Source: United Nations – in French 2
Headline: 710 000 personnes tuées par la chaleur en un an : le prix de l’inaction climatique
28 octobre 2026 Climat et environnement
La chaleur a causé quelque 710 000 décès dans le monde en 2023, un record. Pour la première fois, plus de sept décès sur dix seraient imputables au changement climatique d’origine humaine, selon le dernier rapport « Lancet Countdown », réalisé en partenariat avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et publié mercredi.
Les décès liés à la chaleur ont augmenté de près de 36 % dans les années suivant l’Accord de Paris de 2015, par rapport à la décennie précédente. Derrière ce bilan, les auteurs du rapport décrivent une accélération des menaces sanitaires, alimentée par l’intensification de l’extraction des combustibles fossiles, qui freine les progrès.
« Les décès liés à la chaleur, à la sécheresse et à d’autres risques climatiques augmentent plus rapidement qu’il y a dix ans alors même que les investissements dans les énergies propres et les actions en faveur du climat commencent à porter leurs fruits en matière de santé », avertissent-ils.
Ces conclusions font suite à un avertissement de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) : les niveaux de CO2 et des autres principaux gaz à effet de serre ont atteint des records en 2025, scellant une hausse à long terme des températures.
Piloté par l’University College London, le rapport a mobilisé des chercheurs et des institutions du monde entier. Ses 54 indicateurs mesurent les liens entre climat et santé.
Des milliards d’heures de travail perdues
La chaleur a entraîné la perte de 573 milliards d’heures de travail potentielles en 2025
L’exposition à la chaleur a entraîné la perte de 573 milliards d’heures de travail potentielles en 2025, soit 1 070 milliards de dollars de revenus perdus.
La sécheresse étend également son emprise : en 2025, elle aurait touché 51,8 % des terres émergées pendant au moins un mois. L’exposition aux phénomènes extrêmes liés à l’eau progresse aussi.
La hausse des températures et l’évolution des pluies créent également des conditions plus propices à la dengue. Entre 1981-1990 et 2016-2025, les conditions favorables à sa transmission ont augmenté de 24 % pour le moustique Aedes albopictus et de 7 % pour Aedes aegypti.
Les projets pétroliers et gaziers creusent l’écart
Rappelant que trop peu de mesures sont prises pour atténuer le changement climatique, le rapport note que les 100 premières entreprises pétrolières et gazières prévoient de produire, d’ici 2040, 150 % de combustibles fossiles de plus que le niveau compatible avec un réchauffement limité à 1,5 °C. Cet écart atteignait 138 % un an auparavant.
Face à des risques sanitaires qualifiés de « catastrophiques », les auteurs réclament la reconnaissance officielle du changement climatique comme urgence sanitaire mondiale.
À l’approche de la Conférence des Nations Unies sur le climat, la COP31, à Antalya, en Turquie, ils appellent à réduire plus rapidement les émissions de gaz à effet de serre, à soutenir l’adaptation au changement climatique et à renforcer les systèmes de santé.
Un air plus propre sauve déjà des vies
Ils soulignent que l’action climatique produit des bénéfices mesurables. Dans 70 pays où la pollution atmosphérique liée aux combustibles fossiles a diminué, l’amélioration de la qualité de l’air permet d’éviter environ 323 000 décès par an.
« On estime que de nombreux pays ayant réduit la pollution atmosphérique liée aux combustibles fossiles protègent ainsi chaque année des milliers de personnes contre des décès prématurés », note le document.
Les investissements mondiaux dans les énergies propres ont atteint un record de 2 100 milliards de dollars l’année dernière. Les emplois du secteur ont progressé de 2,3 % en 2024, atteignant près du double des emplois directs liés aux combustibles fossiles.
Des systèmes de santé qui s’adaptent
Le rapport souligne également les avancées en matière de systèmes de santé résilients, notamment l’adoption croissante de plans nationaux d’adaptation dans le domaine de la santé et de systèmes d’alerte précoce liés au climat.
Environ un pays sur quatre dispose désormais d’un plan national d’adaptation des services de santé, contre seulement 14 États membres de l’OMS en 2015. Quarante-sept pays ont en outre réalisé une évaluation de vulnérabilité pour étayer ces plans.
Le nombre de lois nationales associant climat et santé a été multiplié par environ 50 depuis 2000, surtout depuis 2016. L’inégalité reste toutefois profonde : en 2025, les pays riches concentraient 55 % de ces lois, contre seulement 2 % pour les pays en développement.
