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Journalistes tués : l’impunité progresse pour la première fois depuis 2012

Journalistes tués : l’impunité progresse pour la première fois depuis 2012

Source: United Nations – in French 2
Headline: Journalistes tués : l’impunité progresse pour la première fois depuis 2012
2 novembre 2026 Culture et éducation

Près de neuf meurtres de journalistes sur 10 restent impunis dans le monde. Alors que les enquêtes judiciaires peinent à aboutir, un nouveau rapport de l’UNESCO révèle que le nombre de professionnels des médias tués dans l’exercice de leurs fonctions a augmenté de 20 % en deux ans. En cause, notamment, l’usage croissant des drones en situation de conflit.

Tous les quatre jours, en moyenne, un journaliste est tué quelque part dans le monde. Dans 86 % des cas, personne n’est traduit en justice. L’impunité concernant les meurtres de journalistes, longtemps en recul, est à nouveau en hausse. C’est ce qu’indique une étude de l’UNESCO couvrant la période 2024-2025, publiée lundi à l’occasion de la journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre des journalistes.
Cette augmentation, la première constatée depuis le lancement du rapport de suivi par l’agence onusienne chargée de la défense de la liberté de la presse, met fin à 12 années de progrès modestes. 
« Les journalistes paient de plus en plus de leur vie leur travail de reportage sur les lignes de front, et bien trop souvent, les responsables de leur mort ne sont pas tenus de rendre des comptes », a déploré Khaled El-Enany, directeur général de l’UNESCO, dans un communiqué publié à l’occasion de la sortie du rapport. Il a réclamé le respect de la résolution 2222 du Conseil de sécurité, adoptée à l’unanimité en 2015, qui réaffirme la protection des journalistes en tant que civils dans les conflits armés.
Au total, 189 journalistes et professionnels des médias ont été tués en deux ans, soit 20 % de plus que sur la période 2022-2023. Un bilan inédit depuis une décennie.
Le constat est d’autant plus préoccupant que la géographie du danger s’est profondément transformée. Les guerres, redevenues le principal théâtre des meurtres de reporters, concentrent désormais 67 % des victimes, contre 43 % dans le précédent rapport. Sur les 189 professionnels tués, 127 ont perdu la vie dans des pays en conflit.
Les drones, nouvelle menace mortelle
L’État de Palestine arrive largement en tête de ce décompte, avec au moins 62 journalistes tués en deux ans, dont 32 en 2025. Le Mexique, le Yémen, le Soudan et l’Ukraine figurent également parmi les territoires les plus meurtriers. Les journalistes locaux, souvent les seuls à pouvoir documenter les violences lorsque les reporters étrangers ne peuvent accéder au terrain, représentent 90 % des victimes dans les pays en guerre.
Mais une évolution retient particulièrement l’attention de l’UNESCO, l’utilisation croissante des drones. En 2024 et 2025, ces appareils auraient causé la mort de 50 journalistes dans six zones de conflit, soit 40 % des décès enregistrés dans les pays en guerre. Plus d’un journaliste tué sur quatre dans le monde l’a ainsi été par une frappe de drone.
La menace ne se limite pas aux reportages sur les lignes de front. L’agence onusienne a recensé 36 journalistes tués dans des locaux de presse ou des installations provisoires servant de centres de reportage. Une seule attaque a coûté la vie à neuf d’entre eux. Une quinzaine d’autres auraient été tués alors qu’ils portaient un gilet de presse identifiable ou circulaient dans un véhicule clairement signalé.
© Adobe Stock / Supamotion La proportion des femmes journalistes déclarant avoir subi des violences physiques à la suite de harcèlement a plus que doublé depuis 2021, atteignant 42 %.
Une justice défaillante
Le contraste avec les pays épargnés par les conflits est saisissant. Dans ces derniers, les meurtres de journalistes sont tombés à 62 en 2024-2025, leur niveau le plus bas depuis 18 ans. Le taux d’impunité y est passé de 94 % en 2012 à 77 % en 2026, même s’il stagne depuis quatre ans.
Ailleurs, les perspectives judiciaires restent particulièrement sombres. Dans les États arabes, 98 % des meurtres de journalistes recensés depuis 2006 demeurent impunis. À l’échelle mondiale, seules 223 affaires ont été résolues sur les 1 641 meurtres enregistrés par l’UNESCO en vingt ans.
La coopération des gouvernements montre elle aussi des signes de faiblesse. Sollicités pour fournir des informations sur les enquêtes judiciaires, seuls 48 des 78 États concernés ont répondu ou accusé réception, contre un taux de réponse de 80 % lors du précédent exercice. Une trentaine de pays ont gardé le silence.
Les femmes journalistes affrontent, quant à elles, des menaces spécifiques. Sur les 14 tuées en 2024-2025, 13 l’ont été dans des pays en conflit. Une enquête menée en 2025 révèle par ailleurs que 75 % des femmes journalistes interrogées ont subi des violences en ligne. Parmi elles, la proportion déclarant avoir également subi des violences physiques à la suite de ce harcèlement a plus que doublé depuis 2021, atteignant 42 %.
Dans un message publié lundi, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a dénoncé une impunité qui constitue « un affront odieux envers les victimes et leurs proches », mais aussi envers le public, privé d’informations essentielles.
Car au-delà des journalistes assassinés, c’est le droit d’informer qui recule. Chaque enquête étouffée, chaque meurtre laissé sans réponse risque d’encourager de nouvelles violences et de dissuader d’autres reporters de poursuivre leur travail essentiel. 

MIL OSI