Source: The Conversation – in French – By John L. Hopkins, Professor of Management, Deakin University
L’ESSENTIEL
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Une étude menée auprès de 15 entreprises australiennes montre que la semaine de quatre jours a été largement adoptée après les essais.
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Aucune n’a constaté de baisse de productivité, et plusieurs ont même observé une amélioration.
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La principale motivation n’était pas la performance, mais la prévention du burn out.
Dans un essai publié en 1930, l’économiste britannique John Maynard Keynes prédisait que, cent ans plus tard, les progrès technologiques auraient remplacé une telle part du travail humain que nous ne travaillerions plus que 15 heures par semaine – voire plus du tout.
Près d’un siècle plus tard, cette vision ne s’est pas vraiment concrétisée. En Australie, des recherches montrent au contraire que les salariés travaillent régulièrement davantage que ce pour quoi ils sont rémunérés, en effectuant en moyenne 3,6 heures supplémentaires non payées par semaine.
La semaine de quatre jours est apparue pour la première fois comme une solution concrète lors de la crise énergétique des années 1970. Mais l’idée a véritablement repris de l’élan lorsque la pandémie de Covid-19 a conduit à une remise en question mondiale de nos façons de travailler et de nos lieux de travail.
Aujourd’hui, l’intérêt pour cette organisation du travail grandit pour d’autres raisons. La guerre entre l’Iran et Israël, qui perturbe les approvisionnements en carburant, relance les appels à réduire les déplacements. Les syndicats réclament une réduction du temps de travail. Enfin, récemment, le spécialiste de l’intelligence artificielle OpenAI a invité les employeurs à expérimenter la semaine de quatre jours afin de mieux redistribuer les gains de productivité attendus de l’intelligence artificielle (IA).
Notre nouvelle étude, publiée dans la revue Humanities and Social Sciences Communications du groupe Nature, s’intéresse à l’expérience de 15 entreprises australiennes ayant adopté la semaine de quatre jours. Quatorze d’entre elles ont choisi de conserver ce modèle. Aucune n’a constaté de baisse de productivité.
Notre étude
Pendant deux ans, nous avons étudié 15 entreprises ayant officiellement expérimenté la semaine de quatre jours selon le modèle « 100:80:100 ».
Ce modèle repose sur un principe simple : les salariés conservent 100 % de leur salaire tout en ne travaillant que 80 % de leur temps habituel, à condition de maintenir 100 % de leur niveau de production.
Nous avons interrogé les principaux décideurs de ces entreprises, ceux qui avaient porté le projet de semaine de quatre jours et joué un rôle central dans sa conception et sa mise en œuvre.
Nous voulions comprendre ce qui avait motivé ces entreprises à adopter ce modèle, quels bénéfices et quelles difficultés elles avaient rencontrés, ainsi que son impact global sur leur productivité et leurs performances.
Les entreprises étudiées appartenaient à des secteurs très variés, allant de la logistique à la gestion immobilière, en passant par la santé et l’édition. Environ la moitié étaient de petites structures comptant de deux à 18 salariés, les autres étant des entreprises de taille intermédiaire employant jusqu’à 85 personnes.
Pourquoi ces entreprises ont franchi le pas
La semaine de quatre jours est souvent présentée comme un moyen d’améliorer la productivité. Pourtant, parmi les 15 entreprises que nous avons interrogées, six ont indiqué que leur principale motivation était avant tout de lutter contre l’épuisement professionnel (burn out).
Selon une enquête menée en 2025 par l’association Beyond Blue, un salarié australien sur deux est confronté au burn out, les jeunes et les parents étant les plus exposés.
Dans notre étude, la directrice générale d’une entreprise de taille intermédiaire spécialisée dans les technologies de santé a ainsi souligné l’importance de préserver l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, ainsi que de mettre en place des stratégies de prévention du burn out pour les salariés.
Selon elle, les principaux indicateurs permettant d’évaluer le succès de la semaine de quatre jours étaient le taux de départs des salariés, l’absentéisme, ainsi que le nombre d’arrêts maladie ou de journées d’absence liées à la santé mentale provoquées par le burn out.
Une autre dirigeante, à la tête d’une entreprise de taille intermédiaire du secteur financier, résume ainsi sa démarche :
« Nous nous sommes dit qu’il était un peu hypocrite d’encourager chaque jour nos clients à mieux vivre si nous n’appliquions pas nous-mêmes ces principes au sein de notre entreprise. »
Cup of Couple/Pexels
Le bilan
Au moment de nos entretiens, réalisés entre le début de l’année 2023 et la fin de l’année 2024, 14 des 15 entreprises participantes appliquaient toujours le modèle « 100:80:100 », soit en prolongeant leur phase d’essai, soit en l’adoptant définitivement. Certaines reconnaissaient être encore au début de l’expérience. À l’inverse, l’une d’entre elles fonctionnait déjà selon ce modèle depuis près de huit ans.
Une seule entreprise a finalement renoncé à la semaine de quatre jours. Elle a toutefois expliqué que le contexte avait fortement pesé dans cette décision, l’expérimentation ayant coïncidé avec une période de profonds changements au sein de l’organisation.
S’agissant de la productivité, six des entreprises participantes ont indiqué qu’elle avait augmenté depuis l’instauration de la semaine de quatre jours. Les autres ont estimé qu’elle était restée globalement stable. Fait notable, aucune n’a signalé de baisse de productivité liée à cette nouvelle organisation du travail.
Ces évaluations reposaient sur les indicateurs choisis par chaque entreprise : chiffre d’affaires, bénéfices, respect des délais de livraison des projets ou encore Net Promoter Score, un indicateur mesurant la satisfaction et la fidélité des clients. Invitées à dresser un bilan global de l’expérience, les entreprises ont attribué au modèle une note moyenne de 8,5 sur 10.
Limites et enseignements
Notre étude présente plusieurs limites. D’abord, le modèle « 100:80:100 » que nous avons analysé est encore relativement récent, ce qui explique le nombre limité d’entreprises australiennes pouvant être étudiées. Nous prévoyons de retrouver ces mêmes entreprises dans les prochaines années afin d’évaluer si cette organisation du travail est viable sur le long terme.
Il faut également souligner que les personnes interrogées avaient, pour la plupart, joué un rôle décisif dans la mise en place de la semaine de quatre jours. Leurs réponses peuvent donc refléter un certain biais en faveur de cette expérimentation.
Malgré ces réserves, alors que le burn out au travail progresse et que les gains de productivité attendus de l’intelligence artificielle soulèvent la question de leur répartition, la semaine de quatre jours apparaît comme une piste sérieuse qui mérite d’être explorée.
John L. Hopkins ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. Les entreprises qui passent à la semaine de quatre jours sont-elles plus productives ? Une étude menée sur 15 entreprises apporte des réponses – https://theconversation.com/les-entreprises-qui-passent-a-la-semaine-de-quatre-jours-sont-elles-plus-productives-une-etude-menee-sur-15-entreprises-apporte-des-reponses-288018
