Source: United Nations – in French 2
Headline: ECOSOC: « il nous reste cinq ans, il est temps de faire bouger les choses », s’impatiente Mme Amina Mohammed au forum des partenariats 2026
(En raison de la crise de liquidités qui affecte l’Organisation des Nations Unies et des contraintes horaires qui en résultent, l’intégralité du communiqué sera publiée ultérieurement.)
Les partenariats peuvent permettre d’aboutir à des résultats tangibles: c’est l’évidence qu’a soulignée la Vice-Secrétaire générale de l’ONU, Mme Amina Mohammed, en ouvrant la session 2026 du forum des partenariats du Conseil économique et social (ECOSOC) tenu aujourd’hui. Mais cette évidence est bonne à rappeler dans un contexte international tendu et alors que la réalisation des objectifs de développement durable (ODD) n’est pas en bonne voie.
« Des actions transformatrices, équitables, novatrices et coordonnées en faveur du Programme de développement durable à l’horizon 2030 et des objectifs de développement durable qui garantissent un avenir durable pour tous »: tel était le thème de ce forum qui est le premier grand événement du calendrier annuel de l’ECOSOC et qui intervient au moment de l’examen par les États Membres de l’Initiative ONU80.
Le forum a mis un accent particulier sur les ODD qui seront examinés lors du forum politique de haut niveau sur le développement durable (HLPF) de 2026, à savoir l’objectif 6 (eau propre et assainissement), l’objectif 7 (énergie propre et d’un coût abordable), l’objectif 9 (industrie, innovation et infrastructures), l’objectif 11 (villes et communautés durables) et l’objectif 17 (partenariats pour la réalisation des objectifs).
« Il est temps de faire bouger les choses », s’est impatientée la Vice-Secrétaire générale en regardant les cinq années restantes pour atteindre les buts fixés en 2015. Le taux de pauvreté extrême est le même que le taux recensé en 2015 et il faut encore débourser près de 4 000 milliards de dollars par an d’ici à 2030 pour combler le déficit de financement. Heureusement tout n’est pas sombre, a dit Mme Mohammed, en pointant les avancées que sont les récentes adoptions de l’Engagement de Séville et de la Déclaration de Doha.
« Faire mieux »
Ma devise, en tant que Président de l’ECOSOC cette année, est « faire mieux », a rappelé M. Lok Bahadur Thapa (Népal) en début de session. Faire mieux signifie passer de l’engagement aux résultats et instaurer la confiance avec les populations et les communautés, en particulier les plus vulnérables, a-t-il expliqué. C’est aussi « veiller à ce que nos partenariats ne soient pas de simples déclarations d’intention, mais des engagements concrets qui soutiennent et autonomisent les populations et les communautés ».
Faire mieux pour une transition énergétique juste et inclusive, a renchéri Mme Sheila Oparaocha, Directrice du réseau international ENERGIA sur le genre et l’énergie durable. Elle aussi a plaidé pour transformer l’ambition politique en actions concrètes, soulignant que le développement durable repose sur des stratégies énergétiques nationales intégrées, suffisamment financées et rigoureusement suivies.
Mme Oparaocha a insisté sur l’inclusion, afin que les femmes, les jeunes et les peuples autochtones soient pleinement reconnus comme des acteurs et des moteurs du changement, en particulier dans les rôles techniques et décisionnels, afin de renforcer l’efficacité et la résilience des systèmes énergétiques. Elle a également appelé à renforcer les partenariats multipartites entre gouvernements, secteur privé, société civile et institutions internationales, soutenus par des systèmes de données sensibles au genre et socialement inclusifs.
Faire mieux d’abord et surtout dans notre partenariat avec la nature qui est un système vivant dont nous faisons partie, a insisté également Mme Yensi Flores-Bueso, scientifique hondurienne travaillant à l’Institut de conception des protéines. « Si nous considérons la nature comme un élément extérieur, nous continuerons à concevoir des solutions inadaptées aux conditions naturelles et planétaires », a-t-elle prévenu.
Mme Yensi Flores-Bueso est également membre du groupe indépendant de scientifiques nommés par le Secrétaire général pour la période 2025-2027 et chargé du Rapport mondial sur le développement durable de 2027. De son avis, « la crise à laquelle nous sommes confrontés tient du fait que les changements anthropiques dépassent ceux de l’adaptation naturelle ». La nature est soumise à une contrainte de temps qu’elle ne peut respecter. C’est l’une des raisons pour lesquelles on peut faire mieux grâce à la biotechnologie qui peut aider la nature à réagir plus rapidement. L’experte a insisté sur les partenariats internationaux et interdisciplinaires « véritablement équitables ».
