Source: The Conversation – France in French (3) – By Guy Castley, Associate Professor, School of Environment and Science, Griffith University
L’ESSENTIEL
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Près d’un billet sur six dans le monde représente un animal sauvage.
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Les oiseaux et les mammifères sont les espèces les plus souvent mises à l’honneur.
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Les espèces menacées pourraient gagner en visibilité grâce aux billets, sans garantie toutefois d’une meilleure protection.
Les billets et les pièces de monnaie contribuent à façonner notre identité nationale. Les images qui y figurent mettent en valeur des événements historiques, des personnalités importantes ou encore des avancées scientifiques, industrielles et technologiques. Elles célèbrent parfois aussi la biodiversité, notamment des plantes et des animaux emblématiques.
Dans notre nouvelle étude, nous avons analysé les représentations d’animaux sauvages figurant sur des billets de banque du monde entier. Nous voulions déterminer à quelle fréquence les espèces locales y apparaissaient et lesquelles étaient les plus souvent représentées.
Près d’un billet sur six parmi les 4 541 que nous avons analysés, provenant de 207 pays, représentait des animaux sauvages. Nous avons mis en évidence des tendances intéressantes selon les pays : des mammifères en Afrique, des oiseaux en Amérique du Sud ou encore des espèces marines dans les États insulaires. Certains pays font volontiers figurer des animaux sur leurs billets, tandis que d’autres les ignorent totalement.
Nos recherches montrent que les billets de banque pourraient contribuer à mieux sensibiliser le public à la faune sauvage. Mettre en avant des espèces menacées permettrait notamment de les faire mieux connaître. Cette démarche devrait s’inscrire dans un effort de sensibilisation plus large, destiné à mobiliser la population en faveur de la protection de la biodiversité.
Ce que nous avons découvert
Nous avons parcouru le Standard Catalog of World Paper Money, un catalogue consacré aux billets de banque du monde entier, et avons recensé toutes les représentations d’espèces animales locales figurant sur des billets émis entre 1980 et 2017.
Notre analyse a révélé une grande diversité d’animaux représentés. Dans la plupart des cas, nous avons pu identifier précisément l’espèce.
Des animaux sauvages figuraient sur plus de 15 % des 4 541 billets que nous avons examinés, provenant de 207 pays. Nous avons recensé 352 espèces différentes. Au total, nous avons recensé 883 représentations d’espèces animales locales sur 689 billets provenant de 92 pays. Les billets de 115 autres pays ne représentaient donc aucun animal sauvage.
Newbery et al., (2024)
Les oiseaux (195 espèces) et les mammifères (96 espèces) sont les animaux qui figurent le plus souvent sur les billets à travers le monde. Viennent ensuite les poissons (25 espèces), les reptiles et les invertébrés (15 espèces chacun), puis les grenouilles et les crapauds (6 espèces).
Mais d’importantes différences apparaissent selon les pays et les régions. Les billets africains représentent ainsi fréquemment des mammifères.
En Amérique du Sud et en Amérique centrale, les oiseaux sont en revanche à l’honneur, ce qui s’explique par leur plus grande diversité dans ces régions de forêts tropicales humides.
Les États insulaires représentent souvent des espèces marines, comme l’espadon, le requin-baleine ou la tortue verte. Mais leurs billets mettent également à l’honneur des espèces terrestres endémiques, que l’on ne trouve nulle part ailleurs.
Ces résultats montrent que, dans de nombreux pays, la faune locale est valorisée et participe à l’identité nationale. Certains États établissent désormais un lien explicite entre les animaux représentés sur leur monnaie, leurs valeurs et leurs aspirations.
En Afrique du Sud, la Banque centrale associe les célèbres animaux du « Big Five » représentés sur les billets à ses valeurs fondamentales :
- le rhinocéros : la protection d’un avenir commun et la responsabilité ;
- le buffle d’Afrique : l’unité et la cohésion grâce à une communication ouverte ;
- l’éléphant d’Afrique : la stabilité, la confiance et la création de liens sociaux pour préserver le respect et la confiance mutuelle ;
- le lion : le leadership et l’accompagnement nécessaires pour atteindre l’excellence ;
- le léopard : l’indépendance, l’intégrité et l’honneur.
Guy Castley
Qu’en est-il des billets australiens ?
