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EN DIRECT | Réunion du Conseil de sécurité sur les enfants dans les conflits

EN DIRECT | Réunion du Conseil de sécurité sur les enfants dans les conflits

Source: United Nations – in French 2
Headline: EN DIRECT | Réunion du Conseil de sécurité sur les enfants dans les conflits
Trois décennies de résolutions, de conventions et d’engagements internationaux n’ont pas suffi à protéger les enfants de la guerre. En 2025, les Nations Unies ont recensé 38 558 violations graves commises contre 24 174 enfants, un record depuis la création, en 1996, du mandat consacré aux enfants dans les conflits armés.
Le constat a dominé, lundi, une réunion du Conseil de sécurité organisée pour marquer cet anniversaire. « Pour la première fois dans l’histoire de ce mandat, les forces gouvernementales ont été responsables de la majorité des violations graves vérifiées », a déploré Vanessa Frazier, représentante spéciale du Secrétaire général de l’ONU pour les enfants et les conflits armés.
Cette évolution marque un renversement inquiétant. Les États, censés garantir le respect du droit international, figurent désormais au premier rang des auteurs de violations contre les enfants, aux côtés des groupes armés non-étatiques. Meurtres, mutilations, recrutements forcés, violences sexuelles, enlèvements, attaques contre les écoles et les hôpitaux ou entraves à l’aide humanitaire, aucune des six catégories de violations surveillées par l’ONU n’épargne les plus jeunes.
Selon l’UNICEF, plus de 70 % des enfants tués ou mutilés dans les conflits en 2025 l’ont été par des armes explosives. Les violations les plus nombreuses ont été constatées dans les territoires palestiniens, en République démocratique du Congo (RDC) et au Nigeria.
MONUSCO En Ituri, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), des enfants suivent des cours par radio à l’école primaire Saint-Luc, avec le soutien de la MONUSCO.
Des progrès rattrapés par la guerre
Le paradoxe est d’autant plus saisissant que les 30 dernières années ont produit des résultats tangibles. Plus de 220 000 enfants ont été libérés des forces et groupes armés grâce aux efforts internationaux. Plus de quarante plans d’action ont été conclus avec des parties aux conflits pour mettre fin aux violations.
En RDC, ces mécanismes ont contribué à prévenir le recrutement d’enfants par l’armée nationale. Au Nigeria, plus de 2 000 mineurs associés à une milice d’autodéfense ont été démobilisés et ont bénéficié d’un accompagnement pour leur réinsertion.
Mais parallèlement, les conflits se prolongent, les combats gagnent les zones urbaines et les moyens de destruction évoluent plus rapidement que les dispositifs de protection.
Depuis 2005, l’ONU a vérifié plus de 430 000 violations graves contre des enfants. Plus de 8 000 cas de refus d’accès humanitaire ont été recensés pour la seule année 2025, selon Catherine Russell, directrice générale de l’UNICEF, qui participait à la réunion du Conseil.
Les nouvelles technologies aggravent encore les risques. Drones, systèmes d’armes autonomes et intelligence artificielle permettent d’accélérer les opérations militaires, tout en éloignant les décideurs humains de l’usage de la force.
Sur internet, les groupes armés disposent également de nouveaux moyens pour recruter et exploiter des mineurs. Le 19 octobre, le Conseil de sécurité a adopté à l’unanimité une résolution destinée à mieux prévenir ces pratiques.
Pour Jainaba Jagne, envoyée spéciale de l’Union africaine sur la question, les entreprises technologiques doivent elles aussi être mises devant leurs responsabilités, notamment en matière de prévention des risques et de protection des données des enfants.
« L’espace numérique ne doit pas devenir un nouveau front sur lequel la protection des enfants pris dans les conflits serait encore davantage compromise », a-t-elle insisté.
© OCHA / Adedeji Ademigbuji Une mère prend soin de son bébé dans un centre de lutte contre la malnutrition dans l’État de Borno, au Nigeria.
L’impunité et le désengagement financier
À ces menaces s’ajoute la diminution des financements.
Durant la réunion du Conseil, Bethany Ellis, directrice de l’ONG Watchlist on Children and Armed Conflict, a dénoncé les coupes budgétaires qui frappent les programmes de réinsertion, l’accompagnement psychologique et les organisations locales chargées de documenter les violations.
Elle a également appelé les États à revoir leurs relations avec les gouvernements impliqués dans ces exactions, notamment en mettant fin aux transferts d’armes vers les parties qui violent le droit international.
Pour Vanessa Frazier, la représentante spéciale pour les enfants et les conflits armés, la priorité n’est donc plus d’accumuler les engagements, mais de les appliquer. « Le dialogue et la diplomatie peuvent ouvrir des portes », a-t-elle estimé. « Notre responsabilité est de saisir ces occasions pour obtenir des changements. Le dialogue ne doit jamais se substituer à l’action ».
Trente ans après le rapport fondateur de Graça Machel, qui avait placé le sort des enfants au cœur des préoccupations internationales et conduit à la création du poste actuellement occupé par Mme Frazier, la question n’est plus de savoir si les Nations Unies disposent des instruments nécessaires. Elle est de savoir si les États accepteront de les utiliser, y compris contre leurs propres alliés.
Comme l’a rappelé Catherine Russell, les enfants pris dans les conflits actuels ne peuvent pas attendre 30 années supplémentaires pour bénéficier de la protection qui leur a été promise.
Retrouvez les temps forts de la réunion du Conseil grâce à la couverture en direct assurée par la Section de la couverture des réunions des Nations Unies :

MIL OSI