Quelles « actions » pour les ODD?
Les « sessions d’action » de la matinée, consacrées à plusieurs ODD, ont abordé notamment l’ODD 6 (eau propre et assainissement) en soulignant le besoin de données ventilées: cela permet de toucher du doigt les disparités entre les sexes et d’identifier les problématiques qui affectent particulièrement les jeunes.
Étant donné que 666 millions de personnes n’ont pas accès à l’électricité à travers le monde en dépit des avancées technologiques, la session consacrée à l’ODD 7 (énergie propre et d’un coût abordable) a constaté que les pays en développement ne reçoivent que le cinquième des fonds investis au niveau mondial dans les énergies propres.
Mettre l’accent sur le numérique a été le leitmotiv des intervenants de la session relative à l’ODD 9 (industrie, innovation et infrastructures). Ici encore, le rôle crucial du secteur privé a été mis en avant, dans un contexte de rétrécissement de l’aide publique au développement (APD).
Enfin, les délibérations sur l’ODD 11 (villes et communautés durables) ont rappelé que le logement est le socle de la résilience climatique, de l’inclusion économique et de l’égalité entre hommes et femmes.
Le pouvoir des solutions partagées
Une table ronde, dans l’après-midi, a abordé l’ODD 17 qui est consacré précisément aux partenariats, une discussion qui a permis d’examiner trois exemples de partenariats.
Un partenariat multipartite pour développer des systèmes agroalimentaires résilients a d’abord été présenté par M. Máximo Torero, économiste en chef de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Il a notamment évoqué le Cadre mondial contre la pénurie d’eau dans l’agriculture (WASAG selon l’acronyme anglais). Cette initiative a été lancée par la FAO en novembre 2016 afin de relever le défi croissant de la rareté de l’eau, l’un des plus grands défis mondiaux qui affecte la sécurité alimentaire mondiale, les ressources naturelles et la vie, ainsi que les moyens de subsistance de millions de personnes, en particulier dans les régions vulnérables.
Le WASAG rassemble un large éventail d’acteurs, notamment des gouvernements, des agences des Nations Unies, des instituts de recherche, des organisations d’agriculteurs, la société civile et le secteur privé, afin de concevoir et de mettre en œuvre des solutions concrètes pour les systèmes agroalimentaires confrontés à la pénurie d’eau. Le WASAG se distingue par son caractère véritablement multipartite et sa gouvernance par les partenaires. Ce modèle est volontaire, collaboratif, axé sur l’action et flexible, permettant aux partenaires de mobiliser leurs avantages comparatifs et de se concentrer sur des besoins et des priorités spécifiques.
Mme Roma Padua a, elle, présenté l’entreprise qu’elle a cofondée et qu’elle dirige, PHILIA Ventures Inc. Cette PME est née pendant la pandémie de COVID-19 à Mindanao aux Philippines. Elle regroupe des agriculteurs, des anciens rebelles, qui ont tronqué les balles pour les graines de café. Leur coopérative, fruit d’un partenariat local a créé un label désormais reconnu à l’échelle internationale. « Construisons des partenariats et des engagements qui donnent des moyens d’action aux communautés », a plaidé Mme Padua.
M. Mohamed Fathi Edrees, Observateur permanent de l’Union africaine (UA) auprès des Nations Unies, a quant à lui présenté « RemitAid », un partenariat de la diaspora africaine pour un financement innovant qui canalise les envois de fonds vers des investissements soutenant les ODD. Il a appelé à mettre en place une fiscalité favorable à ces envois de capitaux d’une diaspora africaine que l’UA considère comme « la sixième région d’Afrique ».
Recommandant de canaliser ces fonds vers des secteurs prioritaires, il a insisté pour que leur gestion soit accompagnée de mécanismes de suivi appropriés. Cela permet de réduire les risques d’investissement, de renforcer la confiance entre la diaspora et les gouvernements africains, et d’offrir d’autres solutions de financement du développement. À terme, a-t-il espéré, « RemitAid » pourrait devenir un outil de financement stratégique pour l’Afrique.
(À suivre)
