Les francophones s’anglicisent-ils vraiment au Québec ? Les chiffres disent que non

Source: The Conversation – in French – By Calvin Veltman, Professeur titulaire (retraité), ÉSG-UQAM, sociolinguiste, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Une foule aux Francofolies de Montréal.
Les communautés anglophones et francophones sont stables au Québec et les transferts linguistiques sont peu nombreux.
(Shutterstock)

La langue française est-elle vraiment en recul au Québec, comme semblent en conclure certaines recherches ? Depuis le recensement canadien de 1971, le statisticien Charles Castonguay sonne l’alarme sur l’anglicisation de la population francophone. Dans son essai Le français en chute libre, publié en 2020, il soutient que l’anglais poursuit inexorablement son ascension d’un recensement à l’autre.

Dans mon précédent article publié plus tôt ce mois-ci sur La Conversation, je démontrais que le français est en bien meilleure situation au Québec en 2016 qu’en 1971, c’est-à-dire avant l’adoption de la loi 101, bien qu’en léger recul depuis 2001 : l’indice RFA (soit la part du français divisée par la somme de la part du français et de l’anglais), est en effet en baisse de 87,8 % à 87,0 %.

Dans cet article, je vais plus loin en décortiquant scrupuleusement certaines statistiques. Sociologue et sociolinguiste, j’ai publié de nombreuses études sur la mobilité linguistique aux États-Unis, au Québec et en Alsace.




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Une mauvaise interprétation des statistiques

Lorsqu’il est question de l’anglicisation des francophones, on comprend que les « anglicisés » sont des francophones « devenus » membres de la collectivité de langue anglaise.

Pour pouvoir évaluer l’ampleur du phénomène, ce tableau présente les données nécessaires au calcul des taux d’anglicisation :

Langues parlées en 2001 et répartition de la croissance de la population, langue maternelle française, Québec, 2001 à 2016.
Calvin Veltman, Author provided

Ainsi, selon les démolinguistes, sont donc « anglicisés », en 2001 :

(1) les 22 630 personnes qui ne parlent que l’anglais à la maison, soit 31,1 % de l’ensemble ;

(2) les 36 735 individus qui parlent le plus souvent l’anglais à la maison mais qui, en revanche, parlent régulièrement leur langue maternelle, soit 50,4 % des « anglicisés » ;

(3) la moitié des personnes déclarant le bilinguisme intégral français/anglais comme langue d’usage (0,5 * 26 970 = 13 485), soit 18,5 % du groupe.

Il y aurait donc 72 850 personnes anglicisées, soit un taux de 1,3 %. Le calcul similaire sur les données de 2016 indique 94 170 anglicisés, soit un taux de 1,5 %.

Pour faire grimper ce taux de 1,3 % à 1,5 %, le taux effectif pendant la période 2001 à 2016 était de 4,7 % (21 320/456 400). Si ce taux reflétait la réalité sociolinguistique, il faudra conclure que les francophones sont en train d’abandonner le français !

Mais est-ce possible que ce grand nombre d’anglicisés ne le soit pas réellement ?

Des chiffres trompeurs

Parmi les francophones ayant adopté l’anglais comme langue d’usage principale, la très grande majorité parle toujours le français à la maison. Lorsqu’on considère la croissance de l’anglicisation de 2001 à 2016, il n’est question d’unilinguisme que dans 17,3 % des cas. Autrement dit, presque tous les nouveaux anglicisés parlent toujours le français à la maison !

Faisons l’hypothèse que les francophones qui ne parlent plus le français à la maison sont devenus de « vrais anglophones ». Mais qu’en est-il des 67 855 autres « anglicisés » qui parlent toujours le français à la maison ? Sont-ils devenus aussi de « vrais anglophones » ? Pour évaluer cette éventualité, il nous faut un critère qui nous permettrait d’évaluer la justesse de cette hypothèse.

En voici un : le « vrai anglophone » aura des enfants de langue maternelle anglaise. Logiquement, si les enfants sont de langue maternelle française, c’est parce que les parents n’ont jamais quitté le groupe francophone.

La langue maternelle, plus importante que la langue d’usage

Un ficher du recensement canadien de 2016 nous permet de tester deux hypothèses :

(1) les parents anglicisés, selon les démolinguistes, ont définitivement quitté le groupe francophone ;

(2) la langue d’usage des parents détermine la langue maternelle des enfants.

Dans ce fichier, nous avons isolé un échantillon d’enfants ayant deux parents de langue maternelle française. Lorsque les deux parents déclaraient parler tous les deux l’anglais comme langue principale, seulement 45,6 % des enfants étaient eux-mêmes de langue maternelle anglaise. La majorité était de langue maternelle française, indiquant que leurs parents n’ont jamais été vraiment anglicisés.

Quand les deux parents parlaient français et anglais, seulement 10,3 % des 1 500 enfants se disaient de langue maternelle anglaise. Autrement dit, ajouter la moitié de tels parents dans le groupe d’anglicisés n’a aucun sens !

Ces données infirment l’hypothèse que la langue d’usage des parents déterminerait définitivement la langue maternelle des enfants ; au contraire, la langue maternelle des parents serait un facteur encore plus important que la langue d’usage.

Nous concluons donc que la plupart des francophones « anglicisés » n’ont pas quitté le groupe francophone. En fait, ils n’étaient pas vraiment anglicisés. Par ailleurs, en éliminant 89,7 % des personnes bilingues et 54,6 % des personnes ayant adopté l’anglais comme langue principale d’usage, nous avançons un taux d’anglicisation de 0,6 % en 2016, nettement inférieur au taux cité plus haut de 1,5 %.

L’étude des parents « francisés » de langue maternelle anglaise repose sur des données plus réduites, mais elle confirme la thèse d’une plus grande stabilité de la langue maternelle.

Des 445 enfants ayant des parents qui parlent le français comme langue d’usage à la maison, 61,8 % sont de langue maternelle anglaise ; avec deux parents bilingues, 66,7 % sont de langue maternelle anglaise et 9,1 % de langue maternelle tant française qu’anglaise. La nouvelle estimation du taux de francisation serait d’environ 4,3 %, au lieu de 10,8 % calculé selon la méthode traditionnelle.

L’anglicisation des francophones est largement illusoire

Bref, la plupart des francophones ayant fait un transfert linguistique à l’anglais, selon les calculs traditionnels des démolinguistes, ne sont pas anglicisés, tout comme la plupart des anglophones francisés ne le sont pas véritablement.

En fait, ces deux communautés sont beaucoup plus stables que ne le laissent croire les calculs réalisés par les démolinguistes. Et qui dit plus grande stabilité, dit aussi pérennité…

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ref. Les francophones s’anglicisent-ils vraiment au Québec ? Les chiffres disent que non – https://theconversation.com/les-francophones-sanglicisent-ils-vraiment-au-quebec-les-chiffres-disent-que-non-185105

MIL OSI – Global Reports

Qu’est-ce qui nous rend accros à TikTok ?

Source: The Conversation – in French – By Patricia Durán-Álamo, Profesor del Departamento del Área de Comercialización e Investigación de Mercados en la UAH, Universidad de Alcalá

Ti Vla / Shutterstock

L’environnement numérique dans lequel nous baignons, et en particulier les réseaux sociaux, ont complètement transformé la façon dont nous interagissons.

Facebook, Twitter, Instagram et WhatsApp sont des plates-formes sur lesquelles utilisateurs communiquent non seulement avec leurs amis et leur famille, mais aussi avec des marques et des organisations publiques, créant un écosystème qui fait désormais partie de la société.

Dans ce contexte et au cours des dernières années, TikTok – un réseau social lancé en septembre 2016 par l’entreprise chinoise ByteDance pour le marché non chinois dont l’objectif est de créer et de partager de courtes vidéos – s’est positionné comme l’une des applications les plus utilisées dans le monde, notamment auprès des jeunes. En effet, elle est devenue l’application la plus téléchargée dans le monde en 2020 et aux États-Unis elle a réussi à dépasser Instagram en termes de popularité auprès de la génération Z. Ces données démontrent la croissance rapide de l’industrie des plates-formes qui proposent le visionnage et la création de vidéos de courte durée.

La popularité de ces outils en fait un phénomène d’étude ; l’une des approches les plus courantes des réseaux sociaux, tant dans le milieu universitaire que dans le monde professionnel, est celle de l’adhésion. Il s’agit de savoir comment, dans le monde numérique, on gère l’engagement des utilisateurs, en les motivant à passer de plus en plus de temps sur une plate-forme.

Qu’est-ce qui nous attire ?

Des recherches antérieures ont montré que trois variables influent directement sur le nombre d’heures qu’un utilisateur passe sur ces plates-formes, c’est-à-dire le degré d’attachement qu’il leur porte.

La première variable étudiée est l’existence d’une motivation constante, comprise comme celle qui conduit l’utilisateur à continuer à utiliser la plate-forme et qui est une extension de la demande pour le réseau social. Cette motivation constante est directement liée à la satisfaction éprouvée lors de l’utilisation des réseaux sociaux, ainsi qu’à celle générée par la réception de commentaires positifs, de likes ou d’autres récompenses dans cet environnement.

