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Midterms 2026 : le populisme à l’épreuve de la démocratie

Midterms 2026 : le populisme à l’épreuve de la démocratie

Source: The Conversation – France in French (3) – By Élisa Chelle, Professeure des universités en science politique, Université Paris Nanterre

Les élections de mi-mandat se sont soldées par un sérieux revers pour le parti républicain. La politologue Élisa Chelle, auteure de La démocratie à l’épreuve du populisme : les leçons du trumpisme (Odile Jacob, 2025), analyse les recompositions ayant contribué à cette victoire démocrate, ainsi que les limites du populisme au sein même de la démocratie américaine.

The Conversation : Ces midterms peuvent-elles être considérées comme un référendum anti-Trump ?

Élisa Chelle : En partie, oui. Les enquêtes montrent que 40 à 50 % des électeurs se sont déplacés avant tout pour voter contre Donald Trump. Une proportion à peu près équivalente a voté indépendamment de lui, tandis que le reste s’est plutôt mobilisé pour le soutenir. Cette dimension anti-Trump s’est aussi traduite par une participation inhabituelle pour des élections de mi-mandat : 49,4 %, contre 30 à 40 % habituellement. Il y a donc eu une mobilisation supplémentaire dans les urnes, notamment à travers le vote anticipé, qui a bénéficié aux démocrates. Six
millions de leurs électeurs avaient boudé les bureaux de vote à la présidentielle de 2024. Le style de Trump et la conjoncture actuelle les ont remobilisés.

Pour Trump, cette défaite est d’autant plus coûteuse qu’il avait personnellement placé ces élections sur le terrain plébiscitaire. Il avait fait de sa victoire de 2024 dans les six États pivots qu’il avait perdus en 2020 un véritable titre de légitimité. Or les midterms constituent traditionnellement un moment où le mandat électoral du président s’effrite. Cette fois, il perd les deux Chambres, ce que l’on n’avait plus vu depuis George W. Bush en 2006. Pour un président qui cherche à incarner personnellement le pouvoir et la volonté du peuple, le revers est particulièrement sensible.

Au-delà du rejet de Trump, qu’est-ce qui a motivé le vote ?

É. C. : La politique économique me paraît prédominante. La corruption a été évoquée, notamment dans certaines élections locales, mais elle ne constitue pas le facteur majeur. Les élections de mi-mandat sont nationalisées, mais il faut aussi examiner les configurations locales et les candidats. Au Texas, par exemple, la victoire de James Talarico est aussi la défaite de Ken Paxton, candidat traînant des dossiers de corruption imposé par Trump contre l’establishment républicain local.

Il reste que les questions socio-économiques touchent les électeurs de manière transversale, qu’il s’agisse des indépendants, des indécis ou des agriculteurs. Dans les États ruraux, l’inflation a directement affecté la vie quotidienne et l’activité économique.

Trump avait fait de grandes promesses, dans un style maximaliste typique du populisme. Or les Américains ont vu augmenter le coût des carburants, de l’alimentation et du logement. La hausse des taux d’intérêt rend également l’accès à la propriété plus difficile. Aux États-Unis, où les amortisseurs de l’État social sont beaucoup moins importants qu’en Europe, la sécurité matérielle des individus, leur capacité à nourrir leur famille, à se soigner ou à préparer leur retraite dépendent beaucoup plus directement de la santé de l’économie et du marché.

Vous soulignez un autre facteur, moins souvent évoqué : les migrations intérieures provoquées par le coût de la vie. Quel rôle ont-elles joué dans la recomposition de la carte électorale ?

É. C. : Environ quatre millions d’Américains ont quitté de grands États démocrates depuis le Covid. Sous la pression de prix immobiliers et de taux d’imposition élevés, ils partent des centres urbains de la Californie, de l’Illinois, de New York ou du Massachusetts pour s’installer dans les banlieues ou dans les États ruraux, plus abordables.

Les États-Unis sont un pays fédéral où une partie de la fiscalité dépend des États et des collectivités. La mobilité y est très importante : on peut déménager à plusieurs milliers de kilomètres tout en restant dans le même pays et le même ensemble culturel. Avec le développement du télétravail depuis le Covid, certains actifs ont une moindre pression à vivre dans l’État dans lequel se situent leurs employeurs, qui ont eux-mêmes dû fermer des bureaux en raison de coûts trop élevés.

Leurs destinations sont souvent des États républicains, moins densément peuplés et où les prix et la fiscalité sont plus avantageux. Ces nouveaux arrivants ne changent pas leurs préférences politiques en déménageant. On voit ainsi apparaître des États rouges (républicains) avec des enclaves bleues (démocrates). Le Texas en est un exemple : Austin, ville universitaire, constitue une enclave démocrate dans un État très conservateur. Les équilibres électoraux évoluent et l’image de certains États qui seraient solidement républicains se nuance.

