Source: Universities – Science Po in French
Dans notre société de plus en plus polarisée, l’intolérance progresse-t-elle vraiment ?
Jeudi 25 juin 2026. Sciences Po accueillait la conférence de presse présentant le 36e rapport annuel de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie, auquel contribuent trois chercheurs de notre Centre d’études européennes et de politique comparée (CEE) : Yuma Ando, Nonna Mayer et Tommaso Vitale. En parallèle, Nonna Mayer a été auditionnée ce même jour à l’Assemblée nationale par le groupe d’études “racisme et discriminations raciales ou religieuses”, composé de députés représentant l’ensemble des groupes parlementaires.
3 points clés du Baromètre racisme 2025
Depuis 1990, la CNCDH publie dans son rapport un Baromètre racisme visant à évaluer la tolérance des Français vis-à-vis des minorités et les préjugés racistes. Cette enquête d’envergure est menée en face à face auprès d’un échantillon représentatif de la population adulte de France métropolitaine, chaque année depuis plus de 35 ans.
1 : un indice longitudinal de tolérance élevé
L’indice longitudinal de tolérance (ILT), qui mesure le niveau de tolérance à partir des opinions et préjugés des répondants, s’établit cette année à 64/100. C’est un point en dessous du niveau le plus haut. La hausse tendancielle sur le long terme est portée notamment par le renouvellement des générations et la hausse du niveau des diplômes.
L’ILT est plus élevé, et en hausse, chez les sympathisants des partis de gauche et chez les personnes proches d’aucun parti. Il est en revanche en baisse chez les sympathisants de la droite et du centre, chez qui il devient inférieur à celui des sympathisants de l’extrême droite.
2 : une déconnexion croissante entre les préjugés antisémites et le reste des préjugés racistes
Le baromètre 2025 confirme une tendance au découplage entre les préjugés antisémites et le reste des préjugés racistes. Elle reflète certaines stratégies politiques.
« Longtemps, les préjugés ont formé un ensemble très cohérent. Les personnes les plus antisémites avaient tendance à être aussi les plus hostiles aux immigrés, aux musulmans, aux Roms, aux Noirs. Or, d’une part, l’adhésion aux stéréotypes antisémites progresse dans des catégories de la population parmi les moins racistes (issues de l’immigration, ou appartenant à une religion minoritaire comme l’Islam, ou idéologiquement très à gauche). D’autre part ces préjugés antisémites reculent un peu dans des groupes traditionnellement très hostiles à l’immigration et aux minorités, en particulier à l’extrême droite. »
Nonna Mayer
directrice de recherche CNRS émérite au Centre d’études européennes et de politique comparée de Sciences Po
3 : la minorité la moins acceptée : les Roms
Les personnes roms, françaises ou non, restent la minorité la moins acceptée. Les stéréotypes qui les concernent (nomades, qui exploitent les enfants, vivent de vols et de trafics, et refusent de s’intégrer) font encore l’objet d’un niveau d’adhésion massif.
« Si la conscience mémorielle progresse (64 % des sondés pensent qu’on ne parle pas assez de l’extermination des Roms et Tsiganes pendant la Seconde Guerre mondiale), la reconnaissance présente reste fragile (31 % contestent que les Français roms soient des Français comme les autres). »
Tommaso Vitale
Professeur au Centre d’études européennes et de politique comparée et doyen de l’École urbaine de Sciences Po
Bilan mitigé et perspectives pour les nouvelles générations
La hausse globale de la tolérance renseigne sur les normes, sur ce qui est acceptable ou non. Elle ne doit pas faire oublier le fort niveau de discriminations et d’actes racistes, et permet de souligner que les opinions et les comportements n’obéissent pas aux mêmes logiques.
Si la Commission a souligné les défaillances du Plan national de lutte contre le racisme et l’antisémitisme (PRADO) ainsi que la faiblesse des réponses judiciaires, elle a également eu à cœur de prendre en compte la construction du racisme chez l’enfant, et les politiques éducatives ainsi que médiatiques à mettre en œuvre pour valoriser la diversité et favoriser le développement de la tolérance.
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