Les utilisateurs cherchent à partager du contenu et aussi à se sentir validés.
Hs You/Flickr, CC BY-ND

Le deuxième moteur de l’utilisation des médias sociaux est le désir de partager des expériences. Lorsque nous utilisons les médias sociaux, nous ne cherchons pas seulement à consommer du contenu. Nous voulons aussi la créer, car par cet acte de partage nous générons un sentiment d’appartenance à la communauté, en apportant nos contributions. Si la collaboration au sein de la communauté est encouragée, les utilisateurs développent une plus grande adhésion et une plus grande utilisation de la plate-forme.

Enfin, dans le cas des plates-formes qui offrent la possibilité de générer du contenu vidéo, la capacité à produire des vidéos de qualité est également prise en compte. On s’aperçoit qu’au fur et à mesure que les utilisateurs sentent qu’ils ont une réelle capacité à créer du bon contenu en format vidéo, ils ont tendance à faire un usage plus constant du réseau social.

Des différences en fonction des générations

Compte tenu de ce qui précède et du fait que ceux qui passent le plus de temps sur ces réseaux sont les générations Y (les millennials) et Z, nous avons mené une recherche pour analyser si et dans quelle mesure ces variables influençaient leur utilisation de TikTok. Au total, 1419 représentants de la génération Y et 882 de la génération Z (des personnes nées entre 1995 et 2011) ont participé.

Plusieurs variables influencent notre tendance à devenir accro à certaines applis.
Shingi Rice/Unsplash

Après notre étude, nous avons constaté que si tout le monde affirme que les trois variables influencent directement l’adhésion à la plate-forme, le poids de chaque variable varie selon la génération. Alors que les millennials montrent une relation forte entre le niveau d’engagement et la possibilité de partager des comportements ou de créer des vidéos, la génération Z fait état d’une relation plus forte avec la possibilité de recevoir systématiquement des motivations pour l’utiliser davantage.

En examinant le cas de TikTok, il faut noter que l’influence de la capacité perçue de la communauté à créer de telles vidéos est également démontrée. Si les utilisateurs sentent qu’ils ont la capacité de créer du bon contenu sur TikTok, parce que les autres le valident, ils seront plus attachés à la plate-forme.

On peut donc conclure que les comportements de partage, la possibilité de créer des vidéos et le renouvellement constant de la motivation influencent directement l’adhésion à TikTok pour ces deux générations.

Il a été démontré que la variable qui influence le plus l’adhésion générée par ce type de plate-forme vidéo est la possibilité de partager le contenu. Le désir des utilisateurs de le faire, ainsi que de vivre d’autres expériences ou de recevoir un retour d’information les amène à faire un usage plus constant de TikTok. Ces résultats soulignent la nature purement sociale de ce type de plate-forme.

Il est essentiel de comprendre ce qui influence directement le sentiment d’attachement des utilisateurs des réseaux sociaux, non uniquement pour développer des stratégies de publicité, de marketing et de communication plus performantes, mais aussi afin d’atténuer et de traiter les effets négatifs – tels que la dépendance – qui peuvent résulter de leur utilisation.

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ref. Qu’est-ce qui nous rend accros à TikTok ? – https://theconversation.com/quest-ce-qui-nous-rend-accros-a-tiktok-185629

MIL OSI – Global Reports

Retrouver l’identité des migrants disparus grâce à l’intelligence artificielle

Source: The Conversation – France (in French) – By Sami Yangui, Enseignant-Chercheur en Informatique, INSA Toulouse

Chaque année, des centaines de milliers de personnes partent de chez elles et quittent leur pays à la recherche d’une vie meilleure ou pour fuir des violences. Beaucoup sont blessées ou tuées durant leur trajet. Beaucoup d’autres disparaissent sans que leurs proches ne sachent si elles sont vivantes ou mortes, ni ce qui leur est arrivé.

Selon le projet Migrants disparus de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), on a ainsi perdu la trace de 45 000 migrants dans le monde depuis 2014, dont 24 000 en Méditerranée.

En 2020, l’alliance des INSA (Institut national des sciences appliquées) a été approchée par l’équipe forensique transrégionale du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), qui avait pour but d’améliorer le processus d’identification des migrants décédés dans la zone euro-méditerranéenne. Ici, on dénombre beaucoup de noyades – 16 000 depuis 2014. À notre connaissance, cet effort dirigé par l’anthropologue Jose Pablo Baraybar du CICR est le seul qui se confronte à cette problématique de manière transverse dans la région.

Les équipes des INSA sont ainsi intervenues pour proposer des solutions à ce travail d’identification essentiel du CICR, qui doit faire face à un grand nombre de cas, des informations éparses ou de faible qualité sur les personnes disparues.

Après un projet pilote conduit par l’INSA de Lyon, qui a permis de fournir au CICR des outils de gestion des informations sur les corps récupérés, le partenariat s’est structuré. Il a intégré le programme Alliances de la Fondation INSA.

Ce programme mobilise élèves et enseignants-chercheurs sur des cas concrets pour lesquels des ONG, comme Handicap International ou le CICR, ont besoin d’expertise scientifique et technique. En tout, ce sont 37 élèves qui, dans le cadre de leur cursus, ont développé sept projets alliant méthodes et outils propres aux écoles d’ingénieurs avec les connaissances de terrain du CICR.

L’intelligence artificielle au service de l’humanitaire

En théorie, le processus d’identification des personnes noyées pourrait facilement être initié en faisant reconnaître les défunts par leurs proches à l’aide de photographies. Ces documents ne sont toutefois pas toujours « montrables » : soit ces photos sont de mauvaise qualité, soit les corps sont tellement abîmés et les images tellement traumatisantes qu’elles empêchent toute reconnaissance formelle.

Cette situation nous a conduits à explorer l’idée de comparer les photos des individus décédés avec les photographies de personnes recherchées par leurs proches en utilisant des technologies de reconnaissance faciale.

Cette approche a notamment été explorée dans le cadre du stage de fin d’études de Zacharie Hellouin en 2020. Son projet consistait à utiliser puis évaluer l’apport des algorithmes et des modèles de reconnaissance faciale dans l’identification des dépouilles de personnes retrouvées noyées.

Concrètement, il s’agit d’adapter et d’utiliser des modèles de machine learning, une technique d’intelligence artificielle permettant à un programme d’apprendre, en autonomie, à reconnaître des similarités et des différences sur des jeux de données. En le confrontant à des expériences répétées, comme reconnaître l’identité d’une personne, le programme s’entraîne et améliore ses résultats. Ce travail a permis de valider l’intérêt de cette technique pour la reconnaissance des disparus.

Pour la mettre en application, nous avons comparé des photos de personnes migrantes vivantes avec celles des personnes migrantes décédées dans l’espoir d’obtenir des correspondances positives. Pour cela, nous avons mis en place un index de similarité en nous appuyant sur un algorithme d’appariement qui permet d’obtenir des scores d’identité probable de la personne sous forme de pourcentages.

L’ensemble a été intégré dans une application Web destinée aux agents du CICR et à ceux légalement en charge de l’identification de dépouilles mortelles, comme les instituts médico-légaux. Cette application est en cours de développement et chacun des projets vise à l’améliorer.

Les résultats obtenus sont encourageants. Grâce à ce logiciel, nous avons pu élaborer un prototype complet de reconnaissance faciale appliquée aux migrants disparus. Cependant, pour pouvoir proposer des indicateurs réellement fiables de similarité entre des photos de personnes vivantes et décédées, il faudrait se procurer des milliers et des milliers de photos.

Vidéo de démonstration du logiciel de retouche des visages mis au point par le réseau Insa pour le CICR (INSA/CICR).

Ces limites étant posées, l’outil développé offre aujourd’hui aux agents du CICR la possibilité d’orienter leurs recherches en fournissant une liste de correspondances probables, rendant la recherche certes laborieuse, mais humainement possible.

Un logiciel en constante amélioration

Au début de ce projet, en 2020, il fallait rédiger un cahier des charges. Les étudiants INSA et leur enseignant Charles Dossal ont donc traduit en termes techniques les traitements automatiques ou non à effectuer sur ces images : extraire le visage du décor (un sac, le fond d’un bateau, une table…), centrer et aligner l’image, atténuer ou faire disparaître les plaies, enlever l’écume de la bouche et rendre au regard une lueur de vie.

Deux étudiants en 4e année, Adam Hamidallah et Din Triem Phan, ont ensuite programmé les algorithmes que nous avions identifiés comme les plus pertinents pour régler ces différents problèmes. Il aura fallu parfois recopier des parties de peau saine pour « panser numériquement » des plaies ou insérer des yeux issus d’un autre visage quand ceux-ci étaient trop abîmés. Les résultats sont encourageants, mais nous avons aussi pu mesurer que l’intelligence artificielle (IA) pourrait apporter des réponses plus abouties.

Au cours de l’été 2021, Zoé Philippon et Jeong Hwan Ko ont visualisé ces terribles images avec pour but de voir plus précisément ce que l’IA peut apporter dans cette mission.

L’objectif de Zoé Philippon était de tester les limites des algorithmes de reconnaissance faciale basés sur des réseaux de neurones artificiels quand on les applique à des images de visages de défunts majoritairement d’origine africaine. Ces algorithmes sont efficaces sur des images proches de celles qui ont été utilisées pour les calibrer, ici des visages de personnes vivantes, la plupart blanches et masculines, avec une faible proportion de visages féminins ou africains.

Elle a donc réalisé de nombreux tests, a ré-entrainé l’IA pour qu’elle soit plus efficace sur les images de disparus. Les résultats semblent indiquer que ces algorithmes gagneraient à être entraînés plus spécifiquement sur des visages de population plus représentative des disparus et que la reconnaissance se dégrade singulièrement quand la personne à reconnaître est décédée. Un accès à une plus grande quantité de données pourrait confirmer ces premiers résultats très encourageants.

