Source: The Conversation – in French – By Maureen MacDonald, Professor of Kinesiology and Provost and Vice President Academic, McMaster University
Nous faudra-t-il remettre en question une grande partie de ce que nous croyons savoir sur la santé et la condition physique des femmes ?
Après des décennies pendant lesquelles les femmes étaient totalement exclues d’un grand nombre d’études, ou leur participation à celles-ci était considérablement réduite, les chercheurs de plusieurs domaines scientifiques, dont le mien (la physiologie de l’exercice), devront répondre à cette question.
Ces pratiques ont longtemps orienté notre compréhension d’enjeux allant de la performance sportive aux bienfaits de l’exercice. Nous avons en effet supposé qu’il était acceptable de généraliser aux femmes les résultats d’études menées auprès d’hommes.
Il ne s’agit pas seulement d’anciennes études datant d’une époque où les femmes étaient systématiquement exclues de nombreux domaines, mais aussi d’études effectuées au cours des 20 dernières années, alors que beaucoup de gens croyaient que la recherche avait comblé son retard sur cet aspect.
Pourquoi les femmes ont-elles été écartées des études ?
L’exclusion des femmes des études est principalement due à l’incertitude quant à la manière de prendre en compte les fluctuations liées aux menstruations ou à la contraception hormonale.
Ne sachant pas comment ni dans quelle mesure ces facteurs pouvaient influer sur la fonction musculaire, par exemple, les chercheurs ont tout simplement inclus moins de femmes, voire aucune, dans leurs études, en se fondant sur des hypothèses erronées.
Cette situation rappelle l’époque plus lointaine où les femmes n’étaient pas autorisées à participer aux Jeux olympiques et où on les dissuadait de pratiquer des sports, sous prétexte que cela pouvait nuire à leur santé physique ou à leur fertilité.
Une étude récente a notamment permis de sortir de l’impasse dans mon domaine : elle a révélé que les cycles menstruels n’avaient généralement pas d’incidence significative sur le fonctionnement des vaisseaux sanguins et qu’il n’existait pas de différences notables au niveau musculaire ou en matière de performance entre les femmes qui utilisent une contraception hormonale et celles qui n’en utilisent pas.
Grâce à ces résultats, nous avons pu dépasser les conclusions d’une étude de 1995 qui avait abouti à la conclusion inverse et que les chercheurs de mon domaine citaient pour justifier l’exclusion des femmes, prétextant que les variables étaient trop complexes et impossibles à exploiter. Je faisais partie de ces chercheurs.
Remise en question
En 2018, la proposition d’évaluer la validité de ce raisonnement est venue d’étudiants, comme c’est souvent le cas pour les idées novatrices. Ninette Shenouda et Stacey Priest, toutes deux inscrites au cycle supérieur, ont voulu savoir sur quoi reposaient ces hypothèses. Nous avons alors décidé de les examiner de plus près.
Nous avons considéré toutes les variables étudiées dans le cadre de nos travaux, telles que la santé des vaisseaux sanguins et du cœur pendant l’exercice, et avons mesuré l’influence de la phase du cycle menstruel ou de la contraception orale sur celles-ci. Nous avons observé qu’il n’y avait pas de différences significatives selon le jour du cycle.
Des résultats similaires ont depuis été constatés dans plusieurs autres domaines de la physiologie de l’exercice, notamment en ce qui concerne le lien entre la phase du cycle menstruel et les réponses à la musculation.
Nous avions écarté les femmes sans raison, et personne n’avait pris la peine de vérifier si cela se justifiait. J’étais alors doyenne de la faculté des sciences de mon université, et il a fallu qu’une étudiante intervienne pour que nous remettions en question notre façon de faire. Cela m’a rappelé que la diversité des points de vue enrichit la science.
Cette nouvelle perspective nous confronte à une lacune importante dans nos connaissances, puisque nous ignorons dans quels domaines les hommes et les femmes se ressemblent et dans lesquels ils sont très différents.
Je pense à nos collègues en médecine et à ce qu’ils ont appris lorsqu’ils ont revu certaines hypothèses concernant la recherche sur les crises cardiaques. Pendant trop longtemps, nous ne savions pas que les symptômes et les résultats cliniques pouvaient varier considérablement entre les femmes et les hommes. Maintenant qu’ils en sont conscients, les médecins améliorent la façon dont on soigne les femmes… ainsi que les hommes.
Que nous reste-t-il à découvrir ?
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Combler les lacunes
Pour les chercheurs, c’est l’occasion d’approfondir leurs connaissances et de découvrir des informations susceptibles d’améliorer la vie de chacun d’entre nous.
Tout comme beaucoup de nos collègues d’autres établissements, nous travaillons aujourd’hui à combler d’énormes lacunes dans les données scientifiques et à élaborer de nouvelles données dont tout le monde pourra profiter.
Certaines de ces données révèlent des différences importantes entre les femmes et les hommes. D’autres concluent à l’absence de différences significatives dans certains domaines. Toutes ces connaissances sont essentielles.
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Maintenant que nous nous attaquons aux obstacles à l’inclusion des femmes dans les études de recherche, nous pouvons commencer à élargir notre champ d’action en comparant, par exemple, des femmes à toutes les étapes de leur vie.
J’encourage tous les chercheurs de différents domaines scientifiques à faire l’effort, eux aussi, de vérifier s’ils ne sont pas passés à côté de certains aspects importants.
La science a toujours évolué à mesure que de nouvelles données devenaient disponibles. Grâce à ces nouvelles informations, nous pouvons continuer nos recherches, et ce, dans l’intérêt de tous.
Maureen MacDonald bénéficie d’un financement du Conseil des sciences naturelles et de l’ingénierie du Canada, des Instituts de recherche en santé du Canada, de la Fondation canadienne pour l’innovation et de l’université McMaster.
– ref. Une hypothèse a longtemps exclu les femmes des études sur la santé. Et si elle était fausse ? – https://theconversation.com/une-hypothese-a-longtemps-exclu-les-femmes-des-etudes-sur-la-sante-et-si-elle-etait-fausse-292039
