Post

Après les élections de mi-mandat, l’échec de la promesse de Trump d’une énergie moins chère

Après les élections de mi-mandat, l’échec de la promesse de Trump d’une énergie moins chère

Source: The Conversation – France (in French) – By Sophie Méritet, Professeure en sciences économiques et VP International, Université Paris Dauphine – PSL


L’ESSENTIEL

  • Les élections de mi-mandat (midterms) ont vu la victoire des démocrates. Ces derniers avaient fait du coût de la vie – et en particulier de l’énergie – le cheval de bataille de leur campagne.

  • On se souvient du slogan « drill, baby, drill » proclamé par Donald Trump lors de l’investiture de son second mandat en janvier 2025. En ouvrant grand les vannes de la production de gaz et d’hydrocarbures, il entendait faire baisser les prix pour le consommateur américain. Cela n’a pas fonctionné, car les prix des carburants dépendent surtout des cours internationaux, qui ont explosé du fait de la guerre en Iran, et le prix de l’électricité ne dépend que très partiellement du prix du gaz.

  • Dans un contexte où les équilibres locaux entre production et consommation d’électricité aux États-Unis sont notamment chamboulés par la construction de nouveaux datacenters, les démocrates vont avoir du pain sur la planche pour début 2027.


À son retour à la Maison-Blanche en novembre 2024, Donald Trump avait misé sur une hausse de la production de pétrole et de gaz pour rendre l’énergie moins chère. Près de deux ans plus tard, la production d’hydrocarbures atteint des niveaux records, mais les ménages américains paient l’essence et l’électricité plus cher qu’en 2024.

Le décret Unleashing American Energy, signé le 20 janvier 2025, devait associer puissance nationale et énergie bon marché. En octobre 2026, l’Energy Information Administration (EIA), une agence fédérale américaine indépendante rattachée au département de l’énergie des États-Unis, prévoyait un record de 13,9 millions de barils par jour contre 13,7 millions en 2025 et une nouvelle hausse de la production de gaz.

Le 3 novembre, lors des élections de mi-mandat (midterms) les démocrates ont remporté la majorité à la Chambre des représentants et au Sénat. Le coût de la vie figurait parmi les principales préoccupations des électeurs interrogés par Associated Press.

De fait, les prix de l’essence et du diesel sont exposés aux cours mondiaux du pétrole, tandis que le gaz ne représente qu’une seule partie du prix de l’électricité.

Le pétrole américain reste soumis au marché mondial

Le pétrole produit par les États-Unis est principalement du pétrole du bassin permien (situé dans l’ouest du Texas et le sud-est du Nouveau-Mexique aux États-Unis, première région productrice d’hydrocarbures des États-Unis). Mais ce pétrole se vend sur un marché mondial.

Malgré les écarts de prix liés au transport et à la qualité du brut, un choc d’offre négatif sur la production de pétrole au Moyen-Orient peut accroître les revenus des producteurs texans… tout en pénalisant les automobilistes de l’Ohio au moment où ils doivent passer à la pompe.

En septembre 2026, le cours du Brent s’établissait à 114 dollars le baril en moyenne. Les conflits en cours au Moyen-Orient ont réduit l’offre et renchéri le transport maritime. Aux États-Unis, la hausse du brut et les tensions sur le raffinage ont fait remonter le prix à la pompe. Le gallon était déjà passé de 3,31 dollars en 2024 à 3,10 en 2025  ; l’EIA table sur 3,91 dollars en 2026, soit 18 % de plus qu’en 2024.




À lire aussi :
Du détroit d’Ormuz à l’Europe : comprendre la rapidité de la propagation de l’insécurité énergétique


Un gaz abondant ne suffit pas à contenir la facture d’électricité

Entre 2025 et 2026, l’EIA prévoit un léger recul du prix de référence du gaz, de 3,53 à 3,48 dollars par million de BTU (unité de mesure anglo-saxonne de l’énergie thermique, qui équivaut à environ 0,293 wattheure). Le prix résidentiel moyen de l’électricité devrait passer de 17,3 à 18,2 cents par kilowatt-heure, contre 16,5 en 2024, soit environ 10  % de hausse en deux ans, en dollars courants. Autrement dit : la baisse des prix du gaz ne se transmet pas mécaniquement au tarif payé par les ménages.

L’abondance du gaz ne garantit d’ailleurs pas non plus un prix bas  : son prix de référence devrait passer de 2,19 dollars en 2024 à 3,48 dollars en 2026. Grâce aux nouveaux terminaux méthaniers et à leurs extensions, les exportations américaines de gaz naturel liquéfié (GNL) ont progressé de 23  % sur un an au premier semestre 2026. Ces débouchés supplémentaires peuvent soutenir le prix du gaz américain, même si les contraintes de transport et les capacités limitées de liquéfaction du gaz limitent son alignement sur les tarifs plus élevés pratiqués en Europe ou en Asie.

De plus, le poids du gaz dans le tarif de l’électricité va dépendre du parc de production local. En effet**, les ménages paient aussi l’acheminement, l’entretien des réseaux et la disponibilité des moyens de production aux heures de pointe. Or, les coûts et les règles tarifaires varient selon les États. En août 2026, le kilowatt-heure coûtait 12,87 cents en Louisiane, contre 29,75 en Californie.