Maquillage numérique

Jeong Hwan Ko a essayé d’améliorer les résultats de « maquillage numérique » en utilisant des réseaux de neurones artificiels préentrainés eux aussi, pour combler des trous dans des images. Ces méthodes se sont montrées redoutablement efficaces pour effacer les blessures, mais pour réparer une bouche ou des yeux, il a fallu utiliser d’autres réseaux de neurones capables d’insérer une partie d’une image dans une autre.

Pour le moment, le programmeur choisit l’image à insérer, mais à l’avenir, il sera sans doute plus efficace de laisser l’algorithme chercher lui-même dans une grande base de données, les yeux, la bouche ou les oreilles en bon état qui ressemblent le plus à celle du visage à identifier. Il reste du travail et, là encore, un accès plus large à des données permettrait sans nul doute d’améliorer la qualité de cette reconstruction faciale.

Aujourd’hui, les projets se poursuivent. Nous sommes toujours à la recherche de données pour entraîner davantage les programmes d’apprentissage automatique. Nous sommes aussi à la recherche d’entreprises mécènes disposées à partager avec nous leurs technologies, leur temps et leur soutien.

Soulignons enfin que ces mêmes applications, développées pour donner une réponse à la crise des migrants disparus, peuvent aussi servir dans d’autres contextes comme des catastrophes, des conflits ou toute situation qui peut entraîner la non-identification des personnes décédées.


Cet article a été co-écrit par Samuel Kenny, coordinateur de l’Alliance CICR-INSA.

Sami Yangui est membre du Laboratoire d’analyse et d’architecture des systèmes (LAAS-CNRS).

Charles Dossal ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Retrouver l’identité des migrants disparus grâce à l’intelligence artificielle – https://theconversation.com/retrouver-lidentite-des-migrants-disparus-grace-a-lintelligence-artificielle-173104

MIL OSI – Global Reports

Pieds froids, mains glacées : faut-il s’en inquiéter ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Christian Moro, Associate Professor of Science & Medicine, Bond University

Le plus souvent, avoir les mains froides est désagréable mais sans conséquences. Mariia Boiko / Shutterstock

Vous, ou l’une de vos connaissances vous plaignez souvent d’avoir constamment les mains et les pieds froids ? Dans la plupart des cas, ce n’est pas un problème. C’est simplement dû aux mécanismes que notre corps emploie pour maintenir et réguler sa température.

Pour notre corps, le sang est une fantastique réserve de chaleur : en le détournant vers la peau, il permet que la chaleur qui y est engrangée soit transférée vers l’extérieur, ce qui va contribuer à nous rafraîchir. C’est pourquoi, par journée chaude, notre teint peut être plus rouge.

À l’inverse, lorsque nous avons froid, les vaisseaux sanguins de notre peau se rétrécissent et le sang est moins acheminé vers la périphérie. Moins de sang signifie moins de chaleur qui est conservée par le corps, et ce phénomène est particulièrement visible au niveau de nos extrémités – mains et pieds notamment.

Il s’agit donc d’un processus normal, qui montre que notre corps fait son travail de maintien d’une température interne normale et de protection de nos organes.

Normalement, cette sensation n’est que temporaire… Mais si une personne a toujours les mains et les pieds froids, même lorsque son corps est assez chaud, cela peut être un signe que quelque chose d’autre y contribue.

Le syndrome des pieds froids est souvent difficile à supporter… pour votre partenaire.
Shutterstock

Quelles autres causes possibles ?

Tout ce qui provoque un rétrécissement des vaisseaux sanguins peut avoir un impact sur la sensation de chaleur (ou de froid, en l’occurrence) aux extrémités.

Cela peut être dû à des causes telles que le phénomène (ou maladie) de Raynaud, dans lequel certains vaisseaux sanguins allant aux extrémités se rétrécissent temporairement.

Les personnes atteintes du phénomène de Raynaud présentent généralement lors de la crise un ou des doigts (ou juste une phalange) très blancs, froids et insensibles ; parfois les orteils, nez ou oreilles peuvent être touchés. Le trouble de la circulation peut durer quelques minutes ou quelques heures.

Les plus souvent, les symptômes de la maladie de Raynaud se déclarent sans cause clairement identifiée (ils peuvent être déclenchés par le froid, un stress…). Mais cette maladie peut aussi être, dans 10 % des cas environ, le résultat de causes sous-jacentes plus graves, comme une déficience immunitaire ou une hypertension artérielle.

Le phénomène de Raynaud touche principalement les mains. Il peut affecter plusieurs doigts ou juste une phalange.
Shutterstock

D’autres facteurs peuvent également être à l’origine de mains anormalement froides : de façon générale, tout ce qui empêche le sang de bien circuler dans les vaisseaux peut entraîner des extrémités plus froides.

Par exemple, les personnes souffrant d’un diabète non contrôlé ont plus de chances de voir des dépôts graisseux se former à l’intérieur des vaisseaux sanguins, les rendant étroits et durs, et y limitant du coup la circulation.

Un traumatisme ou une lésion tissulaire peut également entraîner une diminution de la circulation sanguine dans la zone concernée. Si une personne a subi une opération de la main ou du bras, ou si elle s’est blessée dans le passé, cela peut avoir un impact sur la sensation de chaleur des extrémités.

Une autre cause possible est l’anémie, qui peut entraver le transport du sang riche en oxygène dans le corps et entraîner des mains et des pieds froids.

Le tabagisme peut également être à l’origine d’un cas de doigts et d’orteils glacés. La nicotine provoque en effet un rétrécissement des vaisseaux sanguins et y réduit par conséquent le flux.

Désagréables, les mains (et pieds) froides ne sont pas un problème. Les astuces sont multiples pour les réchauffer.
Christian Moro

Quand est-ce un problème ?

Dans des circonstances normales, les mains et les pieds froids ne sont pas inquiétants. Mais n’oubliez pas que cela est dû à une diminution de l’apport sanguin aux extrémités : au fil du temps, si le phénomène est régulier, cela peut entraîner des ongles cassants, une peau sèche ou craquelée, une décoloration de la peau et une sensation de picotement ou d’engourdissement dans ces zones.

Ces régions peuvent également être moins sensibles au froid, et il peut même devenir assez douloureux d’utiliser vos doigts ou vos pieds lorsqu’ils sont glacés.

Un apport sanguin réduit peut encore rendre les mains et les pieds plus lents à guérir en cas de blessure, ce qui peut permettre aux infections de persister et de se développer.

Avec le temps, la limitation du flux sanguin peut également endommager les nerfs. L’impact sur les nerfs, ainsi que les risques accrus d’infection, peuvent, dans les pires des cas, nécessiter des amputations.

Si des mains et des pieds constamment froids vous inquiètent, il est toujours bon d’en parler à votre médecin de famille.

Que faire pour ne pas en arriver à de telles extrémités ?

Si vous commencez à ressentir un refroidissement temporaire dans vos extrémités, restez-en à l’essentiel… Vous pouvez :

En cas de sensation de froid à vos extrémités, tenez-vous en aux fondamentaux pour les réchauffer.
Shutterstock

Sur le long terme, l’amélioration de la circulation sanguine est essentielle. Elle permet de réchauffer vos mains et pieds, tout en veillant à ce que le corps pompe efficacement le sang et le fasse arriver sans encombre là où il doit aller.

Vous pouvez y parvenir en faisant de l’exercice quotidien, en bougeant à intervalles réguliers pendant la journée et en étirant vos bras et vos jambes. Et, bien sûr, en maintenant une alimentation saine.

Ainsi, même si vous avez un coup de froid passager, vous retrouverez votre chaleur en un rien de temps !

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Pieds froids, mains glacées : faut-il s’en inquiéter ? – https://theconversation.com/pieds-froids-mains-glacees-faut-il-sen-inquieter-184272

MIL OSI – Global Reports

À La Clusaz, des pistes existent pour déjouer l’artificialisation de la montagne

Source: The Conversation – France (in French) – By Mikaël Chambru, Maître de conférences en sciences sociales, Université Grenoble Alpes (UGA)

Les 25 et 26 juin 2022, la commune de La Clusaz en Haute-Savoie sera le théâtre d’une mobilisation nationale contre des dispositifs de stockage d’eau (« retenues collinaires ») et l’artificialisation de la montagne. Une initiative conduite par le réseau de luttes locales Les Soulèvements de la terre.

À l’heure où la transition écologique presse en montagne, ces voix dissonantes interrogent le bien-fondé des choix politiques actuels et les limites des processus de gouvernance en place.

Garantir l’enneigement artificiel, à quel prix ?

En Haute-Savoie, La Clusaz et sa station de ski ont déjà fait parler d’elles à l’automne 2021.

Pendant 15 jours, les militants d’Extinction Rebellion avaient installé une « zone à défendre » (ZAD) dans le bois de la Colombière, à 1 500 mètres d’altitude. L’objectif ? S’opposer au lancement des travaux d’une nouvelle retenue collinaire de 148 000 m3. Indispensable pour les uns, inutile pour les autres, ce projet est venu attiser les tensions déjà existantes sur la place à donner à l’industrie touristique du ski dans les années à venir.

