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Entretien avec Thierry Balzacq, directeur du Centre for Global Security and Governance

Entretien avec Thierry Balzacq, directeur du Centre for Global Security and Governance

Source: Universities – Science Po in French

Créer un centre de recherche est un acte très fort. Cela fait dix-sept ans que Sciences Po ne s’y est pas prêté. Quelles considérations ont conduit à cette décision ?

Il serait quelque peu fastidieux de se livrer à une généalogie complète du projet. On peut néanmoins rappeler que la création du Centre est l’aboutissement d’environ sept ans de discussions institutionnelles. Le directeur, Luis Vassy, qui avait fait des relations internationales un des axes forts de son projet, a nommé, en juillet 2025, un Comité chargé de lui faire des propositions sur « les relations internationales, les études de défense et de sécurité à Sciences Po ». Florence Parly (Présidente du Conseil d’administration d’Air France-KLM et ancienne ministre des Armées) et moi avons été mandatés par le directeur pour co-présider ce Comité. Composé de 23 personnalités, le Comité a remis son rapport au directeur en décembre 2025. Puis, la direction et le directeur scientifique ont sollicité les différentes instances de Sciences Po. Enfin, ce travail de concertation a débouché sur les deux votes positifs du Conseil scientifique, d’une part, et du Conseil de l’Institut, d’autre part. 

Le Centre offre donc un ancrage institutionnel essentiel pour le développement des relations internationales comme champ d’études résolument indispensable pour faire face aux grands bouleversements du monde. Il a pour vocation de renforcer l’un des piliers constitutifs du projet de Sciences Po : « former [des citoyens] en prise avec le monde, confrontés à des défis exigeant des réponses globales » (Sciences Po. Le roman vrai, Paris, Presses de Sciences Po, 2022, p. 71).

Les programmes d’enseignement en relations internationales, sécurité et défense sont parmi les plus demandés, tous cycles d’études confondus. En doctorat, plus de 60% des candidatures en thèse en science politique aspirent à s’inscrire en relations internationales. C’est probablement l’une des filières les plus sélectives de Sciences Po à ce niveau. Or, le nombre d’enseignants-chercheurs dans le champ des relations internationales, de la sécurité et de la défense a peu évolué au cours des trois dernières décennies. Il est donc temps de donner encore plus de densité et de la visibilité à la recherche sur ces sujets. 

Le deuxième facteur qui a donc convaincu les instances de gouvernance de Sciences Po de la nécessité de créer un nouveau Centre, est liée à la taille réduite de la faculté permanente. Personne ne peut douter que dans les grands bouleversements internationaux que connaît le monde, Sciences Po doit contribuer de manière décisive à l’élaboration de connaissances avancées à la fois pour le comprendre, pour préparer ceux et celles qui devront y vivre et travailler, et pour concevoir des alternatives robustes et soutenables aux nouvelles conflictualités. La nécessaire montée en puissance de Sciences Po sur ces sujets exige de renforcer notre offre sur la sécurité, la gouvernance mondiale et la diplomatie. 

Ainsi, le Centre propose une démarche dont la spécificité est de s’appuyer sur l’interaction entre niveaux d’analyse, la diversité des méthodes et des approches – descriptive, analytique et normative. Un tel pluralisme repose sur un principe cardinal : ne pas tordre les faits afin qu’ils épousent nos préférences intellectuelles. 

Cette approche doit permettre de renforcer le lien entre Sciences Po et la cité et d’engager avec les acteurs publics et privés, sur des bases universitaires, un dialogue continu sur tous les défis qui définissent et affectent le système international. Le Centre for Global Security and Governance est une unité de recherche universitaire ouverte sur l’extérieur.

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