Source: United Nations – in French 2
Headline: En visite au Liban, le chef des droits de l’homme de l’ONU réclame justice pour les victimes du conflit
27 juillet 2026 Droits de l’homme
Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a appelé lundi à rendre justice aux victimes des violences au Liban, dénonçant des violations à grande échelle du droit international humanitaire qui pourraient constituer des crimes de guerre.
Au terme d’une visite officielle dans ce pays, il a également exhorté les autorités à poursuivre les réformes engagées malgré un conflit qui a brutalement freiné les espoirs de redressement du pays.
« La souffrance, la frustration et le désespoir sont palpables, mais la demande de justice l’est tout autant », a déclaré M. Türk lors d’une conférence de presse à Beyrouth.
Lors d’un précédent déplacement, il y a un an et demi, le chef des droits de l’homme de l’ONU avait observé un Liban cherchant à sortir d’une succession de crises – blocage politique, effondrement économique, pandémie de Covid-19, explosion du port de Beyrouth et conflit armé. Selon lui, l’arrivée d’un nouveau Président et d’un nouveau gouvernement avait alors suscité un réel espoir de réformes.
Au cours de l’année écoulée, des avancées ont été réalisées en matière d’État de droit, de lutte contre l’impunité, de droits des personnes handicapées et de réformes institutionnelles.
Photo ONU/Violaine Martin Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme,Volker Türk.
Un nouvel embrasement
Mais cette dynamique a été interrompue par les tensions régionales impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran, qui ont provoqué une nouvelle escalade entre Israël et le Hezbollah, mouvement libanais allié de l’Iran.
Selon les autorités libanaises, plus de 4.300 personnes ont été tuées et 12.200 blessées au Liban depuis le 2 mars. Parmi les victimes figurent plus de 135 personnels de santé ainsi que de nombreux journalistes.
Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) affirme que les frappes aériennes israéliennes, les bombardements et l’utilisation d’armes explosives dans des zones densément peuplées ont causé d’importantes pertes civiles, des destructions massives et des déplacements à grande échelle. Il souligne également que les tirs de roquettes du Hezbollah contre des zones habitées en Israël ont fait des victimes civiles et endommagé des infrastructures.
De possibles crimes de guerre
Malgré l’annonce d’une cessation des hostilités le 17 avril et plusieurs cycles de négociations, les opérations militaires israéliennes se poursuivent, a relevé M. Türk.
« Mon Bureau a recensé des violations à grande échelle du droit international humanitaire, dont certaines pourraient constituer des crimes de guerre. Dans certaines circonstances, elles pourraient également relever de crimes au regard du droit international », a-t-il déclaré.
Il s’est également dit préoccupé par l’occupation persistante de territoires du sud du Liban par les forces israéliennes et par l’ampleur des déplacements forcés, estimant que ces pratiques pourraient elles aussi relever de crimes internationaux.
Une mission d’évaluation indépendante et impartiale, annoncée en juin avec l’accord du gouvernement libanais, est désormais déployée sur le terrain pour recueillir des informations et des preuves sur les violations présumées des droits humains et du droit international humanitaire commises depuis le 2 mars par toutes les parties au conflit.
Villages détruits
Au cours de sa visite, M. Türk s’est rendu dans une école transformée en centre d’hébergement accueillant environ un millier de déplacés.
Beaucoup en étaient à leur deuxième ou troisième déplacement. Certains lui ont expliqué avoir tenté de regagner leur village la semaine précédente avant de découvrir qu’il avait été détruit.
Le Haut-Commissaire a indiqué avoir entendu des témoignages faisant état de villages entiers situés au sud du fleuve Litani réduits en ruines ou rendus inhabitables. Des habitations, des écoles, des établissements de santé, des réseaux d’eau et d’électricité, des lieux de culte et des terres agricoles ont été détruits.
À l’approche de l’expiration du mandat de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL), prévue cette année, il s’est également inquiété des conséquences pour la protection des civils dans le sud du pays.
Réformes et lutte contre l’impunité
Au-delà du conflit, Volker Türk a insisté sur la nécessité de poursuivre les réformes en faveur de l’indépendance de la justice, de l’amélioration des conditions de détention et de la protection des groupes marginalisés, notamment les réfugiés, les migrants, les personnes LGBTIQ+ et les personnes handicapées.
Il a salué le projet de loi visant à abolir la peine de mort, appelant le Parlement à l’adopter rapidement. Selon lui, le Liban deviendrait ainsi le premier pays de la région à supprimer totalement ce châtiment.
À quelques jours du sixième anniversaire de l’explosion du port de Beyrouth, le Haut-Commissaire a également rappelé que les familles des victimes attendent toujours que justice soit rendue.
« La reconstruction ne consiste pas seulement à rebâtir des infrastructures », a-t-il conclu. « Il faut aussi reconstruire le contrat social afin que toutes les communautés du Liban vivent dans la dignité, avec leurs droits pleinement respectés, dans un État capable de les protéger et d’exercer pleinement sa souveraineté. »