Ce projet a aussi permis de mettre en lumière trois enjeux auxquels font aujourd’hui face les territoires de montagne :

  • Des conflits d’usages autour de l’eau amplifiés par le réchauffement climatique

  • Des temporalités autour de la transition du modèle de développement territorial

  • Des innovations sociales permettant d’imaginer collectivement cette transition

La Clusaz.
Qwant Maps

Souvent promues comme des réserves d’eau potable, les retenues collinaires sont des lacs artificiels avant tout destinés à la production de neige de culture. Celle-ci garantit, à plus ou moins long terme, l’enneigement artificiel des pistes de ski face au réchauffement climatique. C’est le cas à la Clusaz, mais aussi dans la plupart des autres stations des Alpes.

Les pouvoirs publics, notamment les régions, soutiennent massivement la construction de ces nouveaux aménagements au nom d’une « montagne durable ». Simultanément, ces retenues cristallisent les tensions et sont devenues le symbole d’une montagne toujours plus artificialisée, enlisée dans les modèles du « tout ski » et du « tout tourisme ».

Face à cette situation, La Clusaz aurait pu jouer un rôle précurseur, comme laboratoire et démonstrateur à ciel ouvert de nouveaux processus démocratiques et imaginaires désirables autour de la montagne du XXIe siècle. Pour l’heure, un autre choix a été fait par les élus locaux qui attendent la décision d’autorisation du projet par le préfet de Haute-Savoie.

Sortir du mythe de la station qui sauve la montagne tend à avoir disparu de leur agenda politique malgré quelques prémices en ce sens. L’attachement aux modèles existants reste tenace, encouragé par la fréquentation record et la saison historique de cet hiver qui a généré d’importantes ressources économiques pour le territoire.

Le risque de prendre une décennie de retard

Pour autant, les débats locaux émergeant dans le massif des Aravis pour questionner ce modèle de développement territorial n’ont pas disparu.

Ils sont désormais en train de se déplacer sur le terrain judiciaire, avec un dépôt de plainte et des perquisitions réalisés début juin. Cette judiciarisation des débats intervient alors que les dynamiques participatives et délibératives sont institutionnellement bloquées. En pareille circonstance, les mobilisations et les conflictualités engendrées ouvrent des opportunités de changement sur l’orientation stratégique des trajectoires d’un territoire.

À La Clusaz, la commission d’enquête publique a rendu à l’automne 2021 un avis favorable au projet de retenue collinaire, malgré les 76 % d’avis négatifs formulés par les publics.

Bien que la prise en compte de ces avis ne comporte pas d’obligation légale pour la municipalité, en faire l’impasse est un pari risqué si l’objectif est d’engager le territoire dans un processus de transition environnementale, économique et touristique.

Pourquoi ? Parce que ces avis donnent à voir une des réalités du territoire et aussi parce qu’il n’existe pas de modèle de substitution « prêt à l’emploi ». Tout reste donc à inventer dans un contexte de forte incertitude. Cela passe nécessairement par la confrontation d’idées plurielles et antagonistes. Par conséquent, l’enjeu est au contraire de favoriser et de s’appuyer sur ce dissensus pour imaginer des solutions soutenables.




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Extinction Rebellion à La Clusaz, quand la ZAD gagne la montagne


Se cantonner à créer, comme le préconise la commission d’enquête publique, « dans le cadre d’une concertation positive, une commission de suivi du projet et des travaux » ne répondra pas à cet enjeu. Cela permettra, tout au plus, de travailler l’acceptabilité sociale du projet de retenue collinaire, sans parvenir à résorber les oppositions. Au final, La Clusaz prendra le risque de perdre au moins une décennie pour engager une transition territoriale collectivement partagée face à l’urgence climatique.

Un autre choix est encore possible : annoncer l’arrêt du projet de retenue collinaire et lancer un débat public sur le devenir du territoire. Il ne marquerait pour les élus locaux ni une défaite ni un recul mais la volonté d’engager un processus de transition écologique. Il s’agit de changer de logiciel afin d’éviter que des solutions anciennes à un problème deviennent des freins au changement.

En finir avec le marketing politique et territorial

À La Clusaz, l’évitement du débat sur l’artificialisation de la montagne et ses effets sociaux et environnementaux soulève encore au moins deux questions :

  • Pourquoi favoriser le déploiement des antagonismes autour de jeux de représentation d’un modèle de développement à bout de souffle plutôt que des processus démocratiques créateurs de nouveaux imaginaires désirables ?

  • Une vaste concertation publique donnerait-elle à voir à l’émergence d’un souhait majoritaire d’un autre modèle de développement territorial basé sur les actuelles niches créatives et innovantes ?

Lorsque la municipalité de La Clusaz annonce avoir pris « un nouveau virage » et s’être engagée dans un processus de transition environnementale, économique et touristique, force est de constater qu’il s’agit avant tout d’une stratégie de communication publique axée sur du marketing politique et territorial. Cette emprise de la communication participe à invisibiliser les enjeux socio-environnementaux liés à la transition écologique et à délégitimer les conflictualités qu’ils engendrent. Elle rappelle aussi que la transition est un concept aux faux airs de consensus malgré les discours et déclarations publiques.

Une fois de plus, d’autres choix sont possibles. À La Clusaz, la communication publique pourrait accompagner un processus de transition en se donnant comme objectif de favoriser une culture commune par la création d’un conflit intégrateur. Dans cette perspective, elle chercherait d’abord à inventer un partage de temps et d’espace pour construire les désaccords. Elle viserait ensuite à identifier les points d’accord à partir desquels développer un débat rationnel. Enfin, elle s’efforcerait de construire des solutions permettant d’expérimenter une sortie progressive du « tout tourisme ».

Mikaël Chambru est membre du Labex ITTEM – Innovations et transitions territoriales en montagne.

ref. À La Clusaz, des pistes existent pour déjouer l’artificialisation de la montagne – https://theconversation.com/a-la-clusaz-des-pistes-existent-pour-dejouer-lartificialisation-de-la-montagne-183539

MIL OSI – Global Reports

Après le bouleversement des législatives, quelle place pour le Sénat ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Aurore Granero, Maître de conférence HDR en droit public, Université de Bourgogne – UBFC

Anomalie démocratique, « assemblée du seigle et de la châtaigne », réunion de notables ou de privilégiés, les qualificatifs négatifs ne manquent pas pour désigner le Sénat, seconde chambre méconnue du Parlement.

Cette image, peu flatteuse, est liée à son mode d’élection. Les 348 sénateurs du Palais du Luxembourg sont en effet élus au suffrage universel indirect par un collège électoral composé essentiellement de délégués des conseils municipaux, ce qui explique, pour partie, sa composition politique majoritairement à droite et qu’il soit qualifié de « Grand conseil des communes de France ».

Or, au vu de la crise politique que traverse la France, l’attention politique pourrait bien désormais se porter sur les sénateurs de droite, qui, pour certains observateurs seraient les grands gagnants de cette élection législative.

Au vu des défis qui s’annoncent pour le prochain quinquennat, il est important de revenir sur les prérogatives du Sénat ainsi que sur son rôle qui pourrait bien être renforcé et, dans le même temps et de façon inédite, affaiblir la verticalité du pouvoir.

Deux principales missions

Classiquement, le Sénat dispose de deux principales attributions : le contrôle du gouvernement et le vote de la loi. Celles-ci lui permettent d’être une chambre d’opposition, de modération et de contre-pouvoir.

Tout d’abord, la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 de modernisation des institutions attribue expressément au Parlement les fonctions de contrôle du gouvernement et d’évaluation des politiques (art. 24). Ce contrôle sur le gouvernement s’effectue en séance notamment par le biais des questions (orales ou écrites) posées aux membres du gouvernement.

D’ailleurs, les sénateurs n’hésitent à poser des questions écrites, orales ou d’actualité (leur nombre a été en forte augmentation avec 580 questions pour la session 2020-2021) pour contrôler l’action gouvernementale mais également alerter l’opinion publique.

Par exemple, les sénateurs et sénatrices ont posé des questions sur la surpopulation carcérale, la transparence des prix des médicaments ou encore sur le dispositif Parcoursup.

Cette mission de contrôle s’exerce aussi par le biais des délégations ou commissions. Certaines d’entre elles ont d’ailleurs eu un fort retentissement médiatique. On se souvient sous le premier quinquennat d’Emmanuel Macron de la « mission d’information sur les conditions dans lesquelles des personnes n’appartenant pas aux forces de sécurité intérieure ont pu ou peuvent être associées à l’exercice de leurs missions de maintien de l’ordre et de protection de hautes personnalités et le régime des sanctions applicables en cas de manquements », dites « commission Benalla » qui a fait couler beaucoup d’encre et élevé à leur paroxysme les tensions entre l’Élysée et le Sénat en 2018.

Cette commission d’enquête a eu des répercussions importantes tant sur le plan politique que juridique. En mettant en lumière de nombreux dysfonctionnements, cette commission a indirectement remis en cause la responsabilité du Président de la République et a permis la création de la Direction de la sécurité de la présidence de la République l’année suivante.

Plus récemment, les sénateurs ont enquêté sur l’influence croissante des cabinets de conseil privés et autres acteurs du secteur privé sur les politiques publiques (qui a donné lieu à l’« affaire McKinsey ») et suscité des interrogations relatives à la gestion par le gouvernement de la crise du Covid-19. Ces différentes initiatives attestent que le rôle du Sénat est important pour contrôler l’action du gouvernement et mettre à jour, à la manière d’un lanceur d’alerte, certains manquements.

