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Faut-il couper les ponts avec certains amis ?

Faut-il couper les ponts avec certains amis ?

Source: The Conversation – in French – By Gio Dolcecore, Assistant Professor, Social Work, Mount Royal University

Face à un ami jugé « toxique », les réseaux sociaux proposent souvent une réponse simple : couper les ponts. Or, les amitiés difficiles ne se résument pas toujours à un choix entre tout endurer ou tout laisser tomber : certaines peuvent être réparées ou réajustées. Voici comment distinguer les relations à réparer, à réajuster ou à quitter.


Ces messages sont omniprésents sur les médias sociaux et s’inscrivent désormais dans une « culture de la rupture » plus large, qui encourage les gens à se détourner des relations qu’ils jugent épuisantes sur le plan émotionnel ou néfastes.

Établir des limites et reconnaître les schémas relationnels malsains peuvent constituer d’importantes formes d’autoprotection. Mais lorsqu’elle s’applique aux amitiés, cette approche peut réduire une relation complexe à deux choix : tolérer la situation ou y mettre fin.

Avant de décider quoi faire avec un « ami toxique », il vaut la peine de se poser une question plus fondamentale : qu’est-ce qu’une amitié, et qu’attendons-nous d’elle ?


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Pourquoi l’amitié est importante

Les amitiés de qualité contribuent de manière significative à notre santé, notre bonheur et notre bien-être général.

C’est à travers nos relations avec les autres que nous apprenons à nous connaître. Comme les amitiés sont le fruit d’un choix, elles nous offrent l’occasion de rechercher des personnes qui nous poussent à nous dépasser, nous font découvrir de nouvelles expériences et nous soutiennent dans des situations difficiles.

Cela revêt une importance particulière à une époque où la solitude et l’isolement social sont devenus des enjeux majeurs de santé publique. Des recherches décrivent la solitude comme une expérience subjective qui peut survenir même lorsque nous sommes entourés d’autres personnes. Tant la quantité que la qualité des relations comptent.




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Une enquête a révélé que 21 % des adultes déclaraient éprouver un profond sentiment de solitude. Parmi ceux qui se sentaient seuls, 57 % ont indiqué qu’ils se sentaient incapables de se dévoiler tel qu’ils sont vraiment aux autres.

La solitude n’est pas seulement un problème individuel. Il existe des conditions politiques, sociales et environnementales plus larges qui peuvent rendre plus difficiles les liens significatifs et le sentiment d’appartenance.

Le fait d’être entouré de gens ne signifie pas nécessairement que l’on se sente en lien avec eux. Les relations d’amitié dans lesquelles on se sent compris, soutenu et libre d’être soi-même revêtent une importance cruciale.

Le contrat d’amitié

Nous ne sommes pas toujours d’accord sur ce qu’implique l’amitié. Contrairement aux relations amoureuses, les amitiés reposent sur un contrat social beaucoup plus souple.

Deux personnes peuvent se considérer comme des amis proches tout en ayant des idées très différentes sur ce que cela signifie. À quelle fréquence devrions-nous communiquer ? Dans quel délai faut-il répondre à un texto ? Quel genre de soutien pouvons-nous attendre ?

Le mot « ami » désigne de nombreux types de relations différentes. Certains amis sont ceux qu’on appelle en cas de crise. D’autres sont liés au travail, au sport ou à des passe-temps. Certains, qu’on voit rarement, n’en restent pas moins extrêmement importants, tandis que d’autres, qui occupaient autrefois une place centrale dans notre vie, assument progressivement un rôle différent.

Les amitiés prennent de nombreuses formes, allant des relations de toute une vie aux liens qui évoluent avec le temps.
(Unsplash)

Recherchez les tendances, pas les incidents isolés

Vivre une situation difficile avec un ami ne signifie pas nécessairement que cet ami est problématique. Une amitié toxique se caractérise par des tendances récurrentes qui nuisent au bien-être d’une personne. On peut citer, par exemple, les schémas de manipulation, les atteintes aux limites personnelles, le mépris ou les manœuvres visant à culpabiliser.

Il est important de se rappeler que les gens évoluent constamment et qu’un épisode isolé ne dit pas grand-chose de la capacité d’une personne à changer. L’une des distinctions les plus importantes est celle entre un incident isolé et un schéma récurrent.

Le fait qu’un ami annule un souper une fois n’est pas la même chose que le fait qu’il ne tienne constamment pas compte de votre temps. Le fait qu’un ami soit moins disponible pendant une période difficile n’est pas la même chose qu’une relation où le soutien est systématiquement à sens unique.




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Les conflits, les déceptions et les attentes non comblées font partie des relations. Le tort causé, c’est autre chose.

Les questions les plus utiles sont les suivantes : que se passe-t-il réellement dans cette amitié ? S’agit-il d’un conflit ponctuel ou d’un schéma récurrent ? Comment devrais-je réagir à ce schéma ?


