Source: United Nations – in French 2
Headline: Yémen : la mort d’un nouvel employé de l’ONU aux mains des houthistes ravive les inquiétudes
5 novembre 2026 Paix et sécurité
La mort récente en détention de Mohammad el Shami, deuxième employé des Nations Unies à décéder aux mains des rebelles houthistes au Yémen, suscite de graves inquiétudes sur le sort des autres personnels retenus prisonniers. Jeudi, l’ONU a réclamé une enquête indépendante et dénoncé le manque d’informations sur leur état de santé, alors que les combats continuent de déplacer des centaines de milliers de civils.
La mort d’un deuxième employé onusien dans une prison houthiste fait redouter le pire pour les autres personnes détenues par le groupe rebelle soutenu par l’Iran. Lors du point de presse quotidien de l’ONU, à New York, le porte-parole de l’organisation, Stéphane Dujarric, s’est dit « gravement préoccupé » par les circonstances du décès de Mohammad el Shami. Ce membre du personnel du bureau des droits de l’homme des Nations Unies au Yémen était détenu arbitrairement par les autorités de facto houthies depuis le 6 juin 2024. Selon sa famille, qui a appris son décès il y a quelques jours, il est décédé il y a plus d’un mois.
ONU Photos / Manuel Elías Stéphane Dujarric, porte-parole du Secrétaire général, s’adresse aux journalistes au siège de l’ONU (archive).
Au-delà de cette tragédie, c’est le sort de l’ensemble des personnels humanitaires retenus par les rebelles qui inquiète l’organisation. Certains souffrent de problèmes de santé graves, sans que l’ONU puisse vérifier leur état ni s’assurer qu’ils reçoivent les soins nécessaires.
« Les circonstances entourant la mort de notre collègue […] soulèvent de graves inquiétudes quant à de possibles mauvais traitements », a déclaré M. Dujarric. Le porte-parole a notamment dénoncé le refus prolongé des autorités houthistes de communiquer des informations fiables sur son sort et son état de santé.
Une mort entourée de zones d’ombre
L’ONU exige désormais une enquête « rapide, indépendante, impartiale et transparente » pour déterminer la date, la cause et les circonstances exactes de la mort de son employé. Elle souhaite notamment savoir dans quelles conditions il était détenu, s’il a bénéficié de soins médicaux appropriés et pourquoi sa famille, comme l’organisation elle-même, n’a pas été rapidement informée de son décès.
Les enquêteurs devront également identifier les responsables afin qu’ils rendent des comptes. Selon M. Dujarric, les faits suspectés, s’ils étaient établis, pourraient constituer de graves violations du droit international, notamment des droits humains.
La mort de Mohammad el Shami est la deuxième d’un employé de l’ONU dans les prisons houthistes. En février 2025, Ahmed Ba’alawi, un membre yéménite du Programme alimentaire mondial (PAM), était décédé en détention, moins de trois semaines après son arrestation. Les circonstances de sa mort n’ont jamais été élucidées.
En plus de leur libération, l’ONU réclame des informations vérifiables sur le lieu de détention et l’état de santé des prisonniers, notamment ceux dont l’état de santé nécessite des soins spécialisés. Elle demande également à pouvoir leur rendre visite pour évaluer elle-même leur condition médicale.
« Toutes les personnes détenues arbitrairement parmi le personnel de l’ONU doivent être libérées, en particulier celles qui ont besoin de soins médicaux urgents », a insisté M. Dujarric.
© PAM / Sara Cuevas Gallardo Des personnes déplacées reçoivent de l’aide dans un camp à Lahj, dans le sud du Yémen.
Plus de 70 employés de l’ONU détenus
Au 31 octobre, 70 employés en activité et cinq anciens membres du personnel étaient encore détenus par les houthistes, ainsi que des travailleurs humanitaires et des représentants de la société civile. Plusieurs ont été arrêtés lors d’une vague de rafles en juin 2024. D’autres sont emprisonnés depuis plus longtemps encore.
Ces arrestations fragilisent une aide humanitaire déjà entravée par la reprise récente des combats début septembre, après plusieurs années d’accalmie. Dans le gouvernorat de Taëz, la troisième ville yéménite dans le Sud-Ouest, près de 135 000 personnes déplacées restent à l’intérieur de la province, tandis que les organisations humanitaires peinent à fournir des abris aux familles ayant fui les violences.
Mercredi, un missile est tombé à un kilomètre de la ville de Qa’tabah, à proximité de plusieurs sites accueillant des déplacés. Des civils auraient été blessés et des distributions d’aide ont été suspendues par précaution.
Pour l’ONU, les autorités houthistes portent l’entière responsabilité de la sécurité des personnes qu’elles détiennent. L’organisation réclame leur libération « immédiate et inconditionnelle », sans distinction entre employés des Nations Unies, travailleurs humanitaires, personnels diplomatiques et membres de la société civile.
La mort de deux de ses employés donne désormais à cette exigence un caractère d’urgence accru.
