Source: United Nations – in French 2
Headline: Deux tiers des enfants migrants arrivés en Europe en 2025 étaient non accompagnés
7 octobre 2026 Migrants et réfugiés
Ils sont des milliers à avoir traversé les routes migratoires sans parent ni tuteur. En 2025, 20 800 des 31 100 mineurs arrivés en Europe étaient seuls. L’ONU alerte sur leur exposition aux violences et à l’exploitation et appelle les Etats à agir contre les réseaux de passeurs qui profitent de leur vulnérabilité.
Exposés aux dangers et sans parent ni tuteur pour les protéger : les mineurs non accompagnés représentaient les deux tiers des arrivées de mineurs en Europe en 2025.
Dans un rapport conjoint, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et l’UNICEF alertent sur l’exploitation de ces enfants par les passeurs et les violences subies sur les routes migratoires.
« Ce rapport montre à quel point ils sont exposés à la violence et à l’exploitation lorsque les voies de passage sûres sont limitées et qu’ils doivent compter sur des passeurs. Aucun enfant ne devrait avoir à faire face seul à ces risques », a déclaré Amy Pope, Directrice générale de l’OIM.
Moins d’arrivées, part croissante d’enfants non accompagnés
Derrière cette alerte, les chiffres dessinent une réalité contrastée. Le nombre d’enfants arrivés par voie maritime et terrestre en Bulgarie, à Chypre, en Grèce, en Italie, à Malte et en Espagne a reculé de 25 % par rapport à 2024. Mais la part de ceux enregistrés comme non accompagnés a bondi, passant de 51 % à 67 %.
C’est en Italie et en Espagne que cette proportion est la plus élevée : 86 % des enfants y sont arrivés seuls. Les enfants accompagnés, eux, étaient souvent très jeunes. Parmi les 10 326 arrivés en Bulgarie, à Chypre et en Grèce, 23 % avaient moins de 5 ans, 46 % entre 5 et 14 ans et 31 % entre 15 et 17 ans.
L’origine des enfants varie selon les pays d’arrivée : en Italie, les près de 14 100 mineurs arrivés venaient surtout d’Égypte, d’Érythrée, de Somalie, du Bangladesh et d’Éthiopie ; en Grèce, d’Afghanistan et de Syrie ; en Espagne, d’Algérie, du Maroc et d’Afrique de l’Ouest.
Dans l’ensemble, près de huit enfants sur dix étaient des garçons.
Photo: Mathieu Galtier/IRIN Des migrants dans un centre de détention à Zawiya, en Libye (Archives).
Des départs aux multiples raisons
Pourquoi partent-ils ? L’OIM a interrogé plus de 4 600 adolescents et jeunes adultes de 15 à 24 ans le long des routes migratoires. Leurs réponses montrent que les motivations ne se résument pas à la recherche de meilleures conditions économiques.
Les raisons du départ se cumulent souvent. Les motifs économiques arrivent en tête, cités par 46 % des jeunes interrogés, devant la guerre et les conflits dans le pays d’origine (38 %) et les violences interpersonnelles ou collectives (25 %). Viennent ensuite l’accès limité aux services de base (7 %), les changements environnementaux et les catastrophes naturelles affectant les moyens de subsistance (4 %) et le refus du service militaire obligatoire (2 %).
L’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et la France figurent parmi les principales destinations envisagées, avec des différences selon les itinéraires. Sur la route de la Méditerranée centrale, 90 % des jeunes visent l’Italie ; sur celle de la Méditerranée occidentale, 80 % citent l’Espagne.
Une fois arrivés, leurs besoins sont concrets : 56 % demandent une aide pour trouver un emploi, 26 % pour leurs démarches administratives et 19 % pour apprendre la langue.
Violences physiques
Mais avant d’atteindre ces destinations, beaucoup ont été confrontés à des violences et à des formes d’exploitation sur les routes migratoires. L’OIM, qui a interrogé plus de 4 600 adolescents et jeunes adultes de 15 à 24 ans, rapporte que près de la moitié ont subi des violences physiques.
Maltraitances, torture, extorsion et enlèvements ont notamment été signalés aux frontières et durant les trajets. La Libye est le pays le plus fréquemment cité comme lieu de ces abus.
D’autres témoignages font également état de travail forcé et de restrictions de déplacement, susceptibles de relever de la traite et de l’exploitation.
« À mon arrivée en Algérie, j’ai vécu avec un homme qui a commencé à me maltraiter. Je suis tombée enceinte et j’ai été contrainte de travailler comme femme de ménage. À mon septième mois de grossesse, j’ai pu rejoindre l’Espagne à bord d’un bateau. », a ainsi témoigné une jeune femme de 20 ans originaire du Libéria.
© HCR/José Ventura A l’aéroport de Lisbonne, une membre du personnel du HCR accueille des réfugiés originaires de Syrie et du Soudan du Sud réinstallés au Portugal (photo d’archives).
Agir au-delà des frontières
Pour les agences onusiennes, ces violences sont aussi le symptôme d’un manque croissant de voies sûres et légales pour rejoindre l’Europe.
En 2025, 3 400 enfants faisaient partie des 6 800 personnes engagées dans une procédure de réinstallation en Europe, contre 8 900 enfants l’année précédente.
Seuls 199 enfants ont par ailleurs été réinstallés entre Etats européens dans le cadre du mécanisme de solidarité volontaire, soit 67 % de moins qu’en 2024, et aucun n’était non accompagné.
Parallèlement, près de 215 000 enfants ont demandé une protection internationale en Europe, dont 79 % pour la première fois. L’Allemagne, la France, l’Espagne et la Grèce ont concentré 70 % de ces premières demandes. Et sur 210 900 décisions rendues en première instance, 56 % ont été favorables, tandis que les rejets ont progressé de 25 %.
Pour l’OIM, le HCR et l’UNICEF, la réduction des voies sûres risque ainsi de pousser davantage de jeunes vers des parcours dangereux et de les rendre plus dépendants des passeurs.
« Il est de notre responsabilité commune d’agir au-delà des frontières pour les protéger, faire respecter leurs droits et leur fournir les soins et le soutien dont ils ont besoin », a exhorté Mme Pope.
