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Cuba : à l’ONU, la condamnation du blocus américain perd du terrain

Cuba : à l’ONU, la condamnation du blocus américain perd du terrain

Source: United Nations – in French 2
Headline: Cuba : à l’ONU, la condamnation du blocus américain perd du terrain
28 octobre 2026 Développement économique

Comme chaque année depuis 1992, l’Assemblée générale de l’ONU a réclamé mercredi la levée de l’embargo américain contre Cuba. Mais le soutien international envers La Havane, autrefois massif, s’effrite. Alors que l’administration Trump accentue sa pression sur l’île, confrontée à de graves pénuries, le débat a donné lieu à une vive altercation entre les représentants des deux pays.

Plus de 60 ans d’embargo, 34 résolutions demandant sa levée et toujours la même impasse. L’Assemblée générale des Nations Unies a de nouveau réclamé, mercredi, la fin des sanctions économiques, commerciales et financières imposées à La Havane par Washington. Une condamnation diplomatique devenue rituelle, mais qui prend cette année une dimension particulière. Sous l’impulsion du président américaine Donald Trump, les États-Unis ont encore durci leurs restrictions contre l’île communiste, déjà plongée dans une profonde crise économique et énergétique.
Le texte, présenté par La Havane, appelle les États-Unis à lever leur embargo contre Cuba et exhorte les autres pays à ne pas appliquer de mesures similaires, jugées contraires aux principes de la Charte des Nations Unies. Il dénonce notamment les effets extraterritoriaux de la loi américaine Helms-Burton, adoptée en 1996, qui permet de sanctionner certaines activités économiques étrangères liées à Cuba.
La résolution n’a toutefois aucune force contraignante. Depuis 1992, l’Assemblée générale condamne presque chaque année l’embargo, sans parvenir à infléchir durablement la politique américaine. Mais le soutien international à cette condamnation s’érode. En 2024, 187 pays avaient voté pour la levée de l’embargo, contre seulement deux voix contre, les États-Unis et Israël, et une abstention. En 2025, ils n’étaient plus que 165 à soutenir le texte, contre sept oppositions et 12 abstentions. Mercredi, la résolution n’a recueilli que 130 voix favorables, contre 17 oppositions et 25 abstentions.
ONU Photos / Eskinder Debebe Mike Waltz, le représentant permanent des États-Unis auprès des Nations Unies , s’adresse à l’Assemblée générale lors du débat sur le blocus de Cuba.
Une économie privée d’oxygène
Cette évolution intervient alors que La Havane dénonce des pressions exercées par Washington contre plusieurs autres gouvernements pour qu’ils renoncent à soutenir l’île. En janvier, Donald Trump a notamment menacé d’imposer des droits de douane aux pays fournissant du pétrole à Cuba, contribuant à tarir les approvisionnements énergétiques de l’île. Les coupures d’électricité se multiplient, perturbant les transports, la distribution d’eau, les communications et le fonctionnement des hôpitaux.
Selon le coordonnateur de l’ONU à Cuba, Francisco Pichon, le durcissement des mesures américaines fait désormais peser un risque d’effondrement humanitaire. En mai, des responsables onusiens faisaient état de plus de 100 000 interventions chirurgicales reportées. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a également alerté sur les conséquences des pénuries énergétiques pour les services de santé.
Pour le représentant du Mexique, l’embargo constitue un obstacle structurel au développement de Cuba, dont les conséquences se mesurent notamment aux pénuries de médicaments. « Mettre un terme à ce blocus est une urgente nécessité », a-t-il insisté mercredi, dans le cadre du débat à l’Assemlée générale de l’ONU.
Le Ghana a, de son côté, dénoncé des sanctions « iniques », qui compromettent l’accès aux services essentiels, de l’éducation à la santé en passant par l’agriculture, tout en appelant les Nations unies à favoriser un règlement négocié du différend.
Passe d’armes musclée à l’Assemblée
La veille, les tensions entre Washington et La Havane ont éclaté au grand jour mardi, lors de la première journée du débat. Alors que l’ambassadeur américain auprès de l’ONU, Mike Waltz, accusait le régime cubain de corruption et de mauvaise gestion, le ministre cubain des affaires étrangères, Bruno Rodríguez Parrilla, l’a interrompu, avant de s’approcher de la tribune pour le traiter de menteur.
ONU Photos / Manuel Elías Le ministre cubain des affaires étrangères, Bruno Rodríguez Parrilla, s’adresse à l’Assemblée générale de l’ONU, lors du débat sur la levée du blocus américain contre Cuba.
« Vous savez à qui vous avez affaire ? Ici, c’est l’Amérique. Reculez », lui a rétorqué le diplomate américain, tandis que des agents de sécurité tentaient de calmer les esprits. La séance a dû être brièvement suspendue.
Sur le fond, Washington conteste jusqu’à l’existence d’un embargo. « Il n’y a pas de blocus », a affirmé M. Waltz, invoquant les plus de 876 millions de dollars d’exportations américaines vers Cuba au cours des huit premiers mois de 2026, ainsi que les échanges commerciaux de l’île avec d’autres pays.
Pour l’ambassadeur, la responsabilité de la crise incombe avant tout aux dirigeants cubains, accusés d’accaparer les richesses du pays au détriment de leur population.
La Havane dénonce, à l’inverse, une stratégie d’asphyxie économique. « Ses effets se ressentent sur la table des cubains, dans le lit des malades, lors des accouchements, dans les blocs opératoires, dans les cantines des écoles », a déploré mercredi Bruno Rodríguez, accusant Washington d’exercer « des pressions, intimidations et chantages » à l’encontre de plusieurs gouvernements pour les persuader de durcir leur position par rapport au régime cubain. 
Des accusations dont le département d’État américain a dénoncé l’hypocrisie. « Pourquoi les dirigeants cubains se présentent-ils à cette Assemblée pour évoquer les souffrances du peuple cubain », alors même – comble de l’hypocrisie – qu’ils profitent de montres de luxe, de Rolex, de yachts, de demeures somptueuses et possèdent même leurs propres îles privées, tout cela pendant que le peuple cubain, lui, souffre de la faim ? ».
Au-delà de l’affrontement diplomatique, le vote souligne les limites de la résolution adoptée par l’Assemblée générale. Seul le Congrès américain peut lever l’embargo. En attendant, les résolutions se succèdent, les sanctions restent en vigueur et les pénuries s’aggravent. Pour les Cubains, le fossé entre condamnation internationale et réalité quotidienne ne cesse de se creuser.

MIL OSI