Source: United Nations – in French 2
Headline: Yémen : le système de santé au bord de la rupture
29 octobre 2026 Aide humanitaire
Depuis début août, plus de 281 000 personnes ont été déplacées au Yémen, dont plus de la moitié dans le gouvernorat de Taëz. Alors que les combats entre les rebelles houthis et les forces progouvernementales entravent l’accès humanitaire, les attaques contre les structures de santé, les pénuries de médicaments, de carburant et d’eau ainsi que les restrictions de circulation fragilisent davantage un système de santé déjà exsangue.
Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), les services de santé sont la cible d’attaques répétées et subissent une pression croissante. Le 20 octobre, un hôpital du quartier de Sabir Al-Mawadim, à Taëz, a été touché par des éclats de mortier pour la deuxième fois en un mois. Une ambulance a également été frappée par un projectile, tuant son chauffeur et un ambulancier.
L’accès humanitaire s’est encore détérioré au cours des trois dernières semaines. Les dégâts subis par une route principale reliant Taëz aux gouvernorats du sud contraignent désormais les convois d’aide à emprunter d’étroites routes de montagne, compliquant l’acheminement des secours.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) souligne que les déplacements entre Aden et Taëz, ainsi que vers la côte ouest, restent fortement limités. Ces restrictions entravent notamment le transport des fournitures médicales vers les établissements qui en ont le plus besoin.
© UNICEF / Ahmed Al-Basha De l’aide humanitaire est distribuée dans le gouvernorat de Taëz, au Yémen (photo d’archives).
Des sages-femmes contraintes de suspendre leurs activités
À Aden, l’ONG International Medical Corps (IMC), partenaire de l’OMS, dispose de stocks dans son entrepôt, mais ne peut les acheminer vers les structures de santé de la côte ouest.
À Taëz, les restrictions de circulation ont contraint les sages-femmes communautaires à interrompre leurs activités. Dans le gouvernorat de Marib, seules six des 31 équipes médicales mobiles restent opérationnelles, tandis que 15 établissements de santé ont complètement cessé de fonctionner.
Les pénuries aiguës de médicaments, de carburant et d’eau aggravent encore les risques sanitaires. La perturbation de la collecte des déchets et l’impossibilité d’accéder aux décharges dans les zones touchées par les combats font également craindre une propagation de maladies transmissibles, notamment à Taëz.
Les restrictions d’accès aggravent par ailleurs la vulnérabilité des civils, privés de produits de première nécessité. La semaine dernière, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a appelé à garantir un accès humanitaire à Taëz, assiégée depuis début octobre par les rebelles houthis, qui bloquent la route vers Aden.
Il a alerté sur l’encerclement de la ville et la fermeture de la plupart de ses voies d’approvisionnement, qui exposent les civils à de graves dangers. Selon l’ONU, de nombreux habitants de cette ville stratégique du sud-ouest du Yémen peinent à se procurer de la nourriture et d’autres produits essentiels, tandis que les prix flambent.
© UNICEF/ Mahmoud Saeed Dans une clinique d’Aden, une agente de santé examine un petit garçon yéménite pour détecter une éventuelle malnutrition.
À Marib, les soins primaires au bord de l’effondrement
La crise d’approvisionnement frappe un système de santé déjà fragilisé par le manque de ressources et les restrictions d’accès, notamment dans les zones accueillant des personnes déplacées.
Selon l’OMS, les coupes budgétaires ont fait chuter le nombre d’équipes médicales mobiles opérationnelles à Marib, de 31 en 2025 à seulement six aujourd’hui, dont quatre permanentes et deux temporaires.
Quinze établissements de santé y sont totalement hors service, réduisant les possibilités d’accès aux soins primaires pour les populations déplacées. Le gouvernorat enregistre désormais le taux de mortalité parmi les blessés le plus élevé. Trois cas de choléra et un décès ont également été signalés récemment.
Sur la côte ouest, l’IMC fait état d’une baisse de 40 % des consultations ambulatoires entre juillet et septembre, particulièrement marquée au cours du dernier mois. Le manque de médicaments, de matériel médical, de produits nutritionnels et de personnel soignant, conjugué aux difficultés d’accès, explique ce recul.
L’aide se poursuit malgré les obstacles
Malgré ces contraintes, les partenaires humanitaires maintiennent leurs opérations partout où l’accès reste possible. Ils déploient des équipes mobiles de protection, dépistent la malnutrition infantile dans huit gouvernorats et fournissent de l’eau potable et des latrines aux sites accueillant des familles déplacées.
Selon l’OMS, 23 partenaires du secteur de la santé ont apporté une assistance à plus de 78 000 personnes déplacées dans 39 districts répartis sur neuf gouvernorats. Cette aide repose notamment sur 40 équipes médicales mobiles, des points de santé temporaires et un soutien à 51 établissements.
À Taëz, l’OMS a livré le 24 octobre une soixantaine de kits médicaux à trois hôpitaux, ainsi que des médicaments, du matériel de diagnostic et d’autres fournitures à deux structures de santé. Des interventions qui restent toutefois tributaires de la possibilité d’acheminer l’aide vers les populations les plus isolées.