Un pouvoir législatif non négligeable

Ensuite, le Sénat dispose du pouvoir législatif et, à ce titre, il vote et peut être à l’initiative des lois. Dans ce domaine, la Haute chambre joue également un rôle très important puisqu’il intervient, le plus souvent (sauf pour certains textes où le Sénat doit obligatoirement être saisi prioritairement à l’instar des lois visant les collectivités territoriales en application de l’article 39 de la Constitution) en seconde lecture.

Étant saisi en second dans le cadre de la navette parlementaire (transmission et examen des projets et propositions de loi), les sénateurs et sénatrices voient arriver un texte déjà discuté, qu’ils peuvent perfectionner, amender.

C’est d’ailleurs une des qualités unanimement reconnues à la Haute chambre, celle de participer à l’amélioration de la loi. Chambre de réflexion, le Sénat, ne joue d’ailleurs pas toujours un rôle de simple opposant politique.

Sur la période 2020-2021, on peut s’apercevoir que trois textes sur quatre ont été adoptés dans les mêmes termes par les deux chambres. Cependant, il peut également se révéler être un contre-pouvoir offensif en refusant, même après la réunion d’une commission mixte paritaire, l’adoption de certains textes comme la loi relative à la bioéthique ou le projet de loi relatif au système universel de retraite, adopté grâce à l’utilisation de l’article 49.3 à l’Assemblée nationale mais qui a ensuite été abandonné.

Ce dernier exemple montre que le gouvernement peut neutraliser la seconde chambre en donnant le dernier mot à l’Assemblée nationale ce qui n’est pas le cas dans le cadre des révisions constitutionnelles.

Un pouvoir absolu de blocage

Le Sénat dispose, en effet, d’un pouvoir absolu de blocage en cas de désaccord concernant une révision constitutionnelle alors même qu’il ne peut être atteint par une dissolution, l’exécutif ne disposant de cette arme que face à l’Assemblée nationale en application de l’article 12 de la Constitution.

Inscrite à l’article 89 de la Constitution, la procédure de révision comprend trois phases : l’initiative, l’adoption et l’adoption définitive. S’agissant de l’initiative, elle relève soit de l’exécutif (le Premier ministre propose un projet de révision au Président de la République) soit des parlementaires (il s’agira alors d’une proposition de révision).

Ensuite, chaque assemblée doit adopter, le projet ou la proposition, en termes identiques. A ce stade, il faut bien souligner que contrairement au vote classique de la loi, le gouvernement ne peut ni utiliser l’article 49.3 ni donner le dernier mot à l’Assemblée nationale. On comprend dès lors que le Sénat a la possibilité, dès cette seconde phase, d’empêcher une révision constitutionnelle.

Si le vœu de révision est adopté en termes identiques, le référendum est la seule voie possible d’adoption définitive concernant les propositions de révision. S’il s’agit d’un projet, le Président peut le soumettre également au référendum ou contourner la voie de la démocratie directe en réunissant les deux assemblées en Congrès qui devront l’adopter à la majorité des 3/5e des suffrages exprimés soit un minimum de 555 votes favorables.

Cette procédure permet donc au Sénat de bloquer les révisions constitutionnelles ce qu’il a encore fait récemment en réécrivant le projet de révision de l’article 1er de la Constitution qui avait pour objet d’introduire la protection de l’environnement et la lutte contre le réchauffement climatique au rang des principes républicains ou encore en refusant en 2016 le projet présidentiel de la déchéance de nationalité.

Au regard de ses pouvoirs cités plus haut, de sa composition politique et des résultats des législatives, le Sénat aura sans doute un rôle nettement décisif.

Si les LR perdent de nombreux sièges à l’Assemblée nationale, ils n’en sont pas moins courtisés par la majorité présidentielle comme l’a démontrée la sortie médiatique de Bruno Rétailleau. La Haute chambre, avec ses 146 sénateurs et sénatrices et son président Gérard Larcher pourrait très bien être amené à jouer un rôle clef dans les négociations à suivre.

Dès lors, s’ouvre pour le Sénat une nouvelle période au sein de laquelle sa qualification de point d’équilibre des institutions prend, à nouveau, tout son sens.


A paraître, Le Sénat de la Vᵉ République, acteur méprisé ? Actes du colloque qui s’est tenu au Palais du Luxembourg, les 21 et 22 octobre 2022, Dir. Nathalie Droin et Aurore Granero, à paraître aux éditions IFJD, Coll. Colloques et essais.

Aurore Granero est membre de l’Observatoire de l’éthique publique.

ref. Après le bouleversement des législatives, quelle place pour le Sénat ? – https://theconversation.com/apres-le-bouleversement-des-legislatives-quelle-place-pour-le-senat-185554

MIL OSI – Global Reports

Renaissance militaire allemande : l’augmentation des budgets suffira-t-elle ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Laurent Griot, Professeur assistant en géopolitique., Grenoble École de Management (GEM)

L’invasion de l’Ukraine a agi comme un électrochoc dans bon nombre de pays européens : la guerre, la « vraie », est à nos portes et nous ne sommes pas prêts. Les débats portent sur nos capacités matérielles comme sur l’équilibre de nos alliances. La Suède et la Finlande ont soumis, mercredi 18 mai, leur demande d’adhésion à l’OTAN, et l’Italie annonce qu’elle rejoindra très rapidement les standards OTAN en termes de dépenses de défense. D’ici à 2028, son budget devrait représenter 2 % de son PIB, passant de 25,9 milliards à 36 milliards d’euros, bien que cet objectif suscite un débat passionné dans le pays.

Au milieu de ce concert de remises en cause stratégiques et budgétaires, il est un pays dont la réaction est encore plus surprenante que celle des autres : l’Allemagne. Surprenante d’abord par la brutalité du constat et la liberté de ton de ceux qui l’expriment : le 24 février 2022, le chef d’état-major des armées allemandes reconnaissait, face au début de la guerre en Ukraine :

« La Bundeswehr, l’armée que j’ai l’honneur de commander, se tient là, plus ou moins les mains vides. Les options que nous pouvons proposer au gouvernement pour soutenir l’alliance sont extrêmement limitées. »

C’est ensuite la réaction du gouvernement allemand qui a de quoi surprendre. Le 27 février, soit seulement trois jours plus tard, le chancelier Olaf Scholz déclarait :

« Face au tournant historique engagé par l’agression de Vladimir Poutine, notre principe est le suivant : tout ce qui est nécessaire pour garantir la paix en Europe sera mis en œuvre. L’Allemagne y apportera sa propre contribution solidaire. […] Nous allons à partir de maintenant, d’année en année, investir plus de 2 % du PIB dans notre défense. […] L’objectif est de disposer à terme d’une Bundeswehr performante, ultramoderne et dotée de technologies de pointe qui nous assure une protection fiable. »

L’exécutif a aussi annoncé la création d’un fonds spécial d’un montant de 100 milliards d’euros pour combler son retard, notamment en matière d’équipement des forces.

Sous-investissement chronique

Pour comprendre la situation budgétaire des forces allemandes, il ne faut pas se fier seulement aux chiffres de ces dernières années. Même si en 2021, la France et l’Allemagne ont consacré des budgets très similaires à leur défense – environ 53 milliards de dollars – ce niveau de dépense est relativement récent en Allemagne.

Si l’on observe les chiffres allemands et français depuis la chute du mur de Berlin, on constate une forte remontée des dépenses allemandes depuis 2018 seulement. La baisse a été constante de 1991 à 2005 (point bas) suivie d’une lente remontée jusqu’en 2018. Ainsi, l’Allemagne a moins investi dans son armée, avec une divergence très nette des trajectoires budgétaires à partir de 2001. De fait, le montant cumulé des dépenses de défense allemandes entre 2001 et 2021 est d’environ 902 milliards de dollars, là où la France a dépensé environ 1 036 milliards de dollars. La différence est donc significative.

Mais cet écart de financement est-il suffisant pour expliquer la situation que nous connaissons aujourd’hui ? Les capacités des forces allemandes sont très réduites, selon leur propre chef d’état-major. Les forces françaises, elles, sont classées par la Rand Corporation parmi les plus efficaces d’Europe, même si elles manquent d’« épaisseur » et donc de capacité à combattre dans la durée. Il nous semble que d’autres facteurs doivent être pris en compte.

En premier lieu, les structures de nos budgets sont différentes. La France dépense de façon constante environ 25 % (26,5 % en 2020) de ses budgets en équipement, l’OTAN demandant à ses membres que ce ratio soit au minimum de 20 %. L’Allemagne a quant à elle dépensé 16,9 % de son budget 2020 en équipement, un montant en nette augmentation depuis 2014 (environ 13 % à l’époque). À l’inverse, les « frais de fonctionnement et de maintenance » pèsent pour 26,4 % du budget français et pour 37,4 % du budget allemand, ce qui représente un quasi-record au sein des pays de l’OTAN. Il s’agit probablement du symptôme d’une autre faiblesse : les armées allemandes sont des monstres bureaucratiques.

Une bureaucratie envahissante

Les forces allemandes souffrent manifestement d’une bureaucratie particulièrement lourde et inefficace. Sur ce point, un document publié début 2020 a eu un retentissement certain dans le pays. Il s’agit du rapport d’information pour 2019 destiné au Bundestag, rédigé par le commissaire allemand aux forces armées de 2015 à 2020, Hans-Peter Bartels.

