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Soudan : El Niño risque d’aggraver la faim et la malnutrition au Darfour

Soudan : El Niño risque d’aggraver la faim et la malnutrition au Darfour

Source: United Nations – in French 2
Headline: Soudan : El Niño risque d’aggraver la faim et la malnutrition au Darfour
6 octobre 2026 Aide humanitaire

Au Darfour, le manque de pluie et les mauvaises récoltes aggravent déjà l’insécurité alimentaire et la malnutrition, selon l’OMS. El Niño pourrait encore détériorer la situation dans les prochains mois. La malnutrition rend les populations plus vulnérables aux maladies et aux épidémies, en particulier les enfants et les femmes enceintes.

De retour dans la capitale soudanaise Khartoum après une mission de dix jours dans quatre régions du Darfour – Ouest, Nord, Central et Sud -, le Représentant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) au Soudan décrit une situation sanitaire particulièrement préoccupante. 
Au fil de ses déplacements et de ses échanges avec les autorités et les acteurs du secteur de la santé, le Dr Abdinasir Abubakar dit avoir constaté des besoins considérables et les premiers effets d’un déficit de précipitations qui pourrait être lié au phénomène El Niño.
Sur les routes comme dans les établissements de santé, les premiers signes d’une dégradation liée à El Niño seraient déjà perceptibles. Les récoltes échouent faute de pluie, alors que la région était déjà confrontée à une importante insécurité alimentaire. « C’est pourquoi nous constatons une augmentation de la malnutrition », a déclaré le Dr Abdinasir Abubakar lors d’un point de presse à Genève.
Zam Zam ERR Des familles se rassemblent autour d’un repas préparé et fourni par les équipes de la salle d’intervention d’urgence du camp de Zamzam au Darfour du Nord.
La faim nourrit le risque d’épidémie
Les enfants sont en première ligne. Mais ils ne sont pas les seuls. Dans les hôpitaux et les centres de santé visités, les équipes de l’OMS observent également une hausse des cas de malnutrition chez les femmes enceintes. Pour le Dr Abdinasir Abubakar, cette évolution est un avertissement : « c’est un signe clair de ce qui va arriver. La situation actuelle est déjà alarmante. »
« La malnutrition devrait s’aggraver en raison de la faiblesse des précipitations, des mauvaises récoltes et des répercussions attendues d’un phénomène El Niño de forte intensité, ce qui accentuera encore l’insécurité alimentaire et les risques sanitaires parmi les populations vulnérables », a-t-il ajouté.
L’OMS établit ainsi un lien entre les conséquences attendues d’El Niño, la dégradation de la sécurité alimentaire et la hausse de la malnutrition, mais aussi les risques sanitaires qui pourraient en découler. La sous-alimentation fragilise en effet les populations face aux maladies et aux épidémies, alors que le système de santé soudanais est déjà soumis à de fortes contraintes.
« Comme vous le savez, dans cette région, nous sommes confrontés à une épidémie de grande ampleur, et les agents pathogènes n’attendent en fait que l’occasion de se déclarer. Et les gens, notamment les enfants, souffrent de malnutrition », a détaillé le responsable de l’OMS.
Le déficit de vaccination inquiète l’OMS
À cette fragilité s’ajoute une autre brèche : la vaccination. De nombreux enfants n’ont reçu aucune dose, selon l’OMS. Ils sont donc particulièrement exposés aux maladies évitables par la vaccination, notamment la rougeole. Des milliers de cas ont déjà été recensés alors qu’une campagne contre la diphtérie était menée.
Une vulnérabilité d’autant plus préoccupante que, sur le terrain, les capacités de prise en charge sont déjà largement dépassées par l’ampleur des besoins. À Tawila, cette pression est particulièrement visible. 
Une vingtaine de partenaires de l’OMS y fournissent des services de santé, mais manquent de médicaments, de personnel qualifié et de moyens pour orienter les patients vers des soins spécialisés.
L’arrivée quotidienne de nouveaux déplacés accroît encore la demande en soins et en services nutritionnels.  La ville accueille désormais plus de 700 000 personnes déplacées, tandis que le Darfour en compte 5,6 millions, soit 65 % des déplacés internes au Soudan. 
© OMS/Lindsay Mackenzie L’OMS soutient les agents de santé soudanais en leur fournissant des médicaments essentiels, du matériel chirurgical et de traumatologie, ainsi que du carburant pour maintenir les services de santé.
Plus de 75 millions de dollars manquent à l’appel
Tawila concentre ainsi les difficultés auxquelles le système de santé est confronté dans l’ensemble du Darfour : des établissements sous-équipés, un personnel insuffisant et des soignants qui travaillent dans des conditions extrêmement difficiles, notamment en raison des risques pour leur propre sécurité.
Face à cette pression croissante, l’OMS veut désormais renforcer les capacités de réponse avant que la situation sanitaire ne se dégrade davantage. L’agence onusienne demande notamment davantage de produits nutritionnels et de fournitures médicales, ainsi que des traitements contre le choléra, en particulier pour les enfants, compte tenu du risque élevé dans la région. 
Elle appelle également à intensifier les campagnes de vaccination. D’autant que la majorité des cas de paralysie flasque aiguë recensés au Soudan provenaient du Darfour. Des opérations de dépistage de la rougeole et de la diphtérie doivent aussi être renforcées. 
Pour financer cette réponse, l’OMS a besoin de 97,7 millions de dollars et n’en a reçu jusqu’ici que 22 millions, soit environ 22 % de ses besoins. « C’est maintenant qu’il faut agir pour le Soudan. Et la paix se fait attendre depuis bien trop longtemps », a conclu le Dr Abubakar.

MIL OSI