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Soudan : drones et répression plongent El-Obeid dans la peur

Soudan : drones et répression plongent El-Obeid dans la peur

Source: United Nations – in French 2
Headline: Soudan : drones et répression plongent El-Obeid dans la peur
28 octobre 2026 Droits de l’homme

Les civils d’El-Obeid, ville de quelque 600.000 habitants dans le centre du Soudan, sont pris entre les frappes de drones, les pénuries et une répression croissante des forces de sécurité. Dans un nouveau rapport publié mercredi, la Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur le Soudan alerte sur les risques d’atrocités et dénonce des violations susceptibles de constituer des crimes de guerre.

Partiellement encerclée par les Forces de soutien rapide (FSR), El-Obeid, capitale de l’Etat du Kordofan du Nord, reste exposée à des attaques répétées qui frappent les quartiers résidentiels, les écoles, les sites accueillant des déplacés et les infrastructures essentielles. Selon la Mission, qui a présenté son rapport mercredi devant l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, les frappes de drones attribuées aux FSR continuent de tuer et de blesser des civils, tout en perturbant l’accès aux soins, à l’eau et à l’électricité.
« La situation à El-Obeid et dans ses environs reste grave et le risque d’atrocités est élevé », a déclaré Mohamed Chande Othman, président de la Mission d’établissement des faits, créée par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies en 2023. 
La guerre civile au Soudan, déclenchée en avril 2023, oppose les Forces armées soudanaises (FAS) — l’armée régulière dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhan — aux Forces de soutien rapide (FSR), une force paramilitaire commandée par le général Mohamed Hamdan Dagolo (dit Hemedti).
Selon Mohamed Chande Othman, les attaques signalées récemment dans l’État du Nil Bleu, à Abyei et près de la frontière entre le Soudan et l’Égypte montrent que le conflit s’étend géographiquement, recourt à des technologies militaires toujours plus sophistiquées et devient de plus en plus dangereux pour les civils.
La Mission enquête notamment sur une frappe de drone à Abyei qui aurait fait des dizaines de victimes civiles, ainsi que sur des attaques près de la frontière égyptienne qui auraient tué plusieurs dizaines de mineurs artisanaux.
Arrestations arbitraires et torture
Aux bombardements qui affecte El-Obeid s’ajoute une répression menée par les forces de sécurité affiliées aux FAS, qui contrôlent la ville. Le rapport décrit une surveillance accrue de la population, des menaces, des intimidations et des arrestations arbitraires visant notamment les défenseurs des droits humains, les travailleurs humanitaires, les avocats, les syndicalistes et les responsables communautaires.
La Mission indique avoir recueilli des témoignages crédibles faisant état de détentions au secret, de torture, de mauvais traitements, de décès en détention et d’allégations de violences sexuelles contre des femmes détenues.
« Les habitants d’El-Obeid vivent dans une peur constante, non seulement à cause des drones des FSR, mais aussi de la militarisation de leur ville et des campagnes de détentions arbitraires », a déclaré Mona Rishmawi, membre experte de la Mission.
Des milliers de personnes auraient été arrêtées par les services de sécurité des FAS et détenues dans des lieux non officiels ou dans la prison centrale d’El-Obeid, dans des conditions qualifiées d’épouvantables par la Mission. Celle-ci réclame l’arrêt immédiat de ces pratiques et l’accès des organismes indépendants chargés de surveiller les lieux de détention.
Le rétrécissement de l’espace civique compromet également la protection des civils, les efforts de responsabilisation et les perspectives d’un dialogue soudanais inclusif pour sortir de la guerre.
Les civils pris au piège d’une guerre qui s’étend
L’action humanitaire reste entravée par les deux camps et leurs alliés, qui imposent des restrictions administratives, militarisent les opérations et limitent l’accès aux populations dans le besoin. Le déploiement de combattants des FAS et de forces alliées dans des quartiers résidentiels accroît par ailleurs les risques encourus par les civils lors des attaques, souligne le rapport.
Les enquêteurs s’inquiètent notamment de la multiplication des frappes de drones des FSR contre des infrastructures civiles, des actes qui pourraient constituer des crimes de guerre.
Un an après la prise d’El-Fasher, au Darfour, et des zones environnantes par les FSR et leurs alliés, la Mission rappelle que les violations commises lors de cette offensive, notamment les attaques contre des civils et des communautés ciblées sur une base ethnique, présentaient les caractéristiques d’un génocide. L’impunité persiste et les survivants restent déplacés.
La Mission estime que les FAS et les FSR portent la responsabilité première des destructions et des atrocités commises au Soudan, tout en soulignant le rôle des acteurs extérieurs qui alimentent le conflit par des transferts d’armes, d’équipements militaires, de technologies liées aux drones et l’envoi de combattants.
Elle appelle toutes les parties à respecter le droit international humanitaire, à protéger les civils et les infrastructures civiles et à garantir un accès humanitaire rapide et sans entrave. Elle exhorte également les États à empêcher les transferts d’armes et tout soutien susceptible de contribuer à de nouvelles violations et à des crimes internationaux.

MIL OSI