Selon ce rapport, l’institution militaire allemande souffre de la multiplication des instances de décision, ce qui conduit à une dilution de la responsabilité et à un allongement déraisonnable des processus décisionnels. Bartels consacre par exemple une page entière à raconter comment ses propres services n’ont pas réussi, malgré trois années d’efforts, à obtenir la création pour eux-mêmes d’une dizaine de comptes d’accès au réseau intranet des forces allemandes.

Dans ce texte, l’état-major de la Deutsche Marine reconnaît qu’au sein de l’armée allemande, le respect des règles est plus important que la capacité à fournir des appareils en état de voler, pilotés par des équipages correctement entraînés. Cet état de fait rejaillit sur la motivation des hommes. La troupe considère que ses chefs n’en font pas assez pour améliorer l’efficacité de l’institution. Mais les cadres se sentent désarmés face à la lourdeur de l’organisation.

Parmi les faiblesses les plus criantes, le processus d’équipement des forces est particulièrement critiqué. Il est présenté comme dysfonctionnel, inutilement compliqué et trop long. La volonté de réduire les risques industriels en amont est ouvertement présentée comme une cause de risques pour les troupes, obligées d’aller au combat avec des équipements dépassés, voire en l’absence totale de certains matériels.

Hans-Peter Bartels regrette particulièrement le fait que l’« achat sur étagère » – c’est-à-dire l’achat d’équipements déjà existants n’ayant pas été spécifiquement conçus à la demande de la Bundeswehr – soit une pratique rare au sein des forces allemandes. Même des matériels très simples (comme des sacs à dos) sont soumis à des processus d’élaboration et d’évaluation dignes des systèmes d’armes les plus complexes.

C’est donc autant à des problèmes budgétaires qu’à la question de l’efficacité de ses dépenses que le ministère allemand de la Défense doit faire face. Ce qu’Eva Högl, l’actuelle commissaire parlementaire pour les forces armées, a bien compris : elle demande que le fonds de 100 milliards d’euros destiné aux forces allemandes soit exploité de façon moins bureaucratique.

Mais une telle évolution sera longue et laborieuse. D’abord parce que cette situation est connue en Allemagne depuis très longtemps sans qu’il n’y ait eu de vrai changement. Dans son rapport pour 2019, Hans-Peter Bartels relevait que déjà en 1978 le ministre de la Défense alors en poste se préoccupait de la bureaucratie excessive dont était victime son armée. Ensuite parce que cette situation est sans doute, pour partie au moins, la conséquence de l’approche pacifiste dominante en Allemagne.

Les spécificités de la culture stratégique allemande

Pour d’évidentes raisons historiques, les forces allemandes ont un statut particulier. Elles sont fermement soumises au Parlement allemand et tout est mis en œuvre pour qu’elles ne sortent « plus jamais du cadre démocratique ».

Fondamentalement, l’avenir de la Bundeswehr, sa capacité à surmonter ses faiblesses et à tenir sa place au sein de l’Alliance atlantique dépendra donc de la place que la société allemande entendra donner à son armée. Dans un discours qu’il adressait aux généraux des armées allemandes en 2005, Horst Köhler, alors président du pays, parlait du « désintérêt amical » des Allemands pour leurs armées :

« Après 1945, les Allemands sont devenus un peuple réellement pacifique et qui aime garder une distance prudente vis-à-vis de tout ce qui est militaire. »

Seize ans plus tard, l’opinion allemande ne semble pas avoir beaucoup changé. Chaque année, le centre d’histoire militaire et des sciences sociales de la Bundeswehr publie une étude consacrée à l’opinion allemande sur la politique de sécurité et de défense du pays. L’étude pour 2021 (donc réalisée avant le début de la guerre en Ukraine) confirme cette approche : les Allemands ont confiance en leurs armées. Mais les moyens d’action auxquels ils sont favorables sont diplomatiques (84 %), basés sur le contrôle des armements (72 %), la coopération au développement (70 %) et les sanctions économiques (61 %). Les opérations militaires menées par la Bundeswehr ou les exportations d’armements ne sont approuvées que par 33 % de la population.

Une évolution longue et difficile

La guerre en Ukraine a déjà provoqué une révolution en Allemagne. La célérité et l’ampleur de la réaction politique ont surpris beaucoup d’observateurs des affaires stratégiques européennes.

Berlin a rompu avec une forme de retenue particulière et solitaire en accélérant le déploiement de ses troupes ces derniers temps : envoi de navires en mer Baltique et en Méditerranée, installation de missiles antiaériens Patriot dans plusieurs pays d’Europe centrale, participation à un bataillon au sol en Slovaquie, envoi de chasseurs Eurofighter en Roumanie… Mais il sera long et difficile de renoncer à ce que Tom Enders, ancien PDG d’Airbus, qualifiait en septembre 2020 d’« abstinence de puissance ».

D’abord parce que, passée la stupeur initiale, le soutien de l’opinion allemande à la politique ukrainienne de son chancelier s’effrite : des intellectuels allemands soutenus par des responsables politiques de premier plan demandent que l’Allemagne cesse d’armer l’Ukraine et opte pour une politique visant à obliger Kiev à trouver un compromis avec Vladimir Poutine. Dans le même temps, des représentants syndicaux allemands ont profité de la fête du Travail, le 1er mai, pour dire leur désaccord face à la volonté de réarmement massif exprimée par le chancelier Olaf Scholz. Notamment de peur que cela se fasse au détriment de la paix sociale.

Ensuite parce que la situation stratégique du pays est la conséquence d’une culture politico-administrative faisant partie intégrante de la nation allemande post-Seconde Guerre mondiale. Une évolution de cette position, à supposer que l’opinion allemande y consente, sera très longue et ses résultats incertains.

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Renaissance militaire allemande : l’augmentation des budgets suffira-t-elle ? – https://theconversation.com/renaissance-militaire-allemande-laugmentation-des-budgets-suffira-t-elle-184706

MIL OSI – Global Reports

Notes du bac manipulées : une éternelle polémique ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Charles Hadji, Professeur honoraire (Sciences de l’éducation), Université Grenoble Alpes (UGA)

En cette session de bac 2022, des correcteurs ayant découvert que les notes qu’ils avaient attribuées lors des épreuves de spécialité ont été par la suite systématiquement augmentées, une polémique récurrente vient de repartir, tel un feu de forêt en début d’été : les notes du bac feraient l’objet d’un « tripatouillage ».

Bien sûr, la gigantesque opération de correction des épreuves ne bénéficie d’aucun vaccin contre la manipulation, et des manœuvres douteuses sont toujours possibles. Faut-il, pour autant, aller jusqu’à parler, comme l’auraient fait certains syndicats, de « délit de triche » ? La promptitude et la vigueur des soupçons rappellent en tout cas la force d’un certain nombre d’idées reçues autour de l’évaluation, sur lesquelles il convient de revenir, de l’objectivité de la note aux liens entre le taux de réussite et la valeur d’un examen.

La note, mesure relative

Toute modification de note après coup paraît inadmissible à celui qui pense que la note attribuée par un correcteur est une mesure objective de la valeur d’une production. Mais tous les travaux de docimologie ont montré qu’il n’en est rien. Les notes fluctuent, entre autres, selon les correcteurs, la place dans un lot de copies, le moment de la correction.

La comparaison avec la température donnée par un thermomètre est foncièrement trompeuse, du double point de vue de la nature de l’objet apprécié, et de celle de l’outil utilisé. La température est un phénomène physique, que mesure un outil fondé sur l’observation de variations physiques.




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Le « niveau » d’un élève n’est pas une donnée interne objective (comme la tension artérielle par exemple) mais une hypothèse faite sur le développement d’un ensemble de « capacités » (connaissances, compétences, savoir-être : on a du mal à les désigner) qui ne peuvent être saisies qu’à travers des comportements censés les exprimer plus ou moins directement. Le correcteur juge de la présence (ou non) de ces capacités, qui ne pourra jamais être avérée avec certitude.

La note n’est qu’une façon (commode, d’où son succès) d’exprimer un jugement global sur des « capacités à » toujours hypothétiques, et par nature insaisissables. Monter au créneau pour un point de plus ou de moins n’a donc guère de sens. L’essentiel est de faire tout ce qui est possible pour prévenir les biais les plus préjudiciables, et les écarts les plus préoccupants.

La sévérité, gage de fiabilité ?

Les condamnations, souvent virulentes, de la « braderie » du bac, reposent sur le constat de l’augmentation (forte, et pratiquement incessante) des taux de réussite. Ils passent de 49,8 % en 1967, à 79,5 % en 2000, 95,7 % en 2020, mais 93,8 % en 2021. Parallèlement, le pourcentage des bacheliers dans une génération bondit, de 5,1 % en 1950, à 86,6 % en 2020 (puis 83,1 % en 2021). Si la valeur va de pair avec la rareté, que vaut un diplôme que tout le monde peut obtenir sans difficulté ?

Mais deux questions se posent. Tout d’abord, à partir de quand le bradage commence-t-il ? Où est la limite entre augmentation normale (progrès des générations) et augmentation démagogique (désir de valoriser une politique en trompant sur le niveau réel) ? Qui peut prétendre pouvoir fixer de façon indiscutable le taux de réussite à considérer comme optimal, parce que « juste », et exprimant de façon acceptable la qualité du système scolaire ?

