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Yémen : plus de 300 000 nouveaux déplacés et la troisième ville du pays coupée du monde

Yémen : plus de 300 000 nouveaux déplacés et la troisième ville du pays coupée du monde

Source: United Nations – in French 2
Headline: Yémen : plus de 300 000 nouveaux déplacés et la troisième ville du pays coupée du monde
2 novembre 2026 Aide humanitaire

Plus de 300 000 personnes ont fui les combats dans l’ouest du Yémen, presque toutes au cours des deux derniers mois, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Dans la ville de Taëz, désormais coupée de tout approvisionnement, les prix s’envolent, les hôpitaux menacent de fermer et le choléra progresse.

Une nouvelle catastrophe humanitaire est en cours au Yémen, un pays déjà ravagé par plus d’une décennie de guerre civile. À Taëz, troisième ville yéménite dans le Sud-Ouest, les routes sont fermées, les marchandises ne passent plus et les hôpitaux commencent à manquer de tout. Les combats qui encerclent la ville ont fait tripler, voire quintupler, le prix des produits de première nécessité. Pour les habitants qui n’ont pas fui, se nourrir devient un luxe. Se soigner, un parcours d’obstacles.
L’alerte, lancée dimanche par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), donne la mesure d’une crise qui s’aggrave rapidement. Plus de 300 000 personnes ont été contraintes de quitter leur foyer dans l’ouest du pays, presque toutes depuis le début septembre. Un nouvel exode qui vient grossir les rangs des 5,2 millions de personnes déjà déplacées dans ce pays d’environ 42 millions d’habitants.
« Après des années de conflit, les familles yéménites sont de nouveau contraintes de fuir, souvent avec pour seuls biens les vêtements qu’elles portent », a déclaré Abdusattor Esoev, chef de mission de l’OIM au Yémen. « Elles ont un besoin urgent d’abris, de nourriture, d’eau potable et de soins de santé ». 
L’escalade entre les revelles houthistes, soutenus par l’Iran, et le gouvernement internationalement reconnu basé à Aden, dans le Sud-Ouest, a débuté au mois de septembre, mettant fin au calme relatif instauré par une trêve en 2022. Sans financements supplémentaires, l’OIM a indiqué que des milliers de familles risquent d’être privées d’une aide vitale.
© Human Access / Ahmed Ameen Le site de déplacés d’Al-Firdaws dans le gouvernorat d’Aden, au Yémen.
Taëz, une ville à court de tout
La situation est particulièrement critique à Taëz, où les combats ont coupé l’ensemble des routes d’accès, selon l’ONU. Lundi, à New York, le porte-parole de l’organisation, Stéphane Dujarric, a indiqué que près de 250 000 personnes avaient perdu l’accès aux soins essentiels, parmi lesquelles plus de 186 000 enfants de moins de 5 ans et 23 000 femmes enceintes.
Une douzaine d’hôpitaux risquent de fermer leurs portes et ont déjà réduit leurs activités, faute de carburant et de matériel médical. En une seule semaine, plus de 1 400 cas de diarrhée aiguë et de choléra présumé ont été signalés. À la pénurie alimentaire s’ajoute désormais la menace d’une crise sanitaire.
L’exode déborde largement les limites de la ville. Depuis début octobre, plus de 43 000 personnes ont fui le district d’Al-Madaribah Wa Al-Aarah, dans le gouvernorat de Lahj, soit le déplacement le plus important enregistré dans un district du pays. Plus au sud, Aden accueille désormais plus de 56000 déplacés.
Face à l’urgence, les organisations humanitaires tentent de maintenir les services essentiels. Cinq équipes médicales mobiles de l’OIM interviennent dans quatre gouvernorats. La semaine dernière, elles ont assuré près de 1 000 consultations. Le bureau des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) prépare, avec ses partenaires sanitaires, un plan d’urgence de 90 jours pour maintenir les soins vitaux et renforcer la surveillance des maladies.
© PAM / Sara Cuevas Gallardo De la nourriture d’urgence est distribuée à Lahj, l’un des principaux foyers de déplacements de population en raison de l’escalade du conflit au Yémen.
Une aide entravée, des besoins qui explosent
Mais l’ampleur des besoins dépasse les moyens disponibles. L’OIM réclame 45 millions de dollars (environ 39 millions d’euros) pour financer ses opérations au cours des six prochains mois, notamment la distribution d’abris, l’accès à l’eau potable et les soins médicaux.
Les organisations humanitaires ont déjà fourni une assistance alimentaire, des produits d’hygiène et des aides financières d’urgence à plus de 254 000 déplacés. Encore faut-il pouvoir atteindre les populations : les restrictions d’accès et les combats compliquent les opérations de secours, particulièrement autour de Taëz.
Lundi, le responsable des opérations humanitaires de l’ONU, Tom Fletcher, s’est entretenu avec la ministre yéménite des affaires étrangères, Afrah Abdulaziz Saleh Alzouba, pour évoquer les déplacements de population et la nécessité de rétablir l’accès humanitaire.
La crise se déroule dans un climat de tensions croissantes entre l’ONU et les autorités houthistes de facto. Samedi, le Secrétaire général, António Guterres, a condamné la mort en détention de Mohammad El Shami, employé du Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH) arrêté en juin 2024. Le chef de l’ONU a réclamé une enquête indépendante. Au total, 70 employés de l’ONU et cinq anciens membres de son personnel restent arbitrairement détenus.
Alors que les besoins humanitaires s’accumulent, l’ONU appelle toutes les parties à protéger les civils et à garantir un accès sûr et sans entrave à Taëz. Pour les habitants pris au piège, l’urgence n’est plus seulement de fuir les combats, mais de pouvoir survivre sans fuir.

MIL OSI