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Réparer lorsque c’est possible

Lorsqu’une amitié devient difficile, trois possibilités s’offrent à nous : réparer, réajuster ou lâcher prise. Dans Big Friendship, Aminatou Sow et Ann Friedman remettent en question l’idée selon laquelle les amitiés profondes devraient se vivre sans effort.

Au contraire, elles soutiennent que les amitiés étroites exigent de l’attention et une capacité d’adaptation, car les gens et les circonstances changent. La perfection et la facilité sont des objectifs irréalistes pour l’amitié ; les malentendus et les conflits sont inévitables, et il est important de trouver la capacité de guérir.

La réparation prend tout son sens lorsqu’un problème est survenu, mais que les deux personnes accordent toujours de l’importance à la relation. Cela ne signifie pas faire comme si de rien n’était. Cela peut impliquer d’exprimer ce qui nous a blessés, d’écouter le point de vue de l’autre, d’assumer nos responsabilités le cas échéant et de trouver une voie à suivre.

Cela exige également de reconnaître que le malaise n’est pas toujours le signe d’un préjudice. Un ami qui formule une remarque franche peut faire preuve de bienveillance plutôt que de critique.




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Quand les amitiés doivent évoluer

Il arrive parfois qu’une amitié ait tout simplement changé. Le sociologue William Rawlins explique comment les amitiés peuvent rester actives, devenir dormantes ou conserver leur importance même lorsqu’elles ne font plus partie de notre quotidien.

Une amitié peut passer d’une catégorie à l’autre à mesure que nos vies évoluent, ce qui nous oblige à ajuster nos attentes. Se réajuster, c’est permettre à une amitié de prendre une nouvelle forme plutôt que de considérer le changement comme un échec.

Un ami proche peut devenir quelqu’un que l’on voit de temps à autre. Une amitié au travail peut s’estomper après qu’une personne a changé d’emploi. Une amitié d’enfance peut perdurer, mais avec des attentes différentes.

Parfois, la question n’est pas de savoir si quelqu’un doit rester dans nos vies, mais quelle place cette personne peut réellement y occuper. Mettre des mots sur ce qui change permet aux deux amis d’avoir leur mot à dire sur l’évolution de la relation.

Des conversations franches peuvent aider les gens à décider si une amitié peut être réparée ou doit évoluer.
(Unsplash)

Quand il faut mettre fin à une amitié

Prendre l’amitié au sérieux ne signifie pas préserver toutes les relations. Des préjudices persistants, des violations répétées des limites ou un refus constant d’assumer ses responsabilités peuvent rendre la réparation d’une relation dangereuse.

Parfois, il est nécessaire de lâcher prise. La capacité de l’amitié à s’étirer et à s’adapter ne signifie pas qu’elle doive s’étirer indéfiniment.

Lâcher prise peut signifier mettre fin explicitement à une amitié ou prendre davantage de distance.

Mais même lorsqu’il est nécessaire de mettre fin à une amitié, cette perte peut tout de même faire mal. Les amitiés peuvent prendre fin de manière active, par exemple à la suite d’un conflit, ou se dissoudre plus passivement à mesure que les personnes s’éloignent progressivement l’une de l’autre.

Ces deux formes de perte peuvent susciter des émotions complexes, notamment des sentiments de solitude, de tristesse, de remords ou même de soulagement.

Une amitié mérite qu’on la pleure

Lorsque nous avons le choix quant à la manière dont une amitié prend fin, nos valeurs peuvent guider nos actions suivantes. Dans la mesure du possible, une conversation peut permettre aux gens de tourner la page plutôt que de laisser des ressentiments inexprimés : c’est l’occasion d’être entendu, de reconnaître ce que l’amitié a signifié et de dire au revoir.

Bien sûr, il n’est pas toujours possible ni sans risque de clore la relation ensemble. Dans ces cas-là, nous pouvons tout de même trouver des moyens de parler de ce deuil avec une personne de confiance ou un thérapeute.

Prendre l’amitié au sérieux, c’est aussi prendre sa perte au sérieux. On peut décider qu’une amitié ne peut plus durer tout en faisant le deuil de ce qu’elle a été, de ce qu’on espérait qu’elle devienne ou de la place que cette personne occupait autrefois dans notre vie.

Il ne faut pas fuir les sentiments difficiles et complexes. Il y a quelque chose d’admirable à aimer de tout son cœur malgré la possibilité d’un chagrin futur. Les amitiés méritent d’être aimées – parfois l’espace d’un instant, parfois toute une vie, et parfois quelque part entre les deux.

Gio Dolcecore ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Faut-il couper les ponts avec certains amis ? – https://theconversation.com/faut-il-couper-les-ponts-avec-certains-amis-293272

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