Peut-on, ensuite, penser que plus le taux de réussite est bas, plus la fiabilité, et la valeur, du diplôme obtenu par examen, sont fortes ? Ne devrait-on pas, au contraire, se réjouir d’un fort taux de réussite, qui marquerait l’excellence pédagogique du système, et la réussite du travail des enseignants ?

L’enseignement secondaire ne devrait-il pas se donner comme objectif 100 % de réussite ? Viser un taux restreint reviendrait à sacraliser l’élimination d’une partie importante de la jeunesse française. En tout cas, aucune recherche ne montre que plus un examen est sévère, plus il est fiable.

Des interférences politiques ?

La troisième idée reçue est a priori plus délicate à condamner. Elle peut s’énoncer comme la croyance en l’existence d’une tendance malsaine, au sein de l’administration de l’éducation nationale, et sous la pression des décideurs politiques, à opérer des tripotages sur les notes du bac. Il faut noter que ce soupçon est d’autant plus fréquent chez les responsables syndicaux que l’exécutif est dominé par des partis qui n’ont pas leur faveur.

On imagine des mains humaines (celles du ministère) tournant subrepticement les poignées du système de notation, pour infléchir les résultats dans un sens qui leur soit favorable. Ce travail d’infléchissement des résultats irait de pair avec la volonté de déposséder les jurys de leur pouvoir de jugement. Ainsi se manifesterait, à la limite, un mépris pour les correcteurs ayant scrupuleusement effectué leur travail en amont.




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Mais faut-il croire que l’administration vit avec la tentation des « petits arrangements internes » ? Faut-il faire peser sur elle le soupçon d’une tendance irrépressible à brader, par calcul politique, et finalement par démagogie ?

Un tel soupçon est bien méprisant à l’égard des travailleurs du ministère, et même des décideurs politiques. L’hypothèse inverse, de l’existence d’un souhait sincère d’apprécier aussi justement que possible le « niveau », et du système, et des élèves considérés individuellement, a, au moins, autant de pertinence. Faute de sombrer dans une critique, férocement populiste, du « tous corrompus, tous tricheurs ».

Modifier des notes, si l’on a des raisons sérieuses de le faire, n’est donc ni un péché ni un délit. Les raisons sérieuses ne manquent pas : corriger de possibles excès dans la balance sévérité/clémence ; éviter de trop grands écarts entre les notes, qui résulteraient des divergences de jugements entre correcteurs, ou des différences de difficulté des sujets proposés pour une même épreuve.




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La notation étant ce qu’elle est, une pratique d’évaluation toujours incertaine, et non une opération de mesure, la modération et l’harmonisation des appréciations (des notes) sont une nécessité dans le double souci d’une moindre subjectivité, et d’une plus grande équité. Bien entendu, le processus de modération doit être lui-même clair, et contrôlable. Mais évaluer exige que l’on parie sur la bonne volonté de tous les autres acteurs engagés dans le processus.

Charles Hadji ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Notes du bac manipulées : une éternelle polémique ? – https://theconversation.com/notes-du-bac-manipulees-une-eternelle-polemique-185514

MIL OSI – Global Reports

L’économie italienne est aussi malade de ses élites

Source: The Conversation – France (in French) – By André Tiran, Professeur émérite de sciences économiques, Université Lumière Lyon 2

C’est l’une des conséquences du premier relèvement des taux directeurs de la banque centrale européenne (BCE) depuis une décennie, annoncé le 9 juin dernier : le taux obligataire italien à 10 ans a bondi à plus de 4 %, soit environ un point et demi de plus qu’un mois plus tôt. Cette hausse subite a réactivé la peur du « spread », à savoir l’écart des taux auxquels se financent les différents pays de la zone euro qui avait conduit à la crise de 2011. Si bien que la BCE s’est réunie en urgence, le 15 juin, pour annoncer la mise en place d’un « nouvel outil anti-fragmentation », sans donner plus de précision. Cette communication a rassuré les marchés en contribuant à resserrer le « spread », mais le taux obligataire italien restait encore à des niveaux élevés une semaine plus tard (3,70 le lundi 20 juin) illustrant les inquiétudes marchés quant à la solvabilité du pays.

À près de 156 % du PIB, l’endettement public italien est près de deux fois plus lourd que celui de la moyenne des pays de la zone euro. La dette pèse sur l’économie pour trois raisons. La première raison est liée à la politique anticyclique : il devient impossible de recourir à des manœuvres de déficit budgétaire pour stimuler la croissance des revenus. Les deux autres raisons sont structurelles. Un excédent primaire élevé oblige (à dépenses égales) à maintenir un prélèvement fiscal élevé et déprime donc le rendement net du capital investi.

D’autres facteurs entravent la croissance italienne : une économie souterraine qui perdure, de fortes disparités socio-économiques territoriales entre le Nord et le Sud, des mécanismes de décision complexes ou encore l’inefficience de l’État. Comme l’a montré une étude récente comparative de France Stratégie, l’Italie est, avec le Japon, un des pays les moins administrés du monde, autrement dit un des pays où l’emploi public est le plus faible.

« Absence de méritocratie »

Plus largement, une étude de 2014, mise à jour en octobre 2017, signée par deux économistes, Bruno Pellegrino, de l’université de Californie à Los Angeles (UCLA) et Luigi Zingales, de l’université de Chicago, a mis en avant « l’absence de méritocratie comme principale cause du problème de productivité en Italie ». Pour les deux auteurs, la gestion des firmes italiennes repose principalement sur un modèle fondé sur la loyauté plutôt que sur le mérite.

Ici, loyauté signifie clientélisme, copinage et prévalence des arrangements de famille ou de clan (avec une réalité variable du Nord au Sud). Ces 20 dernières années, les entreprises italiennes ont massivement sous-investi : le volume de leur investissement n’a progressé que de 40 % contre 90 % en France et en Allemagne et 150 % en Espagne. La crainte de se développer principalement parce que les actionnaires redoutent de perdre le contrôle de l’entreprise reste très présente dans le pays.

Les grands groupes restent eux protégés par un capital verrouillé, familial et des participations croisées, bénéficiant du soutien direct ou indirect de l’État grâce à la dépense publique et à des dévaluations régulières. En outre, les corporations du pays sont nombreuses, puissantes et courtisées : des chauffeurs de taxi aux contrôleurs aériens, de nombreux secteurs de l’administration publique aux camionneurs, des notaires aux producteurs de lait en passant par les agents immobiliers. Ajoutons-y la recherche de rente dans des secteurs protégés : la construction ou les services publics privatisés (électricité, téléphonie, autoroutes) ; l’évitement de la concurrence globale, sur les marchés internationaux ; le refus de se focaliser sur des secteurs émergents nouveaux et risqués (bio-ingénierie, industrie de l’hydrogène), etc.

La crise de l’économie italienne est donc également une crise des élites italiennes. Autrement dit, la grande difficulté pour sortir l’économie italienne de sa situation réside dans le fait que les cadres organisateurs du pays sont conditionnés par la rente et la loyauté, à l’opposé de l’innovation et du mérite qui favorisent la croissance.

L’économie italienne a d’ailleurs davantage souffert en 2020 que la moyenne des pays de la zone euro (-9 % contre -6 %). Les pertes ont été conséquentes, notamment dans le tourisme (-60 % de touristes étrangers en 2020, revenus passés de 44 à 17 milliards), un secteur qui encore en 2019 représentait le 13 % du PIB italien. La récession a toutefois pu être relativement contenue par la résilience de l’industrie.

L’Italie conserve en effet une base industrielle bien plus importante que celle de la France : la deuxième en Europe après celle de l’Allemagne. La péninsule a ainsi conservé des qualifications et des savoir-faire importants. L’Italie reste un pays d’entreprise, qui peut se targuer de compter de nombreuses sociétés de premier plan dans le monde entier. Mais le système ne fonctionne plus et a un besoin urgent de renouvellement.

Effondrement démographique

Or, l’Italie reste aujourd’hui prisonnière de son déclin démographique. La natalité du pays s’est effondrée avec une population qui est passée sous la barre des 59 millions d’habitants, avec moins de 400 000 naissances par an. Si rien n’est fait, la péninsule perdra entre 5 et 8 millions d’habitants d’ici 2050.

Sur près de 59 millions d’habitants, 10,5 millions ont moins de vingt ans, tandis que près de 20 millions ont 60 ans ou plus. Un peu plus de la moitié de la population seulement (52 %) sera bientôt en âge de travailler, tandis que 32 % aura cessé toute activité. L’âge moyen, en augmentation rapide, est de 45,7 ans (+2,3 ans depuis 2010). L’âge médian – le plus élevé de l’Union européenne – est de 43,1 ans, 23 % des Italiens ayant 65 ans et plus. Ce vieillissement pèsera sur la compétitivité et la soutenabilité des finances publiques.

L’un des aspects qui suscitent le plus de préoccupations est le nombre de jeunes de 15 à 29 ans faisant partie de la catégorie NEET (Not in Education, Employment or Training). Ce groupe représente en Italie désormais 2,1 millions de personnes, soit une augmentation de presque 100 000 par rapport à 2019, ce qui équivaut à 23 % de la population de cette tranche d’âge et constitue le pire résultat de tous les pays de l’Union européenne (moyenne UE : 14 %).

