes se mettent en place dans le corps pour perdre de la chaleur. Les vaisseaux sanguins de la peau se dilatent afin d’échanger davantage de chaleur avec l’environnement, une réponse physiologique appelée « vasodilatation cutanée ». Les glandes sudoripares, elles, produisent de la sueur dont l’évaporation permet de refroidir le corps.
Plusieurs études montrent que ces réponses deviennent moins efficaces avec l’avancée en âge. Dès 40 ans, l’être humain transpire généralement moins, alors que la vasodilatation cutanée est réduite lors d’une exposition à la chaleur. Jusqu’à récemment, la majorité des travaux suggéraient que ces limitations provenaient surtout des organes responsables de ces réponses, notamment les vaisseaux sanguins et les glandes sudoripares.
Cependant, une question demeurait largement irrésolue : le vieillissement affecte-t-il aussi les signaux nerveux envoyés par le cerveau pour déclencher ces mécanismes de protection ? En d’autres mots, le contrôle nerveux de la thermorégulation est-il lui aussi altéré avec l’âge ? C’est ce que nos derniers travaux ont tenté de découvrir.
Entraîner le corps à mieux tolérer les environnements chauds
Des expositions répétées à la chaleur peuvent entraîner une série d’adaptations physiologiques qui permettent au corps humain de mieux tolérer les environnements chauds. Ce phénomène, appelé acclimatation à la chaleur, est largement utilisé par les athlètes avant des compétitions disputées sous de fortes chaleurs ainsi que par les militaires avant un déploiement dans des régions chaudes.
L’acclimatation consiste généralement à s’exposer à la chaleur pendant 60 à 90 minutes par jour, sur une période de 7 à 14 jours, soit par l’exercice en environnement chaud, soit par des méthodes passives comme les bains chauds ou les saunas.
Les bénéfices sont multiples : la transpiration débute plus rapidement et devient plus abondante, les vaisseaux sanguins de la peau se dilatent plus tôt, la température corporelle interne de repos diminue et le cœur travaille moins fort lors d’une exposition à la chaleur. Résultat : pour une même chaleur, l’organisme subit moins de répercussions néfastes. Une grande partie de ces adaptations survient d’ailleurs dès la première semaine. Ce phénomène est connu depuis la fin des années 1700, et semble survenir chez tout le monde.
Cette stratégie pourrait être particulièrement utile au début de l’été dans les climats nordiques, alors que les premières vagues de chaleur surviennent avant que le corps ne se soit naturellement adapté aux températures élevées. Jusqu’à récemment, la communauté scientifique avait très peu de données sur la conservation de cette capacité d’adaptation chez les personnes aînées.
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L’âge avancé n’empêche pas le système nerveux de s’acclimater à la chaleur
Pour adresser cette question, nous avons comparé les réponses physiologiques à la chaleur de 15 personnes âgées de 60 à 78 ans à celles de 16 jeunes adultes âgés de 21 à 40 ans avant et après sept jours d’acclimatation à la chaleur réalisés dans des bains chauds quotidiens de 90 minutes à 40 °C.
Lors de ces expositions à la chaleur, nous avons mesuré les signaux nerveux responsables de la transpiration et de la dilatation des vaisseaux sanguins de la peau. Après les sept jours d’acclimatation, ces signaux étaient activés plus rapidement, ce qui signifie que le corps déclenchait ses mécanismes de perte de chaleur alors qu’il avait accumulé moins de chaleur. Cette réponse était associée à une transpiration et à une vasodilatation cutanée plus précoces.
Nous avons également observé une diminution progressive de la température corporelle interne de repos ainsi qu’une fréquence cardiaque moins élevée pendant les bains chauds, et ce, en maintenant des conditions identiques tout au long de l’expérience.
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Contrairement à notre hypothèse de départ, ces adaptations étaient comparables chez les jeunes adultes et les personnes aînées. Ces résultats, basés sur une trentaine d’individus, suggèrent que le vieillissement n’altère pas nécessairement la capacité du système nerveux à s’adapter à la chaleur.
Bien que cette découverte soit encourageante, d’autres questions demeurent. Il reste notamment à déterminer quelle dose minimale de chaleur (en termes d’intensité, de durée et de fréquence des expositions) est nécessaire pour induire des adaptations physiologiques bénéfiques. Dans notre étude, les participants ont réalisé sept bains quotidiens de 90 minutes à 40 °C, un protocole exigeant, quoique bien toléré. La faisabilité d’une telle approche à grande échelle demeure toutefois incertaine.
De futures recherches devront donc identifier des stratégies d’exposition à la chaleur plus simples et plus accessibles afin de favoriser l’adaptation des personnes vieillissantes aux épisodes de chaleur extrême de plus en plus fréquents.
Daniel Gagnon a reçu des financements des Fonds de recherche du Québec – Santé, du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada et de la Fondation de l’Institut de Cardiologie de Montréal pour la réalisation du projet de recherche décrit dans cet article.
Thomas Deshayes a reçu des financements des Fonds de recherche du Québec – secteur Santé (FRQS), du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG), MITACS et de l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en Sécurité du travail (IRSST).
– ref. Chaleur extrême : une découverte encourageante sur la capacité d’adaptation des aînés – https://theconversation.com/chaleur-extreme-une-decouverte-encourageante-sur-la-capacite-dadaptation-des-aines-283324