Les décisions fédérales peuvent aussi peser sur le coût des réseaux. Les droits de douane sur l’acier, l’aluminium et certains transformateurs importés peuvent renchérir les équipements, avec un effet sur les tarifs qui dépend des coûts effectivement répercutés.

Dans l’est et le centre du pays, le marché régional de PJM (la plus grande organisation de transport d’électricité aux États-Unis) illustre le coût de la disponibilité aux heures de pointe  : les moyens disponibles peinent à suivre la hausse de la demande attendue, notamment celle des centres de données. Il en découle une augmentation des prix de l’électricité pour le consommateur à certaines heures.

C’est ce qui a conduit le gouverneur de Pennsylvanie Josh Shapiro à demander un accord avec PJM en avril 2025 pour mettre en place un prix plafonné, finalement approuvé par le régulateur fédéral. L’enchère de juillet, pour la période de juin 2026 à mai 2027, a atteint ce plafond de 329,17 dollars par mégawatt-jour, ce qui a donc limité la hausse. Mais la répercussion sur les factures varie selon les territoires et les fournisseurs.

Au Texas, le solaire et les batteries bousculent les choix énergétiques

Le gaz domine la production d’ERCOT (qui exploite le réseau électrique du Texas) entre 2021 et 2025, avec une part de 44  % en moyenne. Dans le même temps, le solaire est passé de 4  % à 12  %, tandis que le charbon reculait de 19  % à 13  %. Surtout, le Texas concentre, en 2026, 53  % des nouvelles capacités de batteries prévues aux États-Unis, soit 12,9 gigawatts (GW).

La production d’électricité solaire pourrait dépasser la production d’électricité à partir de charbon au Texas pour la première fois en 2026.
U.S. Energy Information Administration, Short-Term Energy Outlook, Table 7d, Fourni par l’auteur

Le démocrate James Talarico, élu au Sénat fédéral le 3 novembre 2026 pour représenter le Texas, a défendu pendant sa campagne les emplois pétroliers et gaziers ainsi que le développement de l’éolien, du solaire et de la géothermie. Il a aussi proposé d’élargir l’aide aux factures d’énergie des ménages modestes et de suspendre temporairement la taxe fédérale sur l’essence. Cette taxe représente 18,4 cents par gallon, soit un peu plus de 4  % de son prix en septembre 2026 (4,35 dollars).

Au Texas, le débat sur l’équilibre entre l’offre et la demande d’électricité porte à la fois sur les capacités de production et sur le raccordement des gros consommateurs.




À lire aussi :
Qu’est-ce qu’un centre de données ou « data center » ? Pourquoi ces infrastructures soulèvent-elles tant de débats ?


Ce que la victoire démocrate change pour la politique énergétique

À partir du 3 janvier 2027, la majorité démocrate pourra bloquer de nouveaux textes et peser sur le budget. Au Sénat, leur majorité pourra aussi refuser de confirmer certains candidats proposés par Donald Trump à la tête des agences fédérales chargées de l’énergie.

Chuck Schumer, chef des démocrates au Sénat, propose de rétablir les crédits d’impôt pour l’éolien et le solaire. En cas d’obstruction sur un texte ordinaire, il faut généralement 60 voix pour clore le débat. La réconciliation budgétaire, utilisée en juillet 2025, permet d’adopter les mesures admissibles à la majorité simple.

Trump conserve toutefois un droit de veto, y compris sur un texte de réconciliation. Passer outre exige deux tiers des voix dans chaque chambre. Il peut aussi agir par décret, par exemple sur les procédures fédérales d’autorisation, dans le cadre de la promulgation d’une loi.

Rétablir les crédits d’impôt par la voie législative paraît donc peu probable d’ici 2029 sans accord avec Trump. Le principal levier démocrate sera la négociation budgétaire, avec la possibilité de bloquer un texte.

En matière d’énergie, les États gardent la main sur l’implantation des équipements, la distribution et la régulation des tarifs de détail. Les aides fédérales et les choix régionaux d’infrastructure pèseront ensemble sur les factures.

Les factures de cet hiver 2026-2027 montreront l’ampleur de la pression financière qui pèse sur les ménages. Au printemps 2027, les arbitrages budgétaires diront quelle place le Congrès accordera aux aides directes et au financement des infrastructures. Les prix à la pompe resteront exposés aux chocs mondiaux, tandis que les réseaux et les capacités de production continueront de peser sur les tarifs électriques, de façon différente selon les États.

Trump promettait une énergie moins chère en produisant davantage (« drill, baby, drill »). Mais le prix final payé par le consommateur dépend aussi des coûts d’infrastructure. La bataille politique à venir portera sur la part de ces coûts que les ménages devront assumer.

The Conversation

Sophie Méritet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Après les élections de mi-mandat, l’échec de la promesse de Trump d’une énergie moins chère – https://theconversation.com/apres-les-elections-de-mi-mandat-lechec-de-la-promesse-de-trump-dune-energie-moins-chere-295899

Original source: https://submissions.mil-osi.com/2026/11/04/apres-les-elections-de-mi-mandat-lechec-de-la-promesse-de-trump-dune-energie-moins-chere-295899/