Dans la série que nous avons analysée, seuls deux billets australiens représentaient des animaux sauvages : le billet de 5 dollars, un méliphage à bec grêle, et celui de 10 dollars, un cacatoès à huppe jaune.
Mais de nouveaux billets ont été émis depuis notre analyse. En 2019, la Banque centrale australienne a ajouté un oiseau sur chaque coupure, accompagné d’une plante — généralement une espèce d’acacia. Ces illustrations font partie des nouveaux dispositifs de sécurité des billets :
Représenter les espèces menacées
Près d’un tiers (30 %) des animaux sauvages figurant sur les billets appartenaient à des espèces menacées. Pour la plupart des groupes d’animaux, cette proportion est supérieure à celle des espèces actuellement considérées comme menacées d’extinction. Parmi les espèces représentées figurent le rhinocéros noir, l’ara canindé et la tortue imbriquée, tous trois en danger critique d’extinction.
En 2012, les Fidji ont choisi de représenter plusieurs espèces menacées sur leurs billets afin de sensibiliser le public à leur sort. Cette monnaie dite « de la faune et de la flore » est devenue si populaire que les habitants désignent souvent les billets par le nom de l’espèce qui y figure plutôt que par leur valeur. Nous avons ainsi entendu des Fidjiens dire qu’un article coûtait un kulawai — le lori à gorge rouge — plutôt que 5 dollars, ou un nanai — la cigale des Fidji — au lieu de 100 dollars.
L’Australie pourrait certainement mieux mettre en valeur, sur ses billets, sa faune unique et menacée. Les espèces actuellement représentées sont emblématiques et facilement reconnaissables, mais ne comptent pas parmi celles qui ont le plus besoin de mesures de conservation.
Certaines données, encore limitées, suggèrent que faire figurer des espèces menacées sur les billets pourrait contribuer à leur protection. Les magazines publiés par des organisations de protection de la nature utilisent par exemple souvent des images d’animaux populaires, attrayants ou connus — la « faune charismatique » — qu’ils soient menacés ou non, afin de sensibiliser le public et de recueillir des fonds. Une étude récente consacrée aux réseaux sociaux a également montré que le partage d’images d’animaux sauvages pouvait déboucher sur des actions concrètes en faveur de leur conservation. Des chercheurs ont d’ailleurs proposé que les entreprises utilisant des images d’animaux sauvages dans leurs publicités versent une contribution, par exemple sous la forme d’une redevance, qui servirait ensuite à financer des actions de protection de la nature.
Au-delà des billets de banque
Faire figurer des espèces animales sur la monnaie peut contribuer à nourrir la fierté nationale et à mieux faire connaître la faune propre à chaque pays. Mais, dans le cas des espèces menacées, rien ne garantit que cette visibilité conduise réellement à leur protection.
La représentation d’animaux sur les billets doit donc s’accompagner d’autres actions de sensibilisation à leur sort, comme des campagnes éducatives, des politiques publiques et des collectes de fonds. Des recherches supplémentaires seront nécessaires pour mesurer l’impact sur le public des représentations d’animaux sauvages sur les billets et déterminer dans quelle mesure cette visibilité peut contribuer à leur protection.
Les auteurs tiennent à saluer la contribution de Beaudee Newbery, qui a recensé et analysé les représentations d’animaux sauvages sur les billets du monde entier dans le cadre de ses recherches à l’université Griffith.
Guy Castley reçoit des financements du ministère australien du Changement climatique, de l’Énergie, de l’Environnement et de l’Eau, du ministère de l’Environnement, des Sciences et de l’Innovation du Queensland, de collectivités locales et de l’université Griffith. Il est affilié à la Glossy Black Conservancy et membre de l’Environment Institute of Australia and New Zealand, de la Society for Conservation Biology et de BirdLife Australia.
Clare Morrison reçoit actuellement des financements du ministère de l’Environnement, des Sciences et de l’Innovation du Queensland, de collectivités locales et de l’université Griffith. Elle est membre de la Society for Conservation Biology et de l’Australian Society of Herpetologists. Elle conseille également l’organisation non gouvernementale locale de protection de la nature NatureFiji-MareqetiViti, aux Fidji.
– ref. Près d’un billet de banque sur six dans le monde représente un animal sauvage – et pas toujours celui auquel on s’attendrait – https://theconversation.com/pres-dun-billet-de-banque-sur-six-dans-le-monde-represente-un-animal-sauvage-et-pas-toujours-celui-auquel-on-sattendrait-292249
