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Quincy Jones, maître incontesté de l’arrangement musical

Quincy Jones, maître incontesté de l’arrangement musical

Source: The Conversation – in French – By Jose Valentino Ruiz, Associate Professsor of Music Business and Entrepreneurship, University of Florida

Quincy Jones a laissé sa marque indélébile sur certains des albums les plus emblématiques du XXe siècle. Arnold Turner/Getty Images for Netflix

Sur la pochette de certains des albums les plus mémorables et les plus vendus de tous les temps, vous trouverez la mention « Produit et arrangé par Quincy Jones ». Un gage de qualité qui ne s’est jamais démenti.


Quincy Jones, décédé le 3 novembre 2024 à l’âge de 91 ans, a transformé notre conception de l’arrangement musical. Son travail a traversé les décennies et les genres, du jazz à la pop en passant par le hip-hop et la musique de film. Il a travaillé avec des icônes de la pop comme Michael Jackson, Frank Sinatra, Ray Charles et Aretha Franklin, mais aussi avec des artistes moins connus comme Lesley Gore et Tevin Campbell.

Chacun de ses projets, de ses collaborations et de ses incursions dans de nouveaux genres a redéfini ce que signifie arranger de la musique.

En tant que professeur d’économie musicale et d’entrepreneuriat, j’ai étudié et enseigné les techniques de Jones, qui, je l’espère, pourront inspirer la prochaine génération de musiciens.

Un maître de l’architecture musicale

L’art de l’arrangement musical, a priori, peut sembler un concept abstrait.

Alors qu’un compositeur écrit la mélodie et l’harmonie, un arrangeur façonne l’expérience de l’auditeur, en choisissant quels instruments jouent à quel moment, comment les textures se construisent et à quels moments les dynamiques changent.

L’arrangement transforme une partition en une œuvre d’art qui trouve un écho auprès des auditeurs. Par essence, un arrangeur agit comme un architecte musical, concevant la structure d’une chanson afin de raconter une histoire captivante.

Jones avait une approche visionnaire de l’arrangement. Il ne se contentait pas de combler les lacunes d’une mélodie en ajoutant un rythme de batterie et une section de cuivres ; il créait un récit musical qui donnait à chaque instrument une raison d’être, guidant les auditeurs dans un voyage émotionnel.

Depuis ses premières collaborations dans les années 1950 et 1960 avec de grands noms du jazz comme Count Basie et la star du R&B Ray Charles, jusqu’à ses superproductions avec Michael Jackson, Jones considérait l’arrangement comme un outil permettant de guider les auditeurs d’un moment musical à l’autre.

Sublimer les voix

Son travail sur l’album live Sinatra at the Sands n’est qu’un exemple parmi d’autres.

Jones a créé des arrangements de big band luxuriants et énergiques qui complètent parfaitement la voix douce et chaude de Sinatra. Le choix des cuivres et les changements de dynamique amplifient le charisme de Sinatra, transformant l’album en une expérience vivante, presque cinématographique. Contrairement à de nombreux arrangements qui restent souvent en arrière-plan, ceux de Jones occupe le devant de la scène, se fondant harmonieusement avec la voix de Sinatra tout en ajoutant de la profondeur à l’ensemble de la performance.

Dans « I Can’t Stop Loving You » de Ray Charles, Jones utilise des sons orchestraux et des voix d’arrière-plan pour faire ressortir la voix de Charles, créant ainsi une expérience riche en émotions pour les auditeurs. En associant intelligemment les voix teintées de gospel de Charles à un arrangement orchestral raffiné, il parvient à transcrire la tension entre le chagrin et la résilience – une démonstration de sa capacité à communiquer des émotions complexes par le biais d’un arrangement.

Ray Charles, à gauche, avec Quincy Jones en 2004.
George Pimentel/WireImage for NARAS via Getty Images

Transformer les chansons en histoires

L’habileté de Quincy Jones à utiliser les arrangements pour raconter des histoires est encore plus manifeste dans sa collaboration avec Michaël Jackson.

Des albums comme Thriller et Off the Wall ont mis en évidence le talent de Jones pour superposer les sons de manière inventive. Sur Thriller, il combine des éléments électroniques et acoustiques pour créer un paysage sonore multidimensionnel, établissant de nouvelles normes de production.

Sa capacité à incorporer des textures, des voix de fond et des choix d’instruments uniques – tels que la narration emblématique de l’acteur Vincent Price sur la chanson « Thriller » – a transformé la musique pop, ouvrant la voie aux futurs producteurs pour qu’ils expérimentent cette forme de narration dans leurs propres arrangements.

Avec « Bad », Jones a repoussé les limites du genre en mélangeant des rythmes funk avec des structures pop, donnant à au titre un attrait intemporel.

L’arrangement de la chanson comporte des couches de rythme et d’harmonie qui créent un sentiment de tension et de puissance, renforçant le message de confiance et de défi de Jackson. Chaque instrument et chaque voix utilisé sur « Bad » a sa raison d’être, créant un son audacieux et engageant.

Un riche héritage pédagogique

Pour ceux qui enseignent la production musicale et la musique, l’approche de Jones est une mine d’or de leçons pratiques.

Tout d’abord, son engagement en faveur de la fusion des genres enseigne aux élèves l’importance de la polyvalence. La carrière de Jones démontre que le mélange de jazz, de pop, de funk et même d’éléments classiques peut créer quelque chose d’innovant et d’accessible. À travers son travail, on peut apprendre à se libérer des contraintes de la production quand elle est associée à un seul genre, en étudiant plutôt comment divers styles musicaux peuvent fonctionner ensemble pour créer des sons frais et attrayants.

Quincy Jones, photographié ici avec Michael Jackson, a remporté 28 Grammys au cours de sa carrière.
Chris Walter/Getty/AFP

Par ailleurs, Quincy Jones montre aussi comment les arrangements permettent de construire une narration.

Dans mes cours, j’encourage les élèves à se poser des questions : comment chaque élément musical soutient-il l’arc émotionnel de la chanson ? En étudiant les arrangements de Jones, les élèves apprennent à se considérer comme des conteurs, et non comme de simples ingénieurs du son. Ils peuvent commencer à considérer l’arrangement comme une forme d’art à part entière, qui a le pouvoir de captiver le public en l’entraînant dans un voyage musical.

Enfin, le travail de Quincy Jones montre le pouvoir du travail collectif. Sa volonté de travailler dans différents genres et avec une grande variété d’artistes – chacun apportant des perspectives uniques – démontre la valeur de l’ouverture d’esprit et de l’adaptabilité.

L’œuvre de sa vie nous rappelle que la musique est plus qu’un simple son ; c’est une expérience façonnée par des décisions minutieuses et intentionnelles, chaque son et chaque silence d’un morceau de musique servant un but précis.

Jose Valentino Ruiz est le CEO de JV Music Enterprises.

ref. Quincy Jones, maître incontesté de l’arrangement musical – https://theconversation.com/quincy-jones-maitre-inconteste-de-larrangement-musical-243084

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