C’est un phénomène important, encore peu cité, même s’il n’est évidemment pas le seul facteur. L’offre électorale et les profils des candidats comptent également.

Justement, les candidats démocrates ont parfois semblé plus proches des préoccupations quotidiennes des électeurs que leurs adversaires républicains. Comment l’expliquez-vous ?

É. C. : Donald Trump a lui-même gagné en son temps en se présentant comme un outsider, un entrepreneur qui n’appartenait pas au sérail politique. Mais il a longtemps eu des difficultés à constituer un réseau étoffé de responsables politiques et administratifs qu’il pouvait nommer à des postes clés. Pour ces midterms, il a beaucoup pesé sur les primaires républicaines afin d’imposer des candidats dont il privilégiait la loyauté personnelle, sans que ceux-ci soient nécessairement les mieux placés pour l’emporter. Gagner une primaire n’est pas gagner une élection.

Il y a eu plusieurs erreurs de casting. Dans le Michigan, par exemple, le candidat républicain, très aligné sur Trump, défendait les droits de douane et sa politique militaire, alors que ces orientations pouvaient difficilement convaincre les électeurs d’un État industriel particulièrement exposé aux conséquences économiques des tarifs douaniers et de la situation en Iran. Dans les circonscriptions où il était clair que la victoire se jouerait à peu de chose, les candidats républicains ont d’ailleurs souvent tenté de prendre leurs distances avec Trump, sans pouvoir rompre complètement avec sa base MAGA.

Du côté démocrate, on a davantage joué la carte du renouvellement générationnel et professionnel. Beaucoup de candidats victorieux sont des démocrates centristes, qui ont exercé une activité civile et peuvent donner le sentiment d’être au contact des préoccupations de la population. Ils apparaissent crédibles parce qu’ils ne viennent pas exclusivement de l’univers de la politique professionnelle.

Les démocrates classés très à gauche, ceux qu’on appelle les progressistes dans la typologie habituelle, ont également réalisé des percées. Cela signifie-t-il que le parti a trouvé un nouveau discours autour des questions sociales ?

É. C. : Il est vrai que l’aile gauche du parti démocrate a remporté quelques sièges à la Chambre des représentants et au Sénat. Il est intéressant de noter que, durant leurs campagnes respectives, ces candidats ont surtout insisté sur le coût de la vie, dans la foulée de la campagne municipale victorieuse de Zohran Mamdani à New York l’année dernière.

Il existe au sein du parti une tension entre les préoccupations matérielles – le pouvoir d’achat, le logement, les conditions de vie – et les enjeux postmatériels, comme la défense des minorités ou le climat. Pour ces élections, les démocrates, de gauche comme du centre, ont su s’aligner sur la question du coût de la vie, en mettant provisoirement de côté leurs divergences idéologiques.

Que peut-on attendre des deux dernières années du mandat Trump, à présent que les démocrates sont maîtres des deux Chambres ?

É. C. : Les Congrès américains sont généralement moins productifs et plus conflictuels après les élections de mi-mandat. Les démocrates vont notamment tenter de relancer des enquêtes parlementaires sur l’affaire Epstein, la corruption et l’enrichissement personnel de Trump, notamment à travers les cryptomonnaies.

Pour autant, une destitution de Trump paraît hors de portée : il faudrait réunir une majorité des deux tiers au Sénat, et de toute façon, la procédure aboutirait à son remplacement par son vice-président J. D. Vance, ce à quoi les démocrates n’ont pas grand intérêt.

Enfin, le président conserve d’importantes prérogatives : les décrets présidentiels, le droit de veto, le droit de grâce, une partie des droits de douane et une grande latitude en politique étrangère. Avec une Cour suprême à majorité conservatrice, il pourra continuer à s’appuyer sur une conception extensive des pouvoirs de l’exécutif et sur l’appareil administratif.

Les démocrates chercheront à défaire une partie de son héritage, mais ils devront aussi faire attention à ne pas transformer l’instrument judiciaire en instrument de revanche politique, ce qu’ils ont précisément reproché à Trump. On peut donc s’attendre à deux années particulièrement conflictuelles. Le paradoxe, c’est que, maintenant qu’ils ont les deux Chambres, les démocrates devront eux aussi assumer un bilan au moment de la présidentielle de 2028. La question sera alors de savoir à qui imputer la situation économique et militaire du pays à l’approche des prochaines élections, dont le top départ a été officieusement lancé avec ces midterms.


Propos recueillis par Grégory Rayko.

The Conversation

Élisa Chelle a reçu des financements de l’Institut universitaire de France.

– ref. Midterms 2026 : le populisme à l’épreuve de la démocratie – https://theconversation.com/midterms-2026-le-populisme-a-lepreuve-de-la-democratie-296086

Original source: https://submissions.mil-osi.com/2026/11/07/midterms-2026-le-populisme-a-lepreuve-de-la-democratie-296086/