Source: The Conversation – France in French (3) – By Priya Bhardwaj, Senior Researcher in Orthopedic Surgery, Washington University in St. Louis
L’ESSENTIEL
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À la ménopause, les changements hormonaux peuvent mener à une perte de densité osseuse.
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Cette perte de densité osseuse, qui peut déboucher sur le développement d’une ostéoporose, commence parfois longtemps avant la fin des règles.
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La détecter tôt permet de mettre en place des mesures pour la freiner : modification de l’alimentation, activité physique, traitements médicamenteux…
Les squelettes qui, à l’époque d’Halloween, se retrouvent suspendus aux portes des voisins ou mis en scène dans leurs jardins semblent être des structures immuables. Celui qui constitue notre charpente interne, cependant, ne cesse de se transformer. Aux alentours de la ménopause, ces modifications peuvent basculer vers une perte osseuse, le plus souvent sans qu’aucune douleur ni aucun autre symptôme ne se manifestent.
En tant que chercheuse spécialiste de la biologie du squelette à la faculté de médecine de la Washington University de Saint-Louis, j’étudie la manière dont les signaux hormonaux et métaboliques influencent le renouvellement osseux. La ménopause est à mes yeux un moment privilégié pour aborder les questions touchant à la santé du squelette.
La ménopause n’est confirmée qu’au terme de douze mois consécutifs sans survenue de règles, en l’absence de toute autre explication. Cependant, la perte osseuse qui peut résulter de ce changement peut commencer à s’accélérer dès avant la fin des règles. Autrement dit, la perte osseuse peut s’emballer avant même qu’une femme sache que ses dernières règles étaient bel et bien les dernières.
Pourquoi l’os se modifie-t-il à la ménopause ?
L’os est un tissu vivant, en perpétuel renouvellement. Au cours de ce processus, appelé remodelage, des cellules nommées ostéoclastes résorbent l’os ancien, tandis que d’autres, les ostéoblastes, fabriquent le tissu qui le remplace.
Les œstrogènes participent à la régulation de ce renouvellement. Lorsque leur taux décline, autour de la ménopause, la résorption peut prendre le pas sur la reconstruction, favorisant la perte osseuse et l’ostéoporose, une maladie qui rend les os plus fragiles et plus poreux.
L’ostéoporose peut toucher les femmes comme les hommes. Si elle devient plus fréquente au fur et à mesure de l’avancée en âge, elle peut toutefois aussi survenir chez des personnes plus jeunes. Bien souvent, elle est silencieuse : elle ne se traduit par aucun symptôme perceptible, jusqu’à la survenue d’une fracture.
Le calendrier selon lequel cette perte se produit a été mis en évidence par des travaux menés sur les données de la Study of Women’s Health Across the Nation, une étude américaine de long terme consacrée aux femmes autour de la cinquantaine. Une analyse portant sur 862 participantes a mis en regard l’évolution de leur densité osseuse et la date de leurs dernières règles. Ces travaux ont révélé qu’en moyenne, la perte au niveau du rachis lombaire et de la hanche était la plus rapide dans l’intervalle de temps s’étendant d’environ un an avant les dernières règles à deux ans après. Elle ralentissait ensuite, sans pour autant s’interrompre.
Ces résultats ne signifient pas que toutes les femmes perdent la même quantité d’os à cette période de leur vie, ni qu’elles développeront toutes une ostéoporose. Ils soulignent en revanche pourquoi, plutôt que de considérer la perte osseuse comme une préoccupation réservée aux femmes âgées, il faut accorder une attention particulière à la transition ménopausique.
Risque de fracture et perte osseuse : pas seulement une question d’âge
Pour évaluer le risque de fracture d’une personne, les médecins tiennent compte de divers facteurs, parmi lesquels : un faible poids corporel, le fait de fumer, d’avoir une consommation d’alcool excessive, ou encore l’existence d’un antécédent de fracture de la hanche chez l’un des parents. Afin d’estimer ce risque, la densité minérale osseuse est mesurée par ostéodensitométrie. Le résultat de cet examen constitue une information précieuse, qui est interprétée à la lumière des antécédents médicaux et des facteurs de risque (en France, l’ostéodensitométrie est prise en charge par l’Assurance-maladie sur prescription médicale, en présence de facteurs de risque définis par la Haute Autorité de santé (HAS), et non sur un critère d’âge, NdT).
Aux États-Unis, l’U.S. Preventive Services Task Force, un comité indépendant d’experts en médecine préventive, recommande le dépistage de l’ostéoporose chez toutes les femmes de 65 ans et plus. Il préconise également de dépister les femmes ménopausées plus jeunes lorsque leurs antécédents ainsi que d’autres facteurs de risque laissent présager une probabilité accrue de fracture. Cela ne signifie pas pour autant qu’il faut que chaque femme passe un tel examen dès que ses cycles se modifient.
Au-delà de ce dépistage systématique, les personnes déjà atteintes d’ostéoporose, celles qui se sont fracturé un os lors d’une chute bénigne ou celles qui souffrent d’une maladie ou prennent des médicaments entraînant une perte osseuse, doivent bénéficier d’une évaluation adaptée à leur situation.
Un essai clinique britannique a mis en lumière l’intérêt de repérer les personnes à haut risque et de leur recommander un traitement. Au cours de ces travaux, plus de 12 000 femmes âgées de 70 à 85 ans ont bénéficié soit de la prise en charge habituelle, soit d’un dépistage puis, pour celles jugées à haut risque, de recommandations thérapeutiques. Sur cinq ans, les femmes du groupe dépisté ont moins souvent subi une fracture de la hanche que les autres.
En revanche, lorsque les chercheurs ont considéré l’ensemble des fractures ostéoporotiques, tous sites confondus, ils n’ont pas observé de réduction statistiquement significative. Ces résultats plaident en faveur d’un dépistage couplé à un traitement chez les femmes âgées, mais ne disent rien du moment où il conviendrait de l’entreprendre au cours de la transition ménopausique.
Bouger et bien se nourrir
Les os réagissent aux contraintes qui s’exercent sur eux. Les activités en charge, comme la marche ou la montée d’escaliers, les obligent à supporter le poids du corps. Les exercices de renforcement musculaire, avec des haltères, des bandes élastiques ou le seul poids du corps, leur imposent des contraintes supplémentaires, sous l’effet de la traction exercée par les muscles. Travailler l’équilibre – en faisant du tai-chi, par exemple, ou en effectuant des exercices consistant à transférer son poids d’un pied sur l’autre – peut améliorer la stabilité et aider à prévenir les chutes. Pour être bénéfique pour les os, une activité doit donc associer plusieurs types de mouvements.
Un essai clinique australien dont les résultats ont été publiés en 2018 a cherché à savoir si un programme supervisé associant un renforcement musculaire à charges lourdes et des exercices d’impact pouvait améliorer la densité osseuse et les capacités physiques de femmes ménopausées présentant une faible masse osseuse. Au bout de huit mois, les participantes à ce programme avaient obtenu de meilleurs résultats que celles qui avaient suivi un programme d’exercices à domicile moins intensif. Les femmes incluses dans cet essai avaient été soigneusement sélectionnées, et l’entraînement était étroitement encadré.
Ces progrès sont encourageants, mais un gain de densité osseuse n’équivaut pas à une diminution des fractures : l’essai n’a pas permis d’établir que son programme en réduisait le nombre. Par ailleurs, les personnes atteintes d’ostéoporose, ayant déjà subi une fracture ou souffrant de limitations physiques, peuvent avoir besoin de conseils sur les mouvements à effectuer et les charges appropriées à utiliser.
Développer sa force musculaire et son équilibre favorise la mobilité autant que la santé osseuse. Le choix d’une activité adaptée dépend de la situation de chacun.
L’alimentation intervient elle aussi sur la santé du squelette. Le calcium fournit le minéral qui confère aux os leur solidité, tandis que la vitamine D en favorise l’absorption par l’organisme. Parmi les aliments riches en calcium figurent les produits laitiers, les alternatives végétales enrichies, les sardines ou le saumon en conserve (consommés avec leurs arêtes), ainsi que certains légumes, comme le pak-choï ou le brocoli.
Lorsque les apports sont insuffisants, ou en cas de carence, une supplémentation en calcium ou en vitamine D peut s’avérer utile. Elle ne se substitue pas pour autant aux médicaments destinés à traiter l’ostéoporose, lorsque ceux-ci sont nécessaires : alimentation équilibrée et traitement vont de pair. À ce sujet, soulignons qu’avoir une alimentation équilibrée suppose également que celle-ci contient des quantités suffisantes de protéines.
Un traitement au cas par cas
Le traitement hormonal de la ménopause par voie systémique – lorsque les hormones administrées diffusent dans l’ensemble de l’organisme – peut soulager les bouffées de chaleur et les sueurs nocturnes gênantes, et contribuer à prévenir la perte osseuse et les fractures. Ses bénéfices et ses risques dépendent de l’âge, du temps écoulé depuis la ménopause, des antécédents médicaux et du traitement employé (en France, fin 2025, la HAS a confirmé l’intérêt de ces traitements dans la prévention de l’ostéoporose), en soulignant que « leur utilisation ne peut pas être recommandée pour toutes les femmes compte tenu de leur profil de tolérance comportant de multiples risques touchant différents organes : système veineux, cardiovasculaire, sein, ovaire, endomètre. », NdT).
Chez les femmes de moins de 60 ans ou ménopausées depuis moins de dix ans, et en l’absence de contre-indication médicale, la balance bénéfice-risque du traitement hormonal de la ménopause est généralement favorable pour traiter les symptômes gênants et prévenir la perte osseuse. Cela ne signifie pas qu’un tel traitement convient à toutes. Les patientes doivent discuter avec leur médecin de leurs symptômes, de leur santé osseuse et des risques individuels qu’elles encourent, et cette décision doit être réexaminée au fil du temps (en France, la HAS recommande de réévaluer la situation au moins une fois par an), en prenant en considération l’évolution du rapport bénéfice/risque).
D’autres médicaments de l’ostéoporose permettent aussi de freiner la résorption osseuse ou de stimuler la formation d’os.
Les médecins restent aussi vigilants quant au fait que la ménopause n’explique parfois que partiellement la survenue d’une perte osseuse. Une telle situation peut en effet aussi découler de certaines maladies ou de la prise de traitements susceptibles de fragiliser les os.
C’est notamment le cas de certains troubles hormonaux, tels que l’hyperparathyroïdie primaire. Chez les personnes affectées par ce dérèglement hormonal, une ou plusieurs des glandes parathyroïdes, situées dans le cou, produisent trop d’hormone parathyroïdienne. Ce dérèglement peut accroître le taux de calcium dans le sang et fragiliser les os. Son diagnostic peut donc modifier la prise en charge de l’ostéoporose. Cet exemple montre à quel point il est important de rechercher l’origine exacte d’une perte osseuse, plutôt que de l’imputer simplement au vieillissement.
À ce sujet, signalons que les affections digestives ou l’administration d’une corticothérapie au long cours peuvent, elles aussi, avoir des effets sur la densité osseuse.
La question de l’accès aux soins
Tous ces conseils relatifs aux examens et aux traitements partent du principe que les patientes peuvent accéder aux soins. Or, ce n’est pas toujours le cas, et le manque d’accès aux soins peut réduire les options disponibles pour les patientes, comme l’a montré un audit mené en 2025 dans 22 pays et territoires de la région Asie-Pacifique.
Ces travaux ont mis en évidence de fortes disparités dans l’accès à la prise en charge de l’ostéoporose : selon le lieu considéré, les délais d’attente pour une ostéodensitométrie pouvaient aller du jour même à une attente de près d’un an. Les auteurs ont également constaté que le manque de remboursement des médicaments rendait les traitements difficilement abordables pour les patientes (cet audit régional avait porté sur l’ostéoporose en général, et pas uniquement sur la période de la ménopause).
Améliorer la prévention passe donc non seulement par la sensibilisation du public, mais aussi par la mise en place de systèmes de santé qui rendent les examens, le suivi et l’accès aux médicaments abordables pour les patientes.
La ménopause peut être vue comme une occasion de faire le bilan de santé de son squelette, avant que les problèmes ne s’installent. Selon les résultats, diverses recommandations pourront être formulées : réaliser une évaluation du risque d’ostéoporose, pratiquer une activité physique adaptée, effectuer des changements dans son alimentation, ou entreprendre un traitement médical. Une chose est claire : il peut être bénéfique d’engager une conversation sur sa santé osseuse avec son médecin bien avant qu’une fracture ne l’impose.
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Priya Bhardwaj travaille à la faculté de médecine de l’université de Washington à Saint-Louis. Elle siège au comité de pilotage du groupe de travail « Os et minéraux » de l’Endocrine Society, ainsi qu’au comité du groupe d’intérêt spécial « Les femmes dans le domaine des os et des minéraux » de l’American Society for Bone and Mineral Research (ASBMR).
– ref. La ménopause peut discrètement fragiliser les os, voici ce qu’il faut savoir pour les protéger – https://theconversation.com/la-menopause-peut-discretement-fragiliser-les-os-voici-ce-quil-faut-savoir-pour-les-proteger-295957
Original source: https://submissions.mil-osi.com/2026/11/05/la-menopause-peut-discretement-fragiliser-les-os-voici-ce-quil-faut-savoir-pour-les-proteger-295957/