Dans ce contexte, l’Italie est la principale bénéficiaire, avec l’Espagne, du plan de relance européen post-Covid Next Generation. Des 807 milliards d’euros mobilisés par l’Union européenne pour les années 2021-2027, plus de 190 sont destinés à l’Italie, dont 65 sous la forme de subventions (le reste sous forme de prêts), soit l’équivalent de près de 11 % du PIB réparti sur sept ans.

Cependant, ces dernières années, les administrations centrales et régionales n’ont pas utilisé tous les fonds européens à disposition pour l’investissement public en raison de la préparation déficiente des projets et de la lenteur de leur exécution. Des centaines de millions d’euros n’ont ainsi pas été mobilisés, en particulier dans le sud de l’Italie, faute de capacité à concevoir et à gérer des projets.

Aujourd’hui encore, l’Italie éprouve des difficultés mêmes à trouver des projets à financer. Le président du Conseil, Mario Draghi, et ses ministres savent que le pays jouera une bonne partie de sa crédibilité en Europe sur la conduite des travaux et le respect des échéances. En outre, ils sont conscients du fait que – à moyen terme – la mise en œuvre rapide et effective des réformes structurelles sera la seule garantie de crédibilité afin d’attirer des investissements étrangers et éviter une envolée des « spread », qui avaient contribué au déclenchement de la crise de la zone euro en 2011.

André Tiran ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’économie italienne est aussi malade de ses élites – https://theconversation.com/leconomie-italienne-est-aussi-malade-de-ses-elites-185520

MIL OSI – Global Reports

L’eider à duvet, un canard de mer qui contribue à sa propre conservation

Source: The Conversation – in French – By Jean-François Giroux, Professeur associé, Département des sciences biologiques; écologie et aménagement des oiseaux migrateurs, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Groupe de femelles eider à duvet avec un mâle. (Simon Laroche), Fourni par l’auteur

L’eider à duvet est un canard de mer qui niche en colonies sur des îles le long des côtes du Maine jusqu’au Labrador, ainsi que dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent, au Québec.

Le duvet d’eider a une propriété unique de cohésion grâce à des crochets microscopiques sur les barbules, élément de base d’une plume de duvet. L’enchevêtrement de barbes, constituées de barbules, emprisonne des pochettes d’air qui confèrent au duvet son pouvoir isolant. Ces caractéristiques exceptionnelles du duvet d’eider ont été mises à profit depuis des centaines d’années pour confectionner des couettes de lit communément appelées « édredon », du danois eiderdunn.

Au Canada, la récolte de duvet d’eider est encadrée par la Loi sur la Convention concernant les oiseaux migrateurs. Les cueilleurs doivent obtenir un permis émis par Environnement et Changement climatique Canada et suivre un protocole rigoureux qui vise à minimiser le dérangement potentiel lors de la visite d’une colonie. Les cueilleurs sont aussi tenus de maintenir un registre des nids observés sur une colonie ce qui permet de faire le suivi des populations d’eiders.

Professeur associé au département des sciences biologiques de l’UQAM, mes intérêts de recherche portent sur l’écologie et l’aménagement des oiseaux migrateurs en particulier les canards, les oies et les bernaches. Comme administrateur de la Société Duvetnor, je coordonne les opérations de récolte de duvet d’eider sur les îles de l’estuaire du Saint-Laurent. Dans cet article, vous découvrirez que l’eider à duvet est une espèce remarquable tant par sa biologie que ses relations avec les humains.

Du duvet pour garder les œufs au chaud

Chaque colonie comporte de quelques dizaines à quelques milliers de nids. Les eiders partagent leurs îles de nidification avec les goélands argentés et les goélands marins, qui sont des prédateurs des œufs d’eiders et des canetons.

Les femelles reviennent année après année sur la même île pour nicher et peuvent réutiliser le même nid. Les changements de colonies sont très rares, d’où l’importance de protéger les îles de nidification. Une femelle commence à nicher vers 3 ans et peut vivre jusqu’à 20 ans.

Femelle eider à duvet sur son nid.
(Francis St-Pierre), Fourni par l’auteur

Chaque femelle eider pond entre quatre et six œufs dans un nid placé au sol qu’elle garnit de duvet afin de garder les œufs au chaud et de les camoufler de la vue des prédateurs. En arrachant les plumes de duvet de leur poitrine, les femelles exposent une plaque incubatrice qui permet un meilleur transfert de chaleur aux œufs pour assurer le développement des embryons.

Récolter le duvet permet aussi de faire un suivi de la population

Depuis 2003, je dirige un projet de recherche sur les eiders de l’estuaire qui vise à comprendre la dynamique de leur population. Les membres de mon équipe se joignent aux cueilleurs de duvet pour capturer et baguer les femelles lorsqu’elles quittent leur nid. Les données de baguage permettent d’estimer entre autres les taux de survie et de fidélité des femelles aux colonies. Nos résultats ont montré que les populations d’eiders de l’estuaire sont relativement stables.

Une seule visite par colonie est autorisée par année et la récolte doit être synchronisée avec la fin de l’incubation, qui dure en moyenne 26 jours. Le duvet ne peut être récolté après la nidification, car il devient rapidement détrempé par la rosée et la pluie et donc inutilisable. Les éclosions sont assez synchrones et les femelles quittent leur nid avec leurs jeunes au plus tard 24 heures après l’éclosion du dernier œuf.

Nid d’eider à duvet.
(Francis St-Pierre), Fourni par l’auteur

Dans l’estuaire du Saint-Laurent, la récolte de duvet se faisait au début juin il y a 25 ans, alors que l’opération se déroule maintenant à la fin du mois de mai. Ce devancement de la saison de nidification des eiders est une démonstration des effets des changements climatiques.

L’équipe de cueilleurs doit progresser systématiquement dans une colonie sans repasser sur leurs pas afin de permettre aux femelles de revenir sur leurs nids, ce qu’elles font dans les minutes ou heures après le passage des cueilleurs.

La quantité de duvet récolté dans chaque nid varie en fonction de l’abondance du duvet présent. La règle étant d’en laisser suffisamment pour pouvoir recouvrir les œufs, comme le ferait une femelle lorsqu’elle quitte son nid, ce qu’elle fait une fois par jour pour aller s’abreuver. Contrairement aux autres espèces de canards, les femelles eiders ne s’alimentent pas durant la période d’incubation. Ce comportement particulier résulte possiblement de la pression de prédation par les goélands sur les nids d’eiders.

Une ressource luxueuse

Le duvet récolté sur les colonies doit être nettoyé pour enlever brindilles, plumes et autres débris qui se retrouvent dans les nids. En fait, seulement 15 à 20 % du duvet récolté sur une colonie résulte en du duvet épuré prêt pour la confection de couettes. Il faut environ 170 nids pour produire 1 kg de duvet épuré. La production mondiale annuelle de duvet d’eider se situe entre 4 000 et 5 000 kg, dont environ 70 % proviennent de l’Islande, 20 % du Canada et le reste du Groenland, Norvège, Finlande et Russie.

Duvet récolté dans 2 530 nids d’eiders sur l’île Blanche par la Société Duvetnor en 2016.
(Francis St-Pierre), Fourni par l’auteur

Considérant qu’une couette requière environ 1 kg de duvet, on réalise que la production annuelle de couettes est très limitée, d’où le prix élevé qui peut varier entre 6 000$ et 10 000$ selon la dimension de la couette. Le prix du gros obtenu pour la vente du duvet varie d’une année à l’autre et peut atteindre 1 500$ par kg.

Réinvestir les profits pour protéger l’espèce

Au Québec, la Société Duvetnor, un organisme à but non lucratif voué à la conservation des îles du Bas Saint-Laurent, fait la récolte du duvet depuis 40 ans sur une douzaine de colonies de l’estuaire. Les revenus générés par la commercialisation du duvet ont permis à Duvetnor d’acheter des îles fréquentées par les eiders et autres espèces d’oiseaux marins. L’île aux Lièvres, les îles du Pot à l’eau-de-vie et l’archipel des Pèlerins ont ainsi été protégés.

Excursion au phare de l’île du Pot à l’eau-de-vie à bord du bateau Le Renard. Cette activité écotouristique est offerte par la Société Duvetnor grâce, entre autres, aux revenus issus du duvet d’eider.
(Patric Nadeau), Fourni par l’auteur

Les revenus du duvet permettent aussi à Duvetnor d’offrir un programme d’écotourisme qui propose aux visiteurs de découvrir les îles du Bas Saint-Laurent. Des séjours en auberge, en chalets ou en camping permettent aux vacanciers d’observer, entre autres, des couvées de canards eiders qui s’alimentent de petits invertébrés aquatiques le long des rives des îles.

Ce contact privilégié avec la nature permet aux visiteurs de prendre conscience de l’importance de la conservation de ces milieux naturels protégés en partie par les revenus générés par le duvet.

Les eiders contribuent donc véritablement à leur propre conservation.

Jean-François Giroux est administrateur de la Société Duvetnor, un organisme à but non lucratif voué à la conservation des îles du Bas St-Laurent et à l’éducation du public via un programme d’écotourisme. Au cours de sa carrière de professeur à l’UQAM, il a obtenu des subventions de recherche du Conseil de recherche en sciences naturelles et génie (CRSNG), le Fonds de recherche du Québec – Nature et technologies (FQRNT), Environnement et changements climatiques Canada, etc.

ref. L’eider à duvet, un canard de mer qui contribue à sa propre conservation – https://theconversation.com/leider-a-duvet-un-canard-de-mer-qui-contribue-a-sa-propre-conservation-180275

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