Source: United Nations – in French 2
Headline: Soupçon de peste en Russie : l’OMS réclame « davantage d’informations » à Moscou
7 octobre 2026 Santé
Après la mort inexpliquée, vendredi, d’une technicienne russe travaillant pour un institut spécialisé dans les agents pathogènes dangereux, Moscou assure qu’aucun cas de peste n’a été détecté et écarte tout risque épidémique. Mais l’Organisation mondiale de la santé (OMS) réclame toujours des éclaircissements sur la cause du décès et l’ampleur des mesures sanitaires prises par la Russie.
De quoi est morte Daria Shipilova ? Cinq jours après le décès de cette technicienne de laboratoire de 28 ans en Sibérie orientale, la question demeure sans réponse. Mercredi, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, est intervenu publiquement pour demander à Moscou des informations supplémentaires sur une affaire que l’agence onusienne suit de très près.
« Les premières informations des médias évoquaient une peste pulmonaire à la suite d’une exposition accidentelle présumée en laboratoire », a-t-il rappelé dans une déclaration publiée sur X. Mais les autorités russes, interrogées par l’OMS dans le cadre du Règlement sanitaire international, affirment qu’aucun cas de peste n’a récemment été enregistré dans la région.
La jeune femme travaillait à l’Institut de lutte contre la peste d’Irkoutsk, un établissement spécialisé dans l’étude de maladies infectieuses dangereuses, dont la peste. Hospitalisée après être tombée malade, elle est morte d’une pneumonie sévère dont l’origine reste indéterminée. Aucun élément public ne permet à ce stade d’établir qu’elle aurait contracté la peste, ni qu’elle aurait été victime d’un accident de laboratoire.
C’est précisément l’écart entre les informations parues dans les médias, l’ampleur des mesures prises sur place et les explications fournies par Moscou que Tedros cherche désormais à éclaircir. Selon lui, les autorités russes ont indiqué à l’OMS avoir mené une enquête épidémiologique, pris des mesures de prévention et de contrôle et placé sous surveillance médicale les personnes ayant été en contact avec la technicienne. Aucun agent pathogène à haut risque n’aurait été détecté parmi elles.
Mercredi, l’agence sanitaire russe, Rospotrebnadzor, est allée plus loin. Près de 5 000 analyses auraient été réalisées sans mettre en évidence d’agent infectieux dangereux, tandis qu’environ 90 % des quelque 200 personnes initialement placées en quarantaine avaient été libérées. L’agence estime désormais qu’il n’existe aucun risque d’épidémie. Elle affirme également que Daria Shipilova était vaccinée contre les infections dangereuses avec lesquelles elle travaillait.
Une cause de décès toujours inconnue
Ces assurances ne dissipent pourtant pas l’inconnue principale. Rospotrebnadzor n’a toujours pas indiqué ce qui a provoqué la pneumonie sévère ayant tué la jeune femme, ni expliqué précisément quel agent pathogène avait justifié le déclenchement d’un tel dispositif sanitaire. Les Etats-Unis ont officiellement réclamé à la Russie « plus d’informations ».
Le Dr Tedros demande également à Moscou « davantage d’informations pour déterminer la cause de la pneumonie sévère, l’agent pathogène ayant motivé les mesures de santé publique, ainsi que les informations parues dans les médias concernant un deuxième employé atteint d’une pneumonie de cause indéterminée ».
Sur ce dernier point, la prudence reste particulièrement nécessaire. Les médias internationaux n’ont trouvé ni article de presse russe confirmant la mort d’une deuxième personne ni élément permettant d’étayer les affirmations circulant sur les réseaux sociaux. Le Kremlin, de son côté, dénonce une abondance de « fausses informations » et invite à s’en tenir aux communications de Rospotrebnadzor.
Les mesures prises après le décès alimentent néanmoins les interrogations. L’hôpital de Shelekhov, près d’Irkoutsk, où Daria Shipilova est morte, a été placé en quarantaine. Les autorités ont surveillé les personnes ayant été en contact avec elle, tandis que le gouverneur de la région d’Irkoutsk, Igor Kobzev, a parlé dans un premier temps d’une possible « infection particulièrement dangereuse ». Plusieurs médias ont également fait état de restrictions dans d’autres établissements de santé.
Moscou assure avoir respecté ses obligations internationales. Mercredi, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a affirmé que la Russie avait transmis les informations à l’OMS conformément aux procédures prévues. Le Dr Tedros a cependant insisté sur la nécessité d’aller au-delà de la seule notification. « Le partage rapide, complet et transparent des informations dans le cadre du Règlement sanitaire international est essentiel pour clarifier les informations contradictoires et permettre une évaluation précise des risques potentiels pour la santé publique », a-t-il déclaré.
Un risque jugé faible
Ces zones d’ombre ne signifient pas pour autant qu’une épidémie de peste menace la Russie. L’OMS estime, sur la base des informations actuellement disponibles, que le risque est « modéré à faible » dans la région d’Irkoutsk, « faible » pour l’ensemble de la Russie et « très faible » pour la région européenne.
La peste, provoquée par la bactérie Yersinia pestis, circule toujours naturellement parmi certains petits mammifères et leurs puces, notamment en Sibérie. Sa forme pulmonaire est la plus redoutable. Elle atteint les poumons et peut se transmettre d’une personne à l’autre par des particules respiratoires. Sans traitement, elle peut tuer très rapidement. Administrés précocement, les antibiotiques sont toutefois efficaces.
L’enjeu immédiat est donc moins celui d’une épidémie annoncée que celui d’un diagnostic manquant. Moscou affirme que la peste n’a pas été détectée et que le danger est écarté. Tedros ne conteste pas cette conclusion. Mais cinq jours après la mort de Daria Shipilova, il demande toujours à la Russie de fournir les informations permettant d’expliquer pourquoi une jeune technicienne est morte d’une pneumonie sévère dans un institut consacré précisément aux maladies infectieuses les plus